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Cinéma

Mis à jour 05/03/2010

Benjamin Goldenberg étant parti pour les Etats-Unis où il sévit dans un cabinet d’avocats, notre rubrique cinéma reste pérenne grâce à la gentillesse de Nicolas Beguin qui a pris le relais.

: passez votre chemin
: peu d'intérêt
: pas mal
: très bon film
: grand film
: chef d'œuvre


Shutter Island
Valentine's Day
In the air
Lebanon
Sherlock Holmes

Shutter Island


Un film de Martin Scorsese
Avec Leonardo Di Caprio, Mark Ruffalo, Ben Kingsley
Durée : 2h17 min
Année de production : 2008
Distributeur : Paramount Pictures France
Date de sortie : 24 février 2010
 
Seul au monde…
 
Nous sommes en 1954. Teddy Daniels et Chuck Aule sont envoyés sur l’île de Shutter Island, au large de Boston. Coupée du monde, elle abrite un hôpital à la sécurité maximale. Le marshall et son co-équipier doivent enquêter sur la disparition d’une patiente.
 
Gangs of Boston…
 
Adapté du roman de Dennis Lehane, également auteur du superbe Mystic River porté à l’écran par Clint Eastwood, Shutter Island est déjà en soi un double événement. Tout d’abord parce qu’il est la quatrième collaboration de l’acteur Leonardo Di Caprio et du réalisateur Martin Scorsese. Aussi parce que dans la filmographie d’un des maîtres du cinéma américain, le choix d’un tel sujet paraît à la fois déroutant et totalement excitant. Présenté comme un mélange de suspense et de frisson, Shutter Island nous hante d’abord par la force et la puissance du jeu de rôles, du labyrinthe psychologique et mental que subit le personnage. Sujet à névrose, angoisse et paranoïa, Teddy Daniels, magnifiquement interprété par Leonardo Di Caprio, va rapidement perdre pied et commencer une descente aux enfers où ses souvenirs et ses traumatismes vont refaire surface. Il est important ici de ne rien dévoiler car, comme un gigantesque puzzle, tout est connecté. Et c’est en ça que le film sort du simple excercice de style. Profond et intense, le spectateur est bouleversé par la vie de cet homme meurtri. Traumatisé par son passé de soldat américain durant la libération du camp de Dachau, toute son existence va se voir ponctuée de drames et de souffrance. Et cette enquête n’est finalement qu’un prétexte pour découvrir le vrai sens de sa venue ici.
Visuellement, cette tension et cette névrose prennent vie sous forme de tableaux. Robert Richardson, directeur de la photographie, explore cette névrose en composant ses plans comme des peintures, avec toujours ces teintes orangées que l’on avait déjà pu admirer dans Aviator. Beaucoup de noir, de rouge, de sang. On se rapproche de quelque chose de gothique parfois. Un travail somptueux, fort, bouleversant même. L’interprétation de Di Caprio y est vertigineuse, et, pour mieux le « supporter », car aux Etats-Unis on appelle un second rôle, un supporting actor, (un tout autre sens…) des acteurs hallucinants. Pas étonnant quand on sait que Martin Scorsese exige un travail de recherche et de compréhension des personnages à tous ces acteurs. Et puis sa mise en scène est brillante, elle est inspirée, en permanence. Chaque plan est une pirouette, chaque séquence est maîtrisée. Shutter Island aurait pu être un film mineur, il devient la cour de récréation d’un maître. Il joue avec tous les codes du genre, flirte avec des références assumées et maîtrisées. La mécanique du supense hitchcokien, l’aspect graphique ultra-coloré et contrasté de Lynch, l’atmosphère Des griffes de la nuit de Tourneur. Comme il repousse les limites de jeu de son acteur, ce sont ses propres repères, sa propre mise en scène qui se veulent encore plus intéressantes, plus démonstratives. Alors même si Shutter Island n’est pas une œuvre majeure dans l’œuvre du réalisateur, elle marque un tournant dans son rapport à la caméra, à son comédien fétiche et surtout, au montage. Il est en tout cas un fim indispensable.
 
Reste à savoir comment vous réagirez au dénouement final…
 
Ce film est interdit aux moins de 12 ans.




Valentine’s Day


Un film de Garry Marshall
Avec Ashton Kutcher, Julia Roberts, Jamie Foxx, Patrick Dempsey...

Durée : 2h03 min
Année de production : 2009
Distributeur : Warner Bros. France
Date de sortie : 17 février 2010

All you need is love…

Los Angeles. Des couples, des célibataires, des jeunes et des vieux s’apprêtent à fêter la journée la plus romantique de toute l’année: la Saint Valentin.

