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Evénements I
Cinema


Cinéma

Mis à jour 21/01/2012

Par Nicolas Beguin.

: passez votre chemin
: peu d'intérêt
: pas mal
: très bon film
: grand film
: chef d'œuvre

L'amour dure trois ans
Parlez-moi de vous
Mission : impossible - Protocole fantôme
Des vents contraires
Carnage
Toutes nos envies
Intouchables
La source des femmes
Drive
The Artist
Polisse
La guerre est déclarée
Super 8
Harry Potter et les reliques de la mort, partie 2
Very bad trip II
The tree of life
Pirates des caraïbes : la fontaine de jouvence
Thor
Animal Kingdom
La fille du puisatier
Minuit à Paris
Sucker Punch
World invasion : Battle Los Angeles
True Grit
Jewish Connection
Black Swan
La chance de ma vie
Le dernier des templiers
Somewhere
Mon beau-père et nous...
Harry Potter et les reliques de la mort (partie 1)
Machete
Welcome to the Rileys
Date limite
The Social Network
Elle s'appelait Sarah
Mange, Prie, Aime
Ces amours-là
Des hommes et des dieux
Le bruit des glaçons
Piranha 3D
Inception
Repo Men
Twilight Hesitation
Shrek 4
La tête en friche
Comme les cinq doigts de la main
Greenberg
Iron Man 2
L'arnacœur
Ghost Writer
Shutter Island
Valentine's Day
In the air
Lebanon
Sherlock Holmes

L'amour dure trois ans

Un film de : Frédéric Beigbeder
Avec : Louise Bourgoin, Gaspar Proust, Valérie Lemercier…
Distributeur : EuropaCorp
Durée : 1h38
Date de sortie : 18 janvier 2012


Marc : “ Les époux dînent, les amants déjeunent.”

Marc Marronnier, critique littéraire le jour et chroniqueur mondain la nuit, vient de divorcer d’Anne. Il est sûr à présent que l’amour ne dure que 3 ans. Voici une bonne raison de commencer à écrie son premier roman, l’amour dure trois ans. Et puisqu’une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, il va croiser Alice, dont il va tomber amoureux.

Alice : “… Et les dragueurs rament.”

C’est l’événement de la rentrée littéraire... heu non, de la rentrée cinématographique. Frédéric Beigbeder devient cinéaste ! 
Nouvelle lubie sous ecstasy ou défi sérieux d’un jeune homme dérangé ?

En 1997 paraît un son troisième roman – très autobiographique - au titre génial : L’amour dure trois ans. Le livre est un succès, aussi bien critique que public, et reste néanmoins une de ses œuvres les moins trashs, les plus légères, et en façade, des plus désabusées sur le plus grand sujet de la littérature, l’Amour.
Quinze ans après, pourquoi lui et pas un autre pour le coucher sur pellicule, un vrai metteur en scène qui storyboard ses plans, qui sait diriger un acteur, qui découpe son film, qui a le sens du récit filmique ? Parce que ce roman, bien plus qu’un autre, il était le seul à pouvoir l’adapter infidèlement. Il était le seul à pouvoir se permettre de l’ajuster de la sorte, avec sa caméra-stylo, qui, quinze ans après, vient rajouter des éléments inédits absents du roman – on découvre les parents de Marc Marronnier, on découvre les joies de l’écriture et surtout de l’édition d’un premier roman… – Et puis surtout, Beigbeder est un grand cinéphile, un adepte des films de Woody Allen et des comédies romantiques à la Quatre mariages et un enterrement. Cette rythmique, il la connait. Cette cadence comico-romantique coule de sa plume et insufle à son film légèreté et originalité sans pervertir le ton, caustique et cynique du roman à la formule magique :

"Au XXIème siècle, l’amour est un SMS sans réponse"
"L’adultère rend adulte" 
"La 1ère année on achète des meubles, la 2ème année, on déplace les meubles, la 3ème année, on partage les meubles."

A partir de là, toutes les raisons sont bonnes pour y aller, à commencer par le couple Louise Bourgoin / Gaspar Proust. Lui, Marc, avance nonchallement un pied devant l’autre depuis que sa femme, Anne, l’a quitté après trois ans de mariage. Il publie son premier roman sous pseudo et elle, Alice, ce roman au titre bidon - L’amour dure trois ans - elle le déteste. Mais eux, ils vont tomber amoureux. Et elle, elle est mariée à son cousin. Mais lui il n’a " jamais été trop famille." 

Ils sont donc irrésistibles tous les deux, aussi désinvoltes et craquants qu’un Hugh Grant et une Cameron Diaz. Valérie Lemercier est géniale en éditrice manipulatrice. Pour les nostalgiques, Bernard Menez et Anny Duperey sont les madeleines de Proust d’un certain cinéma français et le couple Frédérique Bel / Jonathan Lambert ne manque pas de piquant. Et puis il y a cette surprise de Joey Starr…

Alors même si quelques petits bémols viennent froisser la copie - quelques apartés lourdes, des scènes entre potes beaufs qui tombent à plat - L’amour dure trois ans est une réussite, un vrai bon moment de comédie. Beigbeder a fait encore mieux que de transposer son roman à l’écran, il l’a rendu meilleur. Et plus que jamais, sous ces airs de scientifique-insensible-people de l’amour, il se révèle évidemment d’une grande sensibilité. Car la durée de l’amour n’est finalement pas ce qui compte, mais bien son intensité. Enfin presque...
Le débat est ouvert.

 



Parlez-moi de vous


Un film de : Pierre Pinaud
Avec : Karin Viard, Nicolas Duvauchelle, Nadia Barentin
Distributeur : Diaphana DistributionDurée : 1h29min
Date de sortie : 11 janvier 2012

Radio Galaswinda......
A 40 ans, Mélina est la voix la plus célèbre de France. Tous les soirs elle règle les problèmes sentimentaux de ses auditeurs. Mais personne ne connaît son visage. Dans la vie elle est seule et évite tout contact avec les autres. Partie à la recherche d’une mère perdue, elle va devoir faire de nouvelles rencontres…

Bon'jour' !!
Parlez-moi de vous est un premier film. Sujet sympathique, une animatrice radio qui a réponses à toutes vos questions mais pas aux siennes, une rencontre improbable avec un très bon comédien, Nicolas Duvauchelle - il livre ici une prestation au coeur tendre, loin des bad boys habituels, où le vernis craque encore un peu plus une palette de très bons seconds rôles et surtout une comédienne géniale, Karin Viard. Recette idéale, alchimie plutot réussie, oui, mais non. Le film n’est pas à la hauteur de son talent. Les cassures de rythme ne sont pas assez maitrisées, la partie radio pas assez fouillée et trop anecdotique et à défaut d’être imprégné de sa solitude, c’est nous qui nous sentons un peu seul dans notre ennui. La rupture émotionnelle entre cette mère et cette fille se veut sur-accentuée par le clivage géographique - la banlieue et le seizième, le beauf et la bourgeoise...
Tout ça paraît vite un peu trop scolaire.

Et c’est dommage, parce qu’il reste de beaux moments d’humanité, comme ces discussions avec Lucas, les non dits avec cette mère qui ne s’attend pas à revoir débarquer sa fille, et puis cette passion qui anime plus que jamais Karin Viard. Paradoxalement, on lui trouve dans ce genre de film – à l’instar de Polisse – une énergie nouvelle, elle cherche, elle tente de nouvelles choses, elle s’amuse. Elle prend le film en main avec toute sa sensualité, sa force et sa puissance.
Mais Pierre Pinaud rend le tout trop lisse, trop terne.

La complexité évidente et assez bien filmée du couple Lucas / Claire, ne parvient pas à donner assez de relief au film. Ce personnage hitchcokien par aspect, lunaire sous d’autres, nous laisse indiférent. Et c'est bien le sentiment qui nous reste quand on quitte la salle.
Vraiment dommage. 



Mission : impossible - Protocole fantôme


Un film de : Brad Bird
Avec : Tom Cruise, Jeremy Renner, Simon Pegg
Distributeur : Paramount Pictures France
Durée : 2h13 min
Date de sortie : 14 décembre 2011

Entreprenez l'impossible...

L’agence IMF est impliquée dans un attentat terroriste contre le Kremlin et se voit donc complètement dissoute. Sur ordre du président, l’agent Ethan Hunt va devoir mener à bien la mission impossible, baptisée “Protocole Fantôme”, qui consiste à blanchir l’agence et déjouer des nouvelles menaces d’attentats. Il va devoir composer avec une toute nouvelle équipe, comme lui, de rescapés.

 ... l'impossible fera le reste. (François Cariès)

Voyage en eaux troubles donc pour cette nouvelle mission souterraine, qui, à l’instar de tous les agents et super héros du cinéma actuel, se positionne en marge des règles, sort du cadre hiérarchique. De James Bond à Batman, en passant par Spider-Man et bientôt les classiques de Disney, l’heure est venue de passer du côté obscur, de s’affranchir des institutions et laisser parler l’esprit de vengeance et la passion qui anime nos icônes cinématographiques, jusque là bien droites dans leurs bottes.

L’agent Hunt n’en est pas encore là, mais tout de même, c’est la première fois qu’il se sent aussi seul. Le mot d’ordre : “Pas de plan. Pas de renforts. Pas le choix.” Ce qui laisse une faible marge de manoeuvre.

Un nouveau départ pour ce quatrième opus qui disons-le d’emblée, est le meilleur de tous. La version De Palma était la moins glamour, la plus psycho et la plus grisâtre. Celle de John Woo, un dessin animé sur fond de flingues et de motos qui volent au ralenti sur un étalonnage très Orange Mécanique et enfin, la meilleure jusqu’à présent, celle de J.J.Abrams, qui avec son découpage épileptique, son méchant terrifiant et son rythme effréné, offrait à la franchise ses plus beaux moments.

C’était sans compter sur l’arrivée d’un poulain de l’écurie Pixar, Brad Bird, réalisateur des Indestructibles, bien décidé à jouer aux grands enfants et à ouvrir la boite à gadgets si longtemps refermée. En effet, ce Protocole Fantôme, au scénario à tiroirs bien pensé, passe les trois premiers épisodes à la moulinette pour en extraire une sorte de copie de luxe où tous les ingrédients de la saga "Mission Impossible" sont sublimés. Suspense, gags (Simon Pegg est à mourir de rire), trouvailles scénaristiques, cascades hallucinantes (celles de Dubaï est déjà culte). Tom Cruise, fidèle à lui-même, court toujours autant. La recette a été suivie à la lettre et une dose de James Bond et de Jason Bourne pour la cadence et l’anonymat, ont été légèrement saupoudrés sur le dessus.

J.J.Abrams encore présent à la production n’y est d’ailleurs certainement pas pour rien.

Un épisode dans la foulée du précédent avec plus de légèreté, comme le préconisait la série créée par Bruce Geller, qui fut diffusée sur CBS pour la première fois le 17 septembre 1966.

Plus de trente ans ont passé, et scotché à votre fauteuil de bout en bout, vous ne regretterez pas ce Mission Impossible – Protocole Fantôme, qui sera parfait pour finir ou commencer l’année.

Quant à 2012, je vous souhaite de belles et douces histoires et de beaux rendez-vous cinématographiques.



Des vents contraires


Avec : Benoît Magimel, Isabelle Carré, Antoine Duléry...
Distributeur : Universal Pictures International France
Durée : 1h31 min
Date de sortie : 14 décembre 2011

Lorsqu’un être vous manque…

La vie de Paul va basculer le jour où Sarah, sa femme, disparaît.
A bout de souffle, il part avec ses deux enfants rejoindre son frère à St Malô pour tenter de repartir de zéro.

… tout est dépeuplé.

Un livre d’Olivier Adam, c’est comme une lame de fond qui vient aspirer vos sentiments les plus enfouis. C’est comme une baïne ???? où vient tourbillonner liberté et chagrin, envie de vivre et quête de l’absolu. Mais sous couvert d’une grisâtre du nord, comme une tempête sous crâne. Je vais bien ne t’en fais pas, son premier roman, et Poids léger, son troisième, avaient fait l’objet d’adaptations au cinéma. L’écrivain est aussi le co-scénariste de Welcome, de Philippe Lioret. Donc l’homme est souvent passé de l’autre côté de l’écran. Vint le tour Des Vents contraires.

Et une fois encore, tout est juste. Tout est au servive du mot et de l’émotion. Jamais trop, jamais dans le pathos, tout dans la retenue et les non-dits. Il y a sur ces vents contraires un souffle de fraicheur, un mistral gagnant. Comme un Nanni Moretti avec La chambre du fils, Jalil Lespert filme la froideur, le silence, la peine. Cet exil breton censé être salvateur nous installe comme sur le siège arrière. On est là sans être là. On devient le témoin, mais toujours à la bonne distance. C’est l’écrivain lui-même qui est allé chercher le jeune metteur en scène dont c’est seulement le deuxième film et il est clair que la démarche est récompensée par une sincérité et un engagement profond de ne pas pervertir l’œuvre originale. D’en percer les secrets. Le réalisateur s’affranchit des références, et pose minutieusement sa caméra en bon observateur, toujours avec le bon dosage pour rester concentrer sur les états d’âmes de ces personnages. Benoit Magimel, qui connaît bien Jalil Lespert pour avoir joué dans 24 mesures, est entier, brut comme un rocher sur laquelle la mer viendrait taper. Il nous bouleverse. Cette fraicheur vient aussi des seconds rôles, aux visages nouveaux : Ramzy est magnifique, Isabelle Carré est lumineuse et Antoine Duléry encore une fois impeccable. 


Un peu comme la Bostella d’André Bostel, Des Vents contraires est une “Alternance de joie et de peine, d’allégresse et de contrition” où l’horreur et l’injustice de la vie viennent se heurter aux surprises et aux rencontres, et où malheur et bonheur viennent parfois s’enmêler. Une bourrasque bretonne qui vous remet droit dans vos baskets.



Carnage


Un film de : Roman Polanski
Avec : Kate Winslet, Christoph Waltz, Jodie Foster, John C.Reily
Durée : 1h20min
Date de sortie : 7 décembre 2011 

Appartement à céder.

Dans un parc de New York, lors d’une dispute, un enfant en blesse un autre. Les parents vont se rencontrer pour tenter de régler le problème.

Beau meublé tout équipé.

Autant être clair rapidement, ce Carnage n’en est pas un. Tiré de la brillante pièce de Yasmina Reza, le nouveau Polanski est un huit-clos. Génial alors, c’est sa spécialité diront les Polanskinados ! Décortiquer les âmes, analyser les corps, décortiquer les pulsions, enfermer les gens pour mieux les disséquer, les scruter, les pousser à la faute, faire sauter le vernis du politiquement correct, c’est le maître ! Dans Rosemary’s baby, le diable s’incruste dans le loft de Mia Farrow, dans Répulsion, il ne faisait pas être bon le voisin de Catherine Deneuve, dans Le locataire, c’est Polanski lui-même qu’on embête dans son appartement et dans La jeune fille et la mort, Sigourney Weaver va séquestrer son bourreau. Polanski aime que ses personnages soient ensemble, proche d’eux et de lui. Les enfermer entre quatre murs lui donne le luxe de les mettre en cage pour mieux se concentrer sur leurs émotions, leurs visages, leurs mouvements. Pour que le lieu s’efface et qu’il ne reste plus que l’essentiel : les personnages. 

Ils vont muter, se transformer, à la fois physiquement et émotionellement. A ce jeu là, les deux couples bobo et bourgeois, excellents, les répliques font mouche, et la force de cette confrontation réside dans le fait qu’aucun ne l’emportera, puisque la vérité est en chacun d’eux, sauf qu’isolés dans leurs idées et dans leurs vies, ils ne sont que des îlots caritacuraux. Alors oui on est ébahi par l’intensité de leur jeu, mais non on n’est pas bluffé par la mise en scène de Roman Polanski. 

Il ne choisit pas d’angle d’attaque, aucun point de vue. C’est un parti pris ? Non, c’est un problème. L’exercice de style se transforme en pétard mouillé et ne produit pas l’effet escompté. On attend du délire, que ça parte en vrille, que le sifflement de la marmite nous perce les oreilles, que la démence leur attaque le cerveau. Rien. Juste une comédie de boulevard de luxe. Une parenthèse dans la filmographie enchantée d’un Roman Polanski qui s’est fait plaisir en oubliant au passage son public. 
      



Toutes nos envies


Un film de : Philippe Lioret
Avec : Vincent Lindon, Marie Gillain, Amandine Dewasmes
Distributeur : Mars Distribution
Durée : 2h 00min
Date de sortie : 9 novembre 2011

Le juge est une femme…

Claire est une jeune juge au tribunal de Lyon. Alors qu’un jour se présente à la barre une de ses connaissances à qui on demande de l’argent, elle va se lancer dans un combat contre le surrendettement. Elle va entraîner dans sa course contre les sociétés de crédits, le juge désenchanté Stéphane. Mais la maladie va rentrer dans le jeu et la lutte va se rêvetir de nouveaux enjeux.


Et à part ça tout va bien.

Librement adapté du poignant roman d’Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne, Toutes nos envies marque ici la troisième collaboration entre Philippe Lioret et Vincent Lindon et s’inscrit dans la continuité de la filmo d’un réalisateur en lutte, après le très réussi Welcome, qui avait pour thème l’immigration clandestine et le sort réservé à ces derniers, et Pas d'histoires ! 12 regards sur le racisme au quotidien. Tenue correcte exigée (1997) ou encore Mademoiselle (2001) l’avaient révélé au grand public. Son plus grand succès à ce jour reste Je vais bien ne t’en fais pas, avec Mélanie Laurent. Toujours du côté de ceux qui restent, des indignés et des laissers pour compte, Lioret pratique un cinéma de résistant. Ici il est  question de justice sociale et d’urgence de vivre dans ce combat que mène la belle Claire, jouée par Marie Gilain, comédienne décidément trop rare. Elle joue sa partition tout en retenue, avec subtilité mais avec une puissance contenue et beaucoup de force. Pour lui faire face dans ce double combat, maladie et justice, Vincent Lindon endosse les habits de père, d’amants, de meilleure copain, de copines, d’alter ego au boulot, enfin de tout ce que ne peut plus faire un mari presque trop parfait, vrai homme de maison, trop loin des rêves de sa femme. Il est comme à son habitude, charismatique, humain et très touchant. 

Face à eux, et voilà surement le vrai point fort narratif du récit, la jeune femme dont le procès est en cours et défendu pas les deux juges, va prendre de plus en plus de place dans la vie deClaire et de sa famille, jusqu’à venir habiter à la maison. Mention spéciale à la jeune Amandine Dewasmes, qui devient vite ce que Claire n’est plus et surtout forme le ying et le yang avec papa bobo. Par contre, il faudrait penser à arrêter de refiler tous les rôles de femme aimante qui n'ose jamais l’ouvrir à la très talentueuse Pascale Arbillot, à la palette de comédienne très colorée.

Mais malheureusement ça s’arrête lâ. Rien ne passe. Philippe Lioret ne retrouve pas la puissance émotionelle de Welcome, et cette grâce qui l’avait touché dans Je vais bien ne t’en fais pas n’opère plus. Trop sentimentaliste, trop d’effets, trop de lourdeur, rendent sa mise en scène indigeste et rende le propos caricatural. Un mélo qui se met à vite peser des tonnes.

Ajouté à cela que beaucoup de scènes sont trop longues et annulent l’effet qu’elles devraient avoir sur le spectateur. L’émotion ne passe pas, elle reste coincée entre les personnages. Comme si l’écran filtrait nos larmes, comme si le metteur en scène prenait trop de place. 
Comme si tout ça était aussi dommage que larmoyant.
     



Intouchables


Un film de : Eric Toledano & Olivier Nakache
Avec : François Cluzet, Omar Sy, Anne Le Ny 
Distributeur : Gaumont distribution
Durée : 1h52min
Date de sortie : 2 novembre 2011

Pas de bras,

Après un accident de parapente, Phillippe devient tétraplégique.
Tout juste sorti de prison, Driss va devenir son auxiliaire de vie. 
Le début d’une histoire folle va commencer.

Pas de chocolat.

C’est de complètement phénoménal que l’on peut qualifier le démarrage en trombe du nouveau film du tandem de choc, Nakache/Toledano. Il a laissé tout le monde sur la grille de départ. Film coup de cœur, antidote contre la dépression, magnifique, merveilleux, magique, les superlatifs pleuvent face à ce déluge de vannes et d’émotions qui vous bouleversent de bout en bout.

Basé sur les vrais Philippe Pozzo di Borgo/ François Cluzet et Abdel Sellou/Omar Sy, la force et le courage du film réside à user de politiquement incorrect quitte à pouvoir rire de tout, pourvu que se soit drôle. Mis KO technique, le cliché du riche contre le pauvre tourne au vaudeville clownesque où le seul objectif est de confronter deux mondes qui n’ont à priori rien à voir, le banlieusard noir autodidacte et le bougeois coincé tétraplégique, pour en extraire des comiques de situation à hurler de rire et une soif de connaissance de l’autre. Où comment organiser un repas avec Earth Wind and Fire et Vivaldi.  De la bonne humeur jamais démago. Mais surtout, la magie vient de cette rencontre inatendue, celle de deux immenses comédiens qui se sont aprrivoisés et incarnent ce binome de manière irrésistible. François Cluzet et Omar Sy sont d’une sincérité redoutable et d’une folle générosité.  On pleure, on rit, la recette fonctionne à merveille et les personnages secondaires sont délicieux. 
La mise en scène, jamais dans le pathos, est toujours légère, servit par un montage soutenant toujours la vanne et n’appuyant jamais les séquences plus intimes pour mieux laisser jaillir l’émotion. 
On se laisse à penser que certains fous rires ne sont pas du cinéma et très vite, on ne voudrait jamais que ça s’arrête.

Les réalisateurs de Nos Jours heureux et plus récemment de Tellement proches, combinent avec Intouchables leurs gimmicks principaux : l’humour, la famille et la différence. 
Leur patte, c’est de créer de la proximité entre les personnages et le spectateur. C’est d’être terriblement moderne et encré dans la vraie vie. 

Leur force, est bien toujours d’arriver à fédérer un public, toutes générations confondues, qui trouve dans chacun de leur film un nouveau rendez-vous dans lequel se sentir bien. Nakache et Toledano sont devenus la nouvelle potion magique du cinéma français, en route vers un nouveau record. 
C’est tout le bien qu’on peut leur souhaiter.
     



La source des femmes


Un film de : Radu Mihaileanu
Avec : Leïla Bekhti, Hafsia Herzi, Biyouna…
Durée : 02h04min
Distributeur : EuropaCorp Distribution
Date de sortie cinéma : 2 novembre 2011
 
Y’a du soleil et des nanas…
 
Dans un village arabe, quelque part dans les montagnes du Maghreb, ce sont les femmes qui partent, par un chemin sinueux et dangereux, chercher l’eau à la source. Après une chute, l’une d’entre elles fait une fausse couche qui déclenchera leur colère. Pour mener la révolte et s’opposer à cette injustice, la jeune Leïla propose de faire la grève du sexe : plus d’amour jusqu’à ce que les hommes aillent eux-mêmes chercher l’eau à la source.
 
Tarlatirladada…
 
Radu Mihaileanu se fait connaître du public avec Train de vie et son faux train de déportés, du grand public avec Vas Vis et Deviens et son faux juif falasha qui part en Israël, et enfin du très grand public, avec le Concert et sa fausse chorale.
Mais avant d’être Milhaileanu il est Bechman, comme son père juif, communiste, déporté et évadé. Il apprend qu’il est juif à l’âge de 5 ans.
"Je n’ai pas su tout de suite ce qu’une telle révélation signifiait. Mes parents n’étaient pas religieux. Je racontais la nouvelle à tous mes copains et l’un d’eux m’a dit: Je ne serai plus jamais ton ami.Ce jour-là, j’ai compris qu’être juif pouvait être dangereux".
 
Alors à défaut de pouvoir être-lui même, il est devenu les autres en ayant toujours en tête, cette quête d’identité et de soi-même. Mais, comme pour conjurer le sort, il garde dans son coeur cette mission de faire passer du beau, à n’importe quel prix.
La source des femmes en est une fois de plus la preuve. Comment parler des problèmes hommes-femmes, des interprétations improbables du Coran et des clivages des mentalités ? En utilisant le symbole de l’eau. De cette source qui est celle de l’amour qui va réunifier ce village, mais aussi tous les hommes et les femmes de la Terre. Le résultat est-il aussi réussi que l’intention ?
 
Radu aime ses comédiennes, et il a raison, parce qu’elle sont toutes fantastiques. Leïla Bekhti en tête, qui affine encore son jeu, pour le rendre plus puissant et plus fort, elle est lumineuse. Hafsia Herzi, Biyouna, tellement drôle, et Sabrina Ouazani, apporte quant à elle de la fraicheur et de la vitalité à ce conte de femmes, à cette fable rayonnante. Mais qu’est ce qu’il les fait parler ! Toujours, trop. A tout vouloir expliquer, justifier, toutes ces bonnes intentions débordent car personne ne ferme le robinet. Une sorte de Claude Lelouch, dans ses mauvais jours, qui ne sait pas dire STOP devant tant de beauté. Comme impatient de déverser au monde le vrai message du Coran et ce que pensent les femmes soumises, il manque de subtilité, de simplicité, dans ses dialogues et dans sa mise en scène, parfois trop mécanique. La caméra est là, on la sent, trop lourde et trop présente.
Et puis La source des femmes est un conte et en même temps un drame, mais aussi une comédie. Traiter tout ça en même temps pourquoi pas, mais il faut une cohérence pour que l’émotion nous atteigne, il faut une unité dans le discours, un étalonnage de l’intention.
 
Et c’est là que le bât blesse. On reste spectateur, on n’est pas envahi, on ne sent pas les saveurs, les odeurs, on ne pleure pas, on rit un peu, mais pas assez. On reste un pied dedans, un pied dehors. Comme à une sorte de carrefour émotionnel duquel on ne se lancerait jamais vraiment dans une direction à défaut d’avoir le choix entre toutes. Le cinéma, ce n’est que des parti pris, et il eut été plus judicieux de s’engouffrer dans une direction dramatique plus forte, et d’y rester.
 
La source des femmes, au lieu d’être un joli film qui milite pour la paix, aurait pu devenir un film important, un film majeur.
     


Drive

Un film de : Nicolas Winding Refn
Avec : Ryan Gosling, Carey Mulligan, Bryan Cranston
Durée : 01h40min
Distributeur : Wild Side Films / Le Pacte
Interdit aux moins de 12 ans
Date de sortie cinéma : 5 octobre 2011
 
 
So Fast,
 
Surnommé Driver, un jeune homme solitaire est cascadeur pour le cinéma le jour, et pilote pour divers braquages la nuit. Sa voisine, Irène, attend le retour de prison de son mari.
Leurs routes vont se croiser et tous vont se retrouver mêlés à un casse qui tournera mal.
 
So Furious.
 
Pour la première fois dans l’histoire du cinéma, une femme porte plainte pour publicité mensongère contre la production du film Drive, jugeant que la bande-annonce lui avait laissé présager que le film qu’elle verrait serait truffé de courses poursuite en voiture. Elle a visiblement été déçue. Grande première donc, en attendant le verdict qui n’a pas été rendu.
 
Vous voilà ainsi prévenus, Drive a autant de point en commun avec Fast and Furious qu’avec La soupe au choux.  Prix de la mise en scène à Cannes, Nicolas Winding Refn crée une œuvre incandescente et effervesente. Elle se dissout en vous. Petit à petit elle vous envoûte. Ralenti, dillatation du temps, rêverie visuel, Drive est un plat de gourmet, une aventure intérieure tout en flux tendu