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Cinéma

Mis à jour 23/07/2010

Benjamin Goldenberg étant parti pour les Etats-Unis où il sévit dans un cabinet d’avocats, notre rubrique cinéma reste pérenne grâce à la gentillesse de Nicolas Beguin qui a pris le relais.

: passez votre chemin
: peu d'intérêt
: pas mal
: très bon film
: grand film
: chef d'œuvre

Repo Men
Twilight Hesitation
Shrek 4
La tête en friche
Comme les cinq doigts de la main
Greenberg
Iron Man 2
L'arnacœur
Ghost Writer
Shutter Island
Valentine's Day
In the air
Lebanon
Sherlock Holmes

Repo Men

 
Réalisé par Miguel Sapochnik
Avec Jude Law, Forest Whitaker, Alice Braga
Durée : 01h51min
Année de production : 2010
Distributeur : Universal Pictures International France
Date de sortie cinéma :  14 juillet 2010
 
Du coeur à l'ouvrage...
 
Dans un futur pas si lointain, les hommes sont parvenus à améliorer la vie.
Grâce à la société l'Union, il est possible d'acheter des organes artificiels. Seul problème, ils sont extrêmement coûteux et si vous ne pouvez plus payer, un Repo Men est envoyé chez vous pour vous supprimer afin de récupérer son bien. Rémy est un de ces Repo Men. Le meilleur même, jusqu'au jour où, après une intervention qui tourne mal, il se réveille avec un coeur artificiel de sa propre société...
 
L’arroseur arrosé…
 
La saison des blockbusters* est ouverte depuis maintenant deux semaines, et comme tous les étés, c'est le grand déballage. Avant la sortie du très attendu Inception de Christopher Nolan, la case Science Fiction / thriller était restée vide. Repo Men s'est chargé de le combler avec une histoire, qui, sur le papier était pourtant intéressante. Loin des archétypes du genre, elle avait le mérite d'oser un pari difficile, celui de mêler humour noir, gore, film du futur et réflexion philosophique. Une société est crée pour vendre des organes mais en cas d'impayé, elle récupère et tue.
Alors que nous apprenons qu'un laboratoire peut recréer des organes à partir de cellules souches, la résonance n'en est que plus forte.
Vu de loin, une rareté servie par un casting excitant, Jude Law et Forest Whitaker en VRP de l'organe impayé et Liev Schrieber en patron sans scrupules.
Vu de près, c'est un peu la catastrophe. Pourtant bien parti, pour les amateurs du genre la première séquence d'intervention fait rire et surprend, le film se prend les pieds dans une histoire où le ridicule prend vite le dessus et où l'on ne s'attache pas aux enjeux dramatiques auxquels font face les personnages. Les dialogues sont pauvres, moralisateurs et les personnages en font des tonnes.
 
RepoMen n'arrive pas à trouver son style, constamment balloté entre longueurs et course poursuite, le film est inégal. A noter quand même cette magnifique séquence, à la fois drôle et spectaculaire, lorsque Jude Law débarque dans ce laboratoire intégralement blanc et qu’éclate une fusillade.  Tout cela est donc très Dommage car on comprend vite que Repo Men n'a qu'un seul but, critiquer sévèrement la fonctionnement de notre société et tenter de discerner le réel de ce qui ne l'est pas. Des chefs d'oeuvres modernes comme Fight Club s'en étaient magistralement tirés. Là, c’est raté.
Le problème avec ce type de film, c'est que le pari est tellement osé, que si c'est perdu, la chute n'en est indubitablement que plus longue et douloureuse pour le spectateur.
 
Ce film est interdit aux moins de 12 ans.
 
*un blockbuster est un film destiné au plus grand nombre, souvent produit par les plus grands studios à grands renforts de millions de dollars.

 



Twilight
Hesitation


 
Réalisé par David Slade
Avec Kristen Stewart, Robert Pattinson, Taylor Lautner, plus
Titre original : Eclipse
Durée : 02h04min
Année de production : 2010
Distributeur : SND
Date de sortie cinéma :  7 juillet 2010


Mordant…
 
Bella est plus que jamais en danger. La dangereuse Victoria a accéléré sa traque en montant une armée de jeunes vampires assoiffés de chair fraîche.
Pourtant ennemi, Edward, vampire membre des Cullen, va devoir enterrer la hâche de guerre le temps d’une collaboration avec Jacob, le mi-homme mi-loup. Il en va de la sécurité de Bella qui, tiraillée par les deux amours de sa vie, devra prendre une décision…
 
Ménage à trois...
 
Twilight fait du surplace. Après s’être quitté sur un happy end sous forme de demande en mariage, tout était réuni pour que cette chère jeunesse ( et pas seulement) pousse les même cris d’affolement et d’hystérie à chaque apparition du beau gentil vampire végétarien. Problème. Bella est indécise et c’est une mauvaise nouvelle pour notre vampire amoureux qui va devoir se livrer à un vrai duel de coqs face au beau Jacob sans t-shirt, qui va puiser ses atouts dans sa condition humaine et sa châleur corporelle. Pas très excitant donc d’assister au va et vient d’une Bella au cœur trop grand qui n’arrive pas à prendre de décision. Rapidement les scènes intimes tournent au ridicule et le rire remplace les larmes. Ne trouvant jamais vraiment son rythme, ce troisième chapitre vaut tout de même pour ses scènes d’action qui conservent cette froideur et cette touche « indé » qui le caractérise.
Sans vraiment de personnalités, tout le monde essaie de tirer son épingle du jeu sans jamais y parvenir. La beauté de Kristen Stewart est elle plus que jamais glaciale et indiscutable et sauve les meubles là où des flash-backs et des dialogues sans fin pesant viennent ralentir le récit.
 
Enfin, plus que jamais ancrée dans les valeurs traditionnelles, le film peut se présenter comme un manifeste au « puritanisme des années Bush », analyse une certaine presse américaine. A une époque où tout vire au trash et à l’exhibitionnisme, les idoles des jeunes sont immortels et doivent attendre le mariage pour la mise en pratique des rapports sexuels. Retour aux bonnes vieilles valeurs donc, un bon coup de morale de vampire n’a jamais fait de mal à personne ! Dracula, revient... !
 



Shrek 4


Un film de Mike Mitchell
Avec les voix (originales) de : Mike Myers, Eddie Murphy, Cameron Diaz…
(version française) Alain Chabat (Shrek)
Durée : 1h33 min
Année de production : 2010
Distributeur : Paramount Pictures France
Date de sortie : 30 juin 2010

Ogrement bon…
 
Shrek est devenu une star dans son marais. Père domestiqué d’une adorable brochette de minis ogres tout vert et mari aimant de la princesse Fiona, il n’est plus le monstre d’antant qui terrorisait les villageois et prenait des bains de boue à n’importe quelle heure. Lassé de cette nouvelle vie, il signe un contrat avec le sournois Tracassin : pendant une journée, il redevient celui qu’il était. Plus de pression, plus de couches à changer, juste des gens à effrayer. En échange, il doit donner une journée de son passé… Ce contrat tronqué va lui réserver bien des surprises.
 
Vert…igineux
 
Après un festival de Cannes 2010 riche en diversité et en couleurs, c’est tout en vert que nous commençons l’été. Shrek 4 -il était une fin - vient clore la série du film d’animation le plus politiquement incorrect, et l’un des plus drôles de ces dix dernières années. L’écurie Dreamworks, avec les trois premiers opus, nous avait habitué à des films très référencés. Parodie de Disney, hommage au film de genre, répliques tueuses, le catalogue était fourni.
 
Ici, nouvelle formule. On prend les mêmes et on approfondit pour chercher le double-fond chez chaque personnage. Idée connue, mais tendance et brillante, les mondes parallèles: qu’est ce qui se serait passé si ce jour là tu n’étais pas né… ? Si tu ne l’avais pas rencontré… ? Grâce à des superpositions d'histoires, le spectateur redécouvre des personnages qu’il pensait connaître, un chat potelé, un âne qui ne reconnaît plus son ogre, un petit biscuit gladiateur. Et puis enjeu de taille, la volonté de Shrek de reconquérir Fiona. Véritable enjeu dramatique, le film n’en est que plus émouvant et une fois de plus, trouve ici une vraie plus-value cinématographique, forte, comme seule son concurrent direct, Pixar, peut obtenir.
 
Avec Shrek 1, cet épisode est le plus riche et le plus drôle. L’humour fait mouche chez toutes les générations. Les petits et les grands sont conquis par ce mélange rock'n roll et paradoxalement, assez sage, où tout le monde y trouvera son compte.
 
Des adieux classieux et classiques d’une série qui compte et qui aura bouleversé les codes du film d’animation. De manière assez tarantinesque, chaque film aura su compiler modernité et références, pour finir en beauté par une marée haute de bonnes trouvailles, d’inventivité et de malice.
 



La tête en friche


Un film de Jean Becker
Avec Gérard Depardieu, Gisèle Casadesus, Maurane
Durée : 1h22 min
Année de production : 2009
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 2 juin 2010

La promesse de l'aube...

Germain a quarante-cinq ans. Il est quasi analphabète. Il n'a pas connu son père et doit supporter sa mère devenue totalement incontrôlable. Il partage sa vie entre son potager, le bistrot du village, et sa caravane. Un jour, dans le parc où il a pour habitude de venir voir les pigeons, il fait la rencontre d'une vieille dame, Margeritte, avec deux "t". Traumatisé par une enfance et une scolarité difficile, Germain va découvrir un nouveau monde grâce à la lecture. Peut-être le début d'une nouvelle vie...

Dialogue avec mon jardinier...

Aller voir un film de Jean Becker, c'est comme un week-end à la campagne ou comme une bonne bouteille de vin. Depuis Les enfants du marais, le réalisateur de l'Eté Meurtrier s'est fait le spécialiste de ce cinéma provincial, de village, de la terre et des bonnes choses. Avec ce nouveau cru, il étonne encore car il est rare et il est beau de voir encore qu'un certain cinéma classique, en noir et blanc mais tout en couleur existe encore. Celui où la mise en scène est une mise en abyme, où le dialogue devient poésie et le montage ponctuation. A une époque où tout va trop vite, où l'on se moque des vieux et où l'on ne comprend plus les jeunes, où un provincial est appelé un beauf, les films de Jean Becker nous donne du temps. Il nous donne à réfléchir sur ce que nous sommes.

Adapté du roman éponyme de Marie-Sabine Roger, le réalisateur est accompagné à l'écriture par le très grand Jean-Loup Dabadie, également scénariste de, César et Rosalie, Vincent, François, Paul et les autres, Un éléphant ça trompe énormément... On est bercé par des dialogues fins et croustillants, où chaque mot est comme une note. Jean Becker éclaire le tout et les sert sur un plateau d'argent à deux comédiens magnifiques. Gérard Depardieu y est encore et toujours (et pour toujours) extraordinaire. Il ne joue pas juste, il joue vrai. C'est un ogre, un géant, qui nous bouleverse et nous émeut. Il nous fait tellement rire, lui qui traverse ce film comme un buldozer de sensibilité. Gisèle Casadesus, toute en légèreté et en douceur, est le contrepoids parfait. Elle est superbe.

Avec son précédent film, Deux jours à tuer, Becker avait haussé le ton et pris d'assaut le spectateur d'une émotion d'une rare intensité: il a su en conserver des bribes, lâchées ici et là, dans des scènes parfois comiques, parfois dramatique. Il filme l'authentique, ce qui ne se voit pas. De film en film, tel un chercheur, il se rapproche de son sujet, tente de comprendre ses mécanismes, en profondeur. La caméra devient microscope, mais l'acteur jamais un outil. Il vit. Comme un cinéaste d'un autre temps, sans nostalgie et juste par amour, il raconte au présent une histoire éternelle, une histoire d'amour, sans peur ni regrets. Juste avec simplicité. Une très belle année.

 




Comme les cinq doigts de la main


Un film d’Alexandre Arcady
Avec Patrick Bruel, Pascal Elbé, Vincent Elbaz, Eric Caravaca…
 Durée : 01h57min
Année de production : 2009
Distributeur : ARP Sélection
 
Quand on aime…
 
Ils sont cinq frères. L’un deux, David, éloigné de la famille, ressurgit le soir de Kippour, une balle dans le ventre, la pègre et la police à ses trousses. C’est en famille qu’ils devront régler leurs problèmes même si cela implique de faire ressurgir le passé…
 
Il faut partir…
 
Le grand carnaval des pires critiques s’est encore abbatu sur la tête d’Alexandre Arcady. Et pour une fois, et depuis longtemps, ce lynchage médiatique n’est pas mérité. Retour.
Après un passage à la comédie avec, entre autres, le catastrophique Mariage Mixte, Arcady revient à son genre de prédilection, le film policier sur fond de drame familial. Lui-même ainé d’une fratrie de cinq garçons et 28 ans après Le grand pardon, il retrouve tous ses thèmes chers à son coeur: l’exil, la famille, l’amour et la religion. Et chose assez surprenante, ce qu’on a toujours pu lui reprocher devient ici l’atout principal de son film. Pratiquant un cinéma en marge, parfois un peu vieillot, manichéen, il en sort ici un objet cinématographique étonnamment maitrisé. Assez équilibré, le spectateur est tenu en haleine et ne trouve pas le temps de s’ennuyer. On se prend vite d’affection pour ces cinq frères: l’ainé, riche et responsable, le pharmacien (mention spéciale au jeu de Pascal Elbé) qui vit un vrai retour à la religion, le beau gosse, le prof gaucho et le voyou. Si chacun existe et prend une vraie place dans le film, Patrick Bruel le porte sur ses épaules et trouve ici un vrai rôle de pater familias juif made in Arcady. Un peu trop riche et un peu trop Parrain, mais crédible et touchant. Là où Arcady pêche dans les séquences simples et de la vie quotidienne – un shabbat qui tourne mal, un café qui sonne faux entre frères – il insuffle une vraie énergie et un vrai suspense dans ses séquences dramatiques.
Comme Lelouch l’avait fait avec son Roman de Gare, Arcady se débarasse de certains tics de mise en scène et fait ce qu’il sait faire le mieux. Jouer avec les codes du cinéma de genre, donner du relief à ses personnages, gonfler la réalité pour leur donner un aspect plus dramatique, plus grave. Et même si son message n’est pas une vraie révolution scénaristique, il a le mérite de nous captiver dans cette tension grandissante et menaçante.
Et à voir absolument pour la magnifique séquence de fin sur la sublime chanson Island de Shlomo Artzi. 



Greenberg


Un film de Noah Baumbach
Avec Ben Stiller, Rhys Ifans, Greta Gerwing
Durée :1h45
Année de production : 2009
Distributeur : Mars Distribution
Date de sortie : 28 avril 2010

So far away from L.A…
 
Chez les Greenberg, il y a deux frères, celui qui a fondé une famille, qui part en vacances au Vietnam et qui vit à Los Angeles et l’autre, ancien leader d’un groupe de rock imaginaire, new-yorkais et fraîchement sorti de HP, qui profite de cette virée asiatique pour venir faire le point sur sa vie dans la villa familiale. Il s’est fixé deux buts très précis: construire une niche pour le chien, et surtout, ne rien faire. Mais très vite, il va pouvoir faire la connaissance de la fille au pair, supporter les plongeons d’inconnus dans la piscine, s’occuper du chien malade… De quoi reconsidérer ses plans.
 
Sous le soleil exactement…
 
Il est des moments où le cinéma américain devient paradoxe. Il est des films où l’industrie américaine laisse filtrer ce qu’elle sait faire de mieux.  Greenberg en est le pur exemple. Cinéma d’artisan, il propose une vision moderne, décalée et tellement personelle d’un homme à bout de force, incapable de vivre dans le présent et empêtré dans un passé qui n’a même pas existé. Ben Stiller, un des acteurs les plus "bankable" de la planète, nous surprend par l’extrême richesse de son jeu et en même temps par la simplicité apparente avec laquelle il l'exerce. Et puis cette ville de Los Angeles, dépeinte mille fois à l’écran, à l’envers, à l’endroit, en long, en large. Tant de portraits, de couleurs et de mots, tant d’effets spéciaux et des millions de dollars. Devenue plus un gigantesque studio à ciel ouvert, elle trouve ici une âme, nouvelle, grâce à l’idée de faire marcher son personnage dans la ville, de rapprocher les gens entre eux. Livrant ici son sixième long métrage, Noah Baumbach le co-écrit et le co-produit également avec sa partenaire à la ville, Jennifer Jason Leigh.
 
Simple et parfaitement construit, chaque rencontre, chaque personnage est associée à de longs plans fixes, comme si chacune d’elles étaient une nouvelle pièce du puzzle de la reconstruction de Greenberg. Soutenu coûte que coûte par son ami de toujours, subtilement interprété par Rhys Ifans, le colocataire en slip de Hugh Grant dans Coup de foudre à Notting Hill, le film pose la question simple mais fondamentale: Comment accepter ce que l’on est devenu quand la réalité est en-dessous de ce que l’on imaginait ? Et c’est dans de longs dialogues tournés en plan séquence, croustillants, parfois drôles, souvent tristes que le réalisateur choisit de faire remonter la pente au personnage de Ben Stiller. Une pente qu’il redescend aussi vite si bien qu’il n’arrive jamais vraiment à la remonter.
Les portes du passé, au fil des désillusions, comme ce repas où il tente de reconquérir une ex, vont se refermer peu à peu. A l’image de son état, la ville devient plus vivante, plus grande, où inversement, elle se replie sur elle-même comme un personnage à part entière. Et puisque derrière chaque grand bouleversement il y a une femme, Greenberg est aussi et surtout une histoire d’amour. Loin de celles où des princesses croisent des princes dans les villas de Beverlly Hills ou de Santa Monica, c’est la violence de la réalité et des coups qui régient de manière bancale et imprévisible l’histoire d’un couple, Ben Stiller et Greta Gerwig, la fille au pair, en apparence si différent…
 
Véritable pépite cinématographique, Greenberg nous invite à naviguer entre sourire et peine, questions existentielles et générationnelles, en jouant sur le tempo et en cassant le rythme de manière étonnante. Un film lent et efferversent qui se dillue en vous très longtemps après l’avoir vu. L’occasion de (re)découvrir Ben Stiller… et de se poser deux ou trois questions sur nos propres vies… ce qui fait quand même deux bonnes raisons de ne pas le rater.



Iron Man 2


Un film de Jon Favreau
Avec Robert Downey Jr., Gwyneth Paltrow, Mickey Rourke, Scarlett Johansson,
 
Durée : 2h02 min
Année de production : 2009
Distributeur : Paramount Pictures France
Date de sortie : 28 avril 2010

En rouge et noir...
 
Tony Stark, le géant mondial de l'armement est de retour. Après avoir annoncé aux médias de la planète que l'homme en armure rouge c'était lui, il va devoir en découdre face à l'Etat américain qui veut mettre la main sur son arme fatale. Comme si ça ne suffisait pas, un étrange psychopathe russe va ressurgir du passé pour tenter d'en découdre une bonne fois pour toutes...
 
Highway to Hell
 
Depuis ces denières années, Hollywood monte en régime dans la production de ces films de super-héros. Ou du moins dans ce qu'ils ont de non-héros. Après Batman, qui doit ses super-pouvoirs à la qualité de son matériel et à sa volonté d’en découdre avec le mal, Iron Man est un justicier qui après avoir vendu des armes au monde entier décide de les utiliser pour le sauver. "J'ai privatisé la paix dans le monde !" Une nouvelle race de chevalier des temps modernes est née, une nouvelle mythologie prend vie et c'est pour le plus grand plaisir du spectateur.
 
Drôle, décomplexé, ultra-moderne et explosif, ce nouvel opus possède tout du parfait blockbuster, plus, indéniablement, une vraie valeur ajoutée. A commencer par son casting, Gwyneth Paltrow est toujours aussi juste et magnifique. Elle en impose par sa classe, et son charisme naturel venu d'une autre époque. Mickey Rourke, très très méchant, amène plus de dramaturgie que Jeff Bridges dans le premier opus. Quand à la nouvelle venue, Scarlett Johansson, elle vampirise chacune de ses apparitions, notamment dans une scène explosive de karaté amélioré. Vrai bon point, le “super-méchant”, Sam Rockwell (La ligne verte, Confessions of a dangerous mind) est tout bonnement génial. A noter l’apparition de Samuel L. Jackson, discrète mais efficace.
 
Plus qu'une simple suite, Iron Man 2 se veut être le vrai prolongement du personnage amorcé dans le premier. Plus psychologique, parfois plus sombre, il pose de vrais problèmes et surtout dresse de vrais obstacles à notre héros. On y parle de transmission, de la mort, d'amour et la relation entre Iron Man et son assistante Pepper Rotts s'intensifie. Les enjeux sont plus graves, les responsabilités plus importantes.
 
Plus dense que le premier, Iron Man 2 est un vrai spectacle, un vrai show pour le spectateur. Show man et vrai star du rock, Robert Downey Jr. est jubilatoire et encore plus mégalo. Plus qu'une suite donc, un nouveau film. Si vous avez aimé le premier, vous aimerez le second encore plus, et au pire, vous aurez envie de revoir le premier. Ou l'inverse...



L'arnacœur


Un film de Pacal Chaumeil
Avec Vanessa Paradis, Romain Duris, François Damien
Durée : 01h45min
Année de production : 2009
Distributeur : Universal Pictures International France

L’attrape cœur…
 
Alex est briseur de couple professionnel. Satisfait ou remboursé, ses méthodes ne laissent aucune chance à ses victimes. Seul principe : ne s’attaquer uniquement qu’aux femmes malheureuses. Sauf qu’Alex est un homme de défi. Juliette va se marier dans dix jours. Mission : faire annuler ce mariage. Le contrat de trop ?
 
Que du bon(heur)…
 
Point de vue très personel: il est plus difficile de faire une bonne comédie qu’un bon film dramatique. Etre drôle sans être vulgaire, sans se répéter. Etre drôle en surprenant, en contournant les règles. Etre drôle tout en racontant quelque chose. Etre drôle et avoir des choses à dire. Tout ça se fait rare. Trop rare. Alors en plus du printemps, c’est une pépite de drôlerie qui nous arrive de la caméra de Pascal Chaumeil, (et de la plume de Laurent Zeitoun/Jeremy Doner/Yoann Gromb) qui signe ici son coup d’essai et son coup de maître. Plus habitué aux séries il nous offre une combinaison de dynamisme et de bonne humeur, servi dans un tempo funky et moderne. Et puis on rit beaucoup. La salle applaudit parfois. Chaque spectateur la connaît cette sensation, celle où on se sent tellement bien que l’on est impatient d’arriver à la séquence suivante, avec une seule crainte, que ce soit la dernière. Vanessa Paradis et Romain Duris vont tellement bien ensemble que l’on craque forcément. Et puis un point très important.
La condition sine qua non d’une comédie réussie: les seconds rôles. On le voit très bien chez nos voisins anglo-saxons (maîtres en la matière), une comédie a besoin de plusieurs personnages, construits, drôles, complets, vivants. A ce jeu-là François Damien explose dans ce film. Cet acteur belge encore assez méconnu en France prend ici définitement son envol. Avec Julie Ferrier, sa femme et collègue, ils forment un vai couple si attachant et si drôle, que l’on est déjà impatient de les retrouver à chaque sortie de champs.
    Alors qu’il est bon de prendre autant de plaisir devant un film qui n’a d’ambition que celle de faire rire. Et quelle ambition ! Pour cela, en plus des acteurs, le traitement du film est esthétiquement une réussite. Servi par un montage inspiré, le réalisateur insuffle de l’énergie et une plastique travaillée, vraie valeur ajoutée au film, à un scénario bien ficellé.
Une vraie bonne comédie comme on n'en voit pas assez et qui vous donne ce sourire qui ne vous quitte plus en sortant du cinéma.



Ghost Writer


Un film de Roman Polanski
Avec Ewa Mc Gregor, Pierce Brosnan
Durée 2h08 min
Année de production : 2008
Distributeur : Pathé Distribution
Actuellement au cinéma.Ghost save the Queen.
 
Ghost save the Queen

Un écrivain -nègre- est engagé pour terminer les mémoires de l’ancien Premier ministre britannique, Adam Long. Il va très vite découvrir que son prédecesseur qui est un ancien bras droit du ministre, est mort dans des circonstances troublantes…

Oh my ghost  !

Simple hasard du calendrier ou véritable coup du destin cinématographique, les responsables des longues files d’attente devant vos cinémas et des séances affichant complet depuis deux semaines sont les deux grands maîtres Martin Scorsese, pour Shutter Island, et Roman Polanski, pour Ghost Writer. Deux géants, deux amis, qui ont tous les deux décidé de situer leur nouvelle histoire dans le froid et la grisaille insulaire, aux abords de la côte Est américaine.
Hasard géographique ? Nouvelle destination à la mode ?
Adapté (lui aussi) du roman de Robert Harris, L’homme de l’ombre, Ghost Writer signe ici le grand retour du grand  Polanski. Assigné à résidence dans son chalet à Gtaad d’où il a supervisé la post-production, ses récents problèmes avec la justice américaine ne l'ont pas empêché de livrer ici une grande leçon de cinéma, du grand spectacle.
 
Présenté comme une véritable confrontation entre un ex-premier ministre (Pierce Brosnan) et son nègre (Ewan Mc Gregor), le point central du film se situe plutôt sur leur non-confrontation directe. Explication.
Hormis deux scènes clés entre les deux hommes, chacun va apprendre de l’autre, au contact d’une pléiade de personnages plus intriguants les uns que les autres. Devant la caméra les deux acteurs ont peu de scènes en commun, mais l’ombre de l’un pèse encore plus sur l’autre. Et celle d’Hitchcok sur tout le film.
Le spectateur se fait embrigader d’indice en découverte, de révélation en surprise, le poil toujours hérissé par ce froid de bord de mer. L’atmosphère gris bleu et la musique (du brillant français Alexandre Desplat ) y contribuent beaucoup.
 
Ewan Mc Gregor trouve ici son rôle le plus riche et le plus complet. Aussi juste et précis dans son jeu comme Polanski l’est à la mise en scène, chaque détail devient déterminant et l'invisible devient visible. Cet écrivain nègre devient l’outil du réalisateur pour filmer ce qui ne se voit pas telle une plongée en apnée dans les arcanes de la politique où l’on y découvre cette atmosphère si particulière.
L’auteur du roman dément s’être servi de Tony Blair comme fond d'idée, les acteurs démentent, mais la question n’est pas là. La tension devient de plus en plus palpable, le rythme fracassant pour que tambour battant naisse avec splendeur l’œuvre la plus moderne du réalisateur du Pianiste et de Chinatown.



Shutter Island


Un film de Martin Scorsese
Avec Leonardo Di Caprio, Mark Ruffalo, Ben Kingsley
Durée : 2h17 min
Année de production : 2008
Distributeur : Paramount Pictures France
Date de sortie : 24 février 2010
 
Seul au monde…
 
Nous sommes en 1954. Teddy Daniels et Chuck Aule sont envoyés sur l’île de Shutter Island, au large de Boston. Coupée du monde, elle abrite un hôpital à la sécurité maximale. Le marshall et son co-équipier doivent enquêter sur la disparition d’une patiente.
 
Gangs of Boston…
 
Adapté du roman de Dennis Lehane, également auteur du superbe Mystic River porté à l’écran par Clint Eastwood, Shutter Island est déjà en soi un double événement. Tout d’abord parce qu’il est la quatrième collaboration de l’acteur Leonardo Di Caprio et du réalisateur Martin Scorsese. Aussi parce que dans la filmographie d’un des maîtres du cinéma américain, le choix d’un tel sujet paraît à la fois déroutant et totalement excitant. Présenté comme un mélange de suspense et de frisson, Shutter Island nous hante d’abord par la force et la puissance du jeu de rôles, du labyrinthe psychologique et mental que subit le personnage. Sujet à névrose, angoisse et paranoïa, Teddy Daniels, magnifiquement interprété par Leonardo Di Caprio, va rapidement perdre pied et commencer une descente aux enfers où ses souvenirs et ses traumatismes vont refaire surface. Il est important ici de ne rien dévoiler car, comme un gigantesque puzzle, tout est connecté. Et c’est en ça que le film sort du simple excercice de style. Profond et intense, le spectateur est bouleversé par la vie de cet homme meurtri. Traumatisé par son passé de soldat américain durant la libération du camp de Dachau, toute son existence va se voir ponctuée de drames et de souffrance. Et cette enquête n’est finalement qu’un prétexte pour découvrir le vrai sens de sa venue ici.
Visuellement, cette tension et cette névrose prennent vie sous forme de tableaux. Robert Richardson, directeur de la photographie, explore cette névrose en composant ses plans comme des peintures, avec toujours ces teintes orangées que l’on avait déjà pu admirer dans Aviator. Beaucoup de noir, de rouge, de sang. On se rapproche de quelque chose de gothique parfois. Un travail somptueux, fort, bouleversant même. L’interprétation de Di Caprio y est vertigineuse, et, pour mieux le « supporter », car aux Etats-Unis on appelle un second rôle, un supporting actor, (un tout autre sens…) des acteurs hallucinants. Pas étonnant quand on sait que Martin Scorsese exige un travail de recherche et de compréhension des personnages à tous ces acteurs. Et puis sa mise en scène est brillante, elle est inspirée, en permanence. Chaque plan est une pirouette, chaque séquence est maîtrisée. Shutter Island aurait pu être un film mineur, il devient la cour de récréation d’un maître. Il joue avec tous les codes du genre, flirte avec des références assumées et maîtrisées. La mécanique du supense hitchcokien, l’aspect graphique ultra-coloré et contrasté de Lynch, l’atmosphère Des griffes de la nuit de Tourneur. Comme il repousse les limites de jeu de son acteur, ce sont ses propres repères, sa propre mise en scène qui se veulent encore plus intéressantes, plus démonstratives. Alors même si Shutter Island n’est pas une œuvre majeure dans l’œuvre du réalisateur, elle marque un tournant dans son rapport à la caméra, à son comédien fétiche et surtout, au montage. Il est en tout cas un fim indispensable.
 
Reste à savoir comment vous réagirez au dénouement final…
 
Ce film est interdit aux moins de 12 ans.




Valentine’s Day


Un film de Garry Marshall
Avec Ashton Kutcher, Julia Roberts, Jamie Foxx, Patrick Dempsey...

Durée : 2h03 min
Année de production : 2009
Distributeur : Warner Bros. France
Date de sortie : 17 février 2010

All you need is love…

Los Angeles. Des couples, des célibataires, des jeunes et des vieux s’apprêtent à fêter la journée la plus romantique de toute l’année: la Saint Valentin.

Comme c’est original ! Mais que va-t-il bien pouvoir se passer… ?

A vrai dire, pas grand chose.

Tout d’abord il est important de préciser que la seule pseudo originalité de Valentine’s Day réside dans son casting. Tous les acteurs les plus branchés sont là, Julia Roberts, Ashton Kutcher, Jamie Foxx… sans oublier Eric Dane et Patrick Dempsey, icônes de la série Greys Anatomy. Voici un mois que le monde est plongé dans une promotion endiablée pour la sortie de ce film. Vive l’amour et vive la St Valentin !
Allez voir ce film, vous vous aimerez encore plus : c’est raté. On en sort endormi. L’histoire étant inexistante et la mise en scène fossilisée, c’est à un désastre romantico-pathétique auquel nous assistons. Sorti à grand renfort de marketing rose bonbon et attendu dans le monde entier par des milliers de fans, Valentine’s Day se voulait être le nouveau Love Actually de la décennie. Plus que l’ultime comédie romantique, le film anglais adulé dans le monde comme LA comédie sur l’amour, faisait preuve d’audace, d’inventivité et de subtilité. Ici rien de tout cela, juste un enchaînement de mini-séquences inintéressantes où personne ne sort du lot et où aucune histoire n’a le temps de prendre corps. Mal reliées entre elles, elles vacillent entre invraissemblance et désert scénaristique. Le spectateur ne suit plus. Pire que de ne pas être drôle, on s’ennuie. On est en overdose de fleurs, de rose et d’amour !

Dans ce tourbillon soporifique, seule la belle Anne Hattaway arrive à nous redonner  foi en l’amour, mais malheureusement il est trop tard, le mal est fait. Garry Marshall, réalisateur du cultissime Pretty Woman, nous rappelle ici à quel point c’est un problème de n’avoir rien à dire lorsque l’on pratique ce métier. Sans bien sûr froisser la susceptibilité de nos chères concitoyennes adolescentes et parfois quelque peu hystériques, Valentine’s Day est à ranger dans la case midinette. Et encore, à la sortie du film, la plupart ayant repris leurs esprits, c’est la déception qui se lit sur leurs visages.

Alors voici un conseil : revoir au choix Pretty Woman puis Love Actually, éventuellement revoir Love Actually puis Pretty Woman.

Dans les deux cas, vous passerez un bien meilleur moment !



In the Air


Titre original : Up in the Air
Un film de Jason Reitman
Avec George Clooney, Anna Kendrick, Jason Bateman
Durée : 1h50 min
Année de production : 2009
Distributeur : Paramount Pictures France.
Date de sortie : 27 janvier 2010

L'histoire d'un homme en correspondance.
Ryan Bingham est un spécialiste du licenciement. Son travail : annoncer aux autres qu'ils n'en ont plus. Son quotidien, il le partage entre les avions et les hôtels. Sa vie privée, elle est réduite depuis longtemps à néant. Pas de maison, pas de femme, pas d'enfants. Son seul objectif : atteindre les dix millions de miles. Sa distraction, animer des conférences sur le thème : libérer vous des autres, la vie c'est comme un sac à dos, plus elle est pleine, plus elle est lourde. Et plus elle est lourde, moins vous avancez. Mais toutes ces convictions vont être bousculées par deux femmes, la première, il en tombe amoureux lors d'un de ses nombreux déplacements. La seconde, jeune première, décide de révolutionner son secteur en informatisant tout son travail : plus besoin de voyager, avec une webcam et l'ADSL, on peut aussi mettre les gens à la porte en restant assis derrière son bureau.
Sa vie toute entière risque d'être totalement bouleversée...

Passeport s'il vous plaît...

Il y a encore trois ans, sur le CV du réalisateur Jason Reitman, à part être le fils de Yvan Reitman (Sos Fantômes) ne figuraient que quelques clips publicitaires. Trois longs métrages plus tard, le voici à la tête du film le plus attachant de cette nouvelle année 2010. Mais avant d'être porté à l'écran, Up in the air est un roman dont la première phrase en dit long sur son personnage principal; "pour me comprendre, il faut prendre l'avion avec moi".

Dans Juno, film qui le fit connaître du grand public, le réalisateur avait déjà choisi un ton très libre. Déjà il racontait son histoire d'une manière simple et toute personnelle.

Aux Etats-Unis, ce qu'on appelle "films indépendants", ce sont des films qui se font en marge du système, sans les financements (ou peu) des grands studios. Up in the air se sert chez les grands et garde la liberté et la spontanéité des petits films tournés sans gros moyens. Pas du tout moralisateur, Jason Reitman, scénariste et producteur du film pose un regard à la fois tendre et touchant sur ce VRP du licenciement. George Clooney sait définitivement tout faire. Il surprend tant par sa capacité à disparaître derrière son personnage, à devenir normal, qu'à charmer la caméra. Une caméra qui n'a jamais aussi bien filmé les aéroports et fait ressentir leurc ambiance si particulière. Aussi le montage est habile et inspiré et la bande son ravira les connaisseurs comme les néophytes.

Flying Blue...

Up in the air est un mélange parfait de cynisme et de réalisme. C'est l'occasion pour le spectateur d'embarquer pour ce beau moment de légèreté et de cinéma. Emouvant parfois, les quinze dernières minutes élèvent encore un peu le film, souvent drôle et tellement attachant. Les cinéphiles s'y retrouveront avec un réalisateur qui réussit à styliser son film avec brio. Les spectateurs d'un jour voyageront au-dessus des nuages sans aucune turbulence.

Un film pour tous que je ne peux que vous recommander en ce début d'année.



Lebanon

Un film de Samuel Maoz
Avec Yoav Donat, Itay Tiran, Oshri Cohen
Année de production: 2009
Distributeur : CTV International
Durée: 1h32 min
Date de sortie : 3 février 2010

L’homme est d’acier…

Voici le propre synopsis* de Samuel Maoz, réalisateur du film :
"Je venais d'avoir 19 ans en mai 1982. La vie était belle. J'étais amoureux. Ensuite on m'a demandé de partir sur une base militaire et d'être le tireur du premier tank à traverser la frontière libanaise. Cela devait être une mission d'une journée toute simple mais ce fut une journée en enfer. Je n'avais jamais tué quelqu'un avant cette terrible journée. Je suis devenu une vraie machine à tuer. Quelque chose là-bas est mort en moi. Sortir ce tank de ma tête m'a pris plus de 20 ans. C'est mon histoire."

Le char n’est que ferraille…

Qu’y a-t-il aujourd’hui de plus important dans un film ? Son histoire ? Ses personnages ? Définitivement, c’est son point de vue. Toutes les histoires sont les mêmes, seule la voix de celui qui la raconte est fondamentalement nouvelle, différente, et présente un réel intérêt. Samuel Maoz hisse sa voix de soldat au nom de celles qui n’ont pu témoigner. Il choisit le parti pris, radical et expérimental, de nous faire devenir soldat. Il choisit de nous faire vivre son histoire dans ce char. 1h32 minutes dans un char, enfermé, coincé. Certaines personnes quittent la salle. Tout est trop vrai. 1h32 minutes où l’on ne voit pas mais où l’on ressent, où l’on subit cette guerre. Quelle expérience magistral de cinéma, d’émotions et de cinéma !

On apprend à connaître ces quatre jeunes soldats israéliens : Herzel, charge les obus, Schmoulik le tireur, Yigal, le pilote et Assi, le chef. Coupés du monde, ils n’attendent qu’une chose, rentrer dans leur famille. Ce qui se passe dehors est pour eux quelque chose d’irrationnel, irréel. D’ailleurs le seul lien « visuel » que, eux soldats et nous spectateurs, entretenons avec le monde extérieur, c’est ce que voit Schmoulik dans son viseur. C’est ce que voyait le réalisateur.

Le canon du char devient alors l’objectif de la caméra et nous laisse entrevoir l’horreur, déformée par la subjectivité du regard du viseur. Au milieu du chaos, cet âne que l’on croit mort mais qui pleure, vit. Cette femme, qui vient d’assister au meutre de sa famille et dont les vêtements se mettent à brûler, ce fermier qui meurt au milieu de ses poules.

Le réalisateur prévient, « ce n’est pas un film politique », ici on rend hommage, on témoigne, on ne juge pas.

Samuel Maoz qui réalise ici son premier long métrage fait preuve d’une maîtrise assez stupéfiante de son sujet. Le placement de ses caméras, sans cesse en mouvement, les très gros plans, le son, car finalement tout se passe hors-champs, rendent la tension permanente. Très vite on a l’impression de sentir la terre, l’eau, la transpiration. Très influencé par le réalisateur russe Tarkovsky, Maoz lui reconnaît son admiration et s’inspire de sa fascination pour l’air, le temps, et cette limite qui sépare la raison de la folie. Il filme l’intérieur de ce char comme un sas où l’air devient matière, il donne du volume aux éléments. Comme si, plus le cauchemar devenait réalité, plus cette prison de ferraille se refermait, fondait sur ces quatre soldats au bord de la folie. Une mise en scène brillante.

Mention spéciale au jeune Oshri Cohen qui interprète Herzel. Au milieu de cet enfer, il nous émeut et parvient même à nous faire rire. Sa brutalité et sa peur sont sidérantes de vérité.

Véritable électrochoc, Lebanon est un film indispensable, une expérience inoubliable.

Lion d’or à Venise, courez voir ce film qui démontre encore que le cinéma israélien continue toujours de surprendre par sa qualité et son inventivité.

*Synopsis : court résumé d’un film.



Sherlock Holmes

Un film de Guy Ritchie
Avec Robert Downey Jr., Jude Law, Mark Strong, Rachel McAdams, Kelly Reilly
Durée : 2h08 min
Année de production : 2008
Distributeur : Warner Bros. France
Date de Sortie : 3 février 2010

*Magie noire…

Arrêté pour plusieurs meurtres, Lord Blackwood fait régner la terreur sur la ville de Londres. Condamné à mort il promet de revenir de l’au-delà et prédit un avenir sombre et funeste à tous les habitants. Adepte de la magie noire, ces méthodes terrorisent la population et laissent Scotland Yard sans réponse. L’ultime espoir est de se tourner vers un détective privé aux méthodes assez peu conventionnelles, le très controversé Sherlock Holmes. Jamais sans son acolyte, le docteur Watson, il s’engage alors dans une enquête qui promet d’être des plus dangereuses et des plus mystérieuses.

*Elémentaire…

Petit rappel historico-holmesien : Sir Arthur Conan Doyle crée le personnage de Sherlock Holmes en 1887. Célibataire, misogyne, le détective privé aujourd’hui le plus connu de Grande-Bretagne vit chez une logeuse à la célèbre adresse, 221B Baker Street. Il est violoniste, pratique la boxe, fume la pipe et prend de l’héroïne quand la complexité de ses enquêtes le lui impose. La première fois que l’on découvre ses aventures, c’est dans le roman Une étude en rouge, en 1887. L’un des plus connus reste Le Chien des Baskerville, publié en 1902.

Il y aura un film en 1939, une série télévisée, un jeu vidéo en 2004. Analyses, enquêtes, contre-enquêtes, romans, nouvelles, le mythe Sherlock a-t-il dit son dernier mot ? Savons-nous tout ou seulement presque ?

*So Rock

Un zest de mythe connu ou reconnu par tous, un peu démodé si possible, un brin d’anticonformisme, c’est bien si le héros est un peu fou.

Un producteur mégalo comme Joel Silver (L’arme Fatale, Matrix, Die Hard…), un réalisateur ultra-branché comme Guy Ritchie (Snatch, Arnaques, crimes et botanique ).

Ajoutez à tout cela un acteur ayant davantage des airs de Mick Jagger en fin de soirée que l’air d’un détective à son compte et voilà la nouvelle super-production hollywoodienne du moment.

Totalement dépoussiéré, ce nouveau cru nous rajeunit ce bon vieux Sherlock Holmes. Fini les vestes en tweed, place au costume sur mesure et quand il y a de la bagarre, c’est au ralenti que Holmes règle son compte aux méchants.

Robert Downey Jr., récemment auréolé d’un Golden Globe, s’appuie sur la partie sombre de son personnage. Comme Jonnhy Depp, dans Pirates des Caraïbes, Sherlock Holmes est ici à la limite de la folie, déjà perturbé.

Et voilà bien le seul atout du film.

Sur fond d’ésotérisme, le réalisateur tente un mélange peu convaincant de modernité et d’authenticité. Avec une utilisation exagérée de mouvements de caméra, le réalisateur gâche et abîme sa matière. Jamais vraiment sombre, jamais vraiment noir, le film reste impersonnel. Londres, qui dans la mythologie du détective joue un rôle fondamental, est ici techniquement ratée comme peut l’être un décor en carton pâte de plusieurs millions de dollars.

Le rôle de Watson, joué par Jude Law (Stalingrad, Closer, A.I. ) est lui, complètement sous-écrit. Son magnétisme habituel a complètement disparu et c’est bien dommage. Quand Tim Burton avait ressorti des tiroirs La Planète des Singes, nous avions été déçus. Aujourd’hui, et sans les comparer, Guy Ritchie tombe dans le même piège : s’emparer d’un mythe et en faire un film de studio sans réussir à imposer son style, sa personnalité.

Malheureusement Sherlok Holmes est un film qui ne prend pas, comme ces tours de magie où l’on n’est pas convaincu, où l’on apercoit les ficelles.

Un film qui avait pourtant tous les ingrédients pour que l’alchimie fonctionne, mais malheureusement trop sombre pour y emmener vos jeunes enfants…