Comme c’est original ! Mais que va-t-il bien pouvoir se passer… ?

A vrai dire, pas grand chose.

Tout d’abord il est important de préciser que la seule pseudo originalité de Valentine’s Day réside dans son casting. Tous les acteurs les plus branchés sont là, Julia Roberts, Ashton Kutcher, Jamie Foxx… sans oublier Eric Dane et Patrick Dempsey, icônes de la série Greys Anatomy. Voici un mois que le monde est plongé dans une promotion endiablée pour la sortie de ce film. Vive l’amour et vive la St Valentin !
Allez voir ce film, vous vous aimerez encore plus : c’est raté. On en sort endormi. L’histoire étant inexistante et la mise en scène fossilisée, c’est à un désastre romantico-pathétique auquel nous assistons. Sorti à grand renfort de marketing rose bonbon et attendu dans le monde entier par des milliers de fans, Valentine’s Day se voulait être le nouveau Love Actually de la décennie. Plus que l’ultime comédie romantique, le film anglais adulé dans le monde comme LA comédie sur l’amour, faisait preuve d’audace, d’inventivité et de subtilité. Ici rien de tout cela, juste un enchaînement de mini-séquences inintéressantes où personne ne sort du lot et où aucune histoire n’a le temps de prendre corps. Mal reliées entre elles, elles vacillent entre invraissemblance et désert scénaristique. Le spectateur ne suit plus. Pire que de ne pas être drôle, on s’ennuie. On est en overdose de fleurs, de rose et d’amour !

Dans ce tourbillon soporifique, seule la belle Anne Hattaway arrive à nous redonner  foi en l’amour, mais malheureusement il est trop tard, le mal est fait. Garry Marshall, réalisateur du cultissime Pretty Woman, nous rappelle ici à quel point c’est un problème de n’avoir rien à dire lorsque l’on pratique ce métier. Sans bien sûr froisser la susceptibilité de nos chères concitoyennes adolescentes et parfois quelque peu hystériques, Valentine’s Day est à ranger dans la case midinette. Et encore, à la sortie du film, la plupart ayant repris leurs esprits, c’est la déception qui se lit sur leurs visages.

Alors voici un conseil : revoir au choix Pretty Woman puis Love Actually, éventuellement revoir Love Actually puis Pretty Woman.

Dans les deux cas, vous passerez un bien meilleur moment !



In the Air


Titre original : Up in the Air
Un film de Jason Reitman
Avec George Clooney, Anna Kendrick, Jason Bateman
Durée : 1h50 min
Année de production : 2009
Distributeur : Paramount Pictures France.
Date de sortie : 27 janvier 2010

L'histoire d'un homme en correspondance.
Ryan Bingham est un spécialiste du licenciement. Son travail : annoncer aux autres qu'ils n'en ont plus. Son quotidien, il le partage entre les avions et les hôtels. Sa vie privée, elle est réduite depuis longtemps à néant. Pas de maison, pas de femme, pas d'enfants. Son seul objectif : atteindre les dix millions de miles. Sa distraction, animer des conférences sur le thème : libérer vous des autres, la vie c'est comme un sac à dos, plus elle est pleine, plus elle est lourde. Et plus elle est lourde, moins vous avancez. Mais toutes ces convictions vont être bousculées par deux femmes, la première, il en tombe amoureux lors d'un de ses nombreux déplacements. La seconde, jeune première, décide de révolutionner son secteur en informatisant tout son travail : plus besoin de voyager, avec une webcam et l'ADSL, on peut aussi mettre les gens à la porte en restant assis derrière son bureau.
Sa vie toute entière risque d'être totalement bouleversée...

Passeport s'il vous plaît...

Il y a encore trois ans, sur le CV du réalisateur Jason Reitman, à part être le fils de Yvan Reitman (Sos Fantômes) ne figuraient que quelques clips publicitaires. Trois longs métrages plus tard, le voici à la tête du film le plus attachant de cette nouvelle année 2010. Mais avant d'être porté à l'écran, Up in the air est un roman dont la première phrase en dit long sur son personnage principal; "pour me comprendre, il faut prendre l'avion avec moi".

Dans Juno, film qui le fit connaître du grand public, le réalisateur avait déjà choisi un ton très libre. Déjà il racontait son histoire d'une manière simple et toute personnelle.

Aux Etats-Unis, ce qu'on appelle "films indépendants", ce sont des films qui se font en marge du système, sans les financements (ou peu) des grands studios. Up in the air se sert chez les grands et garde la liberté et la spontanéité des petits films tournés sans gros moyens. Pas du tout moralisateur, Jason Reitman, scénariste et producteur du film pose un regard à la fois tendre et touchant sur ce VRP du licenciement. George Clooney sait définitivement tout faire. Il surprend tant par sa capacité à disparaître derrière son personnage, à devenir normal, qu'à charmer la caméra. Une caméra qui n'a jamais aussi bien filmé les aéroports et fait ressentir leurc ambiance si particulière. Aussi le montage est habile et inspiré et la bande son ravira les connaisseurs comme les néophytes.

Flying Blue...

Up in the air est un mélange parfait de cynisme et de réalisme. C'est l'occasion pour le spectateur d'embarquer pour ce beau moment de légèreté et de cinéma. Emouvant parfois, les quinze dernières minutes élèvent encore un peu le film, souvent drôle et tellement attachant. Les cinéphiles s'y retrouveront avec un réalisateur qui réussit à styliser son film avec brio. Les spectateurs d'un jour voyageront au-dessus des nuages sans aucune turbulence.

Un film pour tous que je ne peux que vous recommander en ce début d'année.



Lebanon

Un film de Samuel Maoz
Avec Yoav Donat, Itay Tiran, Oshri Cohen
Année de production: 2009
Distributeur : CTV International
Durée: 1h32 min
Date de sortie : 3 février 2010

L’homme est d’acier…

Voici le propre synopsis* de Samuel Maoz, réalisateur du film :
"Je venais d'avoir 19 ans en mai 1982. La vie était belle. J'étais amoureux. Ensuite on m'a demandé de partir sur une base militaire et d'être le tireur du premier tank à traverser la frontière libanaise. Cela devait être une mission d'une journée toute simple mais ce fut une journée en enfer. Je n'avais jamais tué quelqu'un avant cette terrible journée. Je suis devenu une vraie machine à tuer. Quelque chose là-bas est mort en moi. Sortir ce tank de ma tête m'a pris plus de 20 ans. C'est mon histoire."

Le char n’est que ferraille…

Qu’y a-t-il aujourd’hui de plus important dans un film ? Son histoire ? Ses personnages ? Définitivement, c’est son point de vue. Toutes les histoires sont les mêmes, seule la voix de celui qui la raconte est fondamentalement nouvelle, différente, et présente un réel intérêt. Samuel Maoz hisse sa voix de soldat au nom de celles qui n’ont pu témoigner. Il choisit le parti pris, radical et expérimental, de nous faire devenir soldat. Il choisit de nous faire vivre son histoire dans ce char. 1h32 minutes dans un char, enfermé, coincé. Certaines personnes quittent la salle. Tout est trop vrai. 1h32 minutes où l’on ne voit pas mais où l’on ressent, où l’on subit cette guerre. Quelle expérience magistral de cinéma, d’émotions et de cinéma !

On apprend à connaître ces quatre jeunes soldats israéliens : Herzel, charge les obus, Schmoulik le tireur, Yigal, le pilote et Assi, le chef. Coupés du monde, ils n’attendent qu’une chose, rentrer dans leur famille. Ce qui se passe dehors est pour eux quelque chose d’irrationnel, irréel. D’ailleurs le seul lien « visuel » que, eux soldats et nous spectateurs, entretenons avec le monde extérieur, c’est ce que voit Schmoulik dans son viseur. C’est ce que voyait le réalisateur.

Le canon du char devient alors l’objectif de la caméra et nous laisse entrevoir l’horreur, déformée par la subjectivité du regard du viseur. Au milieu du chaos, cet âne que l’on croit mort mais qui pleure, vit. Cette femme, qui vient d’assister au meutre de sa famille et dont les vêtements se mettent à brûler, ce fermier qui meurt au milieu de ses poules.

Le réalisateur prévient, « ce n’est pas un film politique », ici on rend hommage, on témoigne, on ne juge pas.

Samuel Maoz qui réalise ici son premier long métrage fait preuve d’une maîtrise assez stupéfiante de son sujet. Le placement de ses caméras, sans cesse en mouvement, les très gros plans, le son, car finalement tout se passe hors-champs, rendent la tension permanente. Très vite on a l’impression de sentir la terre, l’eau, la transpiration. Très influencé par le réalisateur russe Tarkovsky, Maoz lui reconnaît son admiration et s’inspire de sa fascination pour l’air, le temps, et cette limite qui sépare la raison de la folie. Il filme l’intérieur de ce char comme un sas où l’air devient matière, il donne du volume aux éléments. Comme si, plus le cauchemar devenait réalité, plus cette prison de ferraille se refermait, fondait sur ces quatre soldats au bord de la folie. Une mise en scène brillante.

Mention spéciale au jeune Oshri Cohen qui interprète Herzel. Au milieu de cet enfer, il nous émeut et parvient même à nous faire rire. Sa brutalité et sa peur sont sidérantes de vérité.

Véritable électrochoc, Lebanon est un film indispensable, une expérience inoubliable.

Lion d’or à Venise, courez voir ce film qui démontre encore que le cinéma israélien continue toujours de surprendre par sa qualité et son inventivité.

*Synopsis : court résumé d’un film.



Sherlock Holmes

Un film de Guy Ritchie
Avec Robert Downey Jr., Jude Law, Mark Strong, Rachel McAdams, Kelly Reilly
Durée : 2h08 min
Année de production : 2008
Distributeur : Warner Bros. France
Date de Sortie : 3 février 2010

*Magie noire…

Arrêté pour plusieurs meurtres, Lord Blackwood fait régner la terreur sur la ville de Londres. Condamné à mort il promet de revenir de l’au-delà et prédit un avenir sombre et funeste à tous les habitants. Adepte de la magie noire, ces méthodes terrorisent la population et laissent Scotland Yard sans réponse. L’ultime espoir est de se tourner vers un détective privé aux méthodes assez peu conventionnelles, le très controversé Sherlock Holmes. Jamais sans son acolyte, le docteur Watson, il s’engage alors dans une enquête qui promet d’être des plus dangereuses et des plus mystérieuses.

*Elémentaire…

Petit rappel historico-holmesien : Sir Arthur Conan Doyle crée le personnage de Sherlock Holmes en 1887. Célibataire, misogyne, le détective privé aujourd’hui le plus connu de Grande-Bretagne vit chez une logeuse à la célèbre adresse, 221B Baker Street. Il est violoniste, pratique la boxe, fume la pipe et prend de l’héroïne quand la complexité de ses enquêtes le lui impose. La première fois que l’on découvre ses aventures, c’est dans le roman Une étude en rouge, en 1887. L’un des plus connus reste Le Chien des Baskerville, publié en 1902.

Il y aura un film en 1939, une série télévisée, un jeu vidéo en 2004. Analyses, enquêtes, contre-enquêtes, romans, nouvelles, le mythe Sherlock a-t-il dit son dernier mot ? Savons-nous tout ou seulement presque ?

*So Rock

Un zest de mythe connu ou reconnu par tous, un peu démodé si possible, un brin d’anticonformisme, c’est bien si le héros est un peu fou.

Un producteur mégalo comme Joel Silver (L’arme Fatale, Matrix, Die Hard…), un réalisateur ultra-branché comme Guy Ritchie (Snatch, Arnaques, crimes et botanique ).

Ajoutez à tout cela un acteur ayant davantage des airs de Mick Jagger en fin de soirée que l’air d’un détective à son compte et voilà la nouvelle super-production hollywoodienne du moment.

Totalement dépoussiéré, ce nouveau cru nous rajeunit ce bon vieux Sherlock Holmes. Fini les vestes en tweed, place au costume sur mesure et quand il y a de la bagarre, c’est au ralenti que Holmes règle son compte aux méchants.

Robert Downey Jr., récemment auréolé d’un Golden Globe, s’appuie sur la partie sombre de son personnage. Comme Jonnhy Depp, dans Pirates des Caraïbes, Sherlock Holmes est ici à la limite de la folie, déjà perturbé.

Et voilà bien le seul atout du film.

Sur fond d’ésotérisme, le réalisateur tente un mélange peu convaincant de modernité et d’authenticité. Avec une utilisation exagérée de mouvements de caméra, le réalisateur gâche et abîme sa matière. Jamais vraiment sombre, jamais vraiment noir, le film reste impersonnel. Londres, qui dans la mythologie du détective joue un rôle fondamental, est ici techniquement ratée comme peut l’être un décor en carton pâte de plusieurs millions de dollars.

Le rôle de Watson, joué par Jude Law (Stalingrad, Closer, A.I. ) est lui, complètement sous-écrit. Son magnétisme habituel a complètement disparu et c’est bien dommage. Quand Tim Burton avait ressorti des tiroirs La Planète des Singes, nous avions été déçus. Aujourd’hui, et sans les comparer, Guy Ritchie tombe dans le même piège : s’emparer d’un mythe et en faire un film de studio sans réussir à imposer son style, sa personnalité.

Malheureusement Sherlok Holmes est un film qui ne prend pas, comme ces tours de magie où l’on n’est pas convaincu, où l’on apercoit les ficelles.

Un film qui avait pourtant tous les ingrédients pour que l’alchimie fonctionne, mais malheureusement trop sombre pour y emmener vos jeunes enfants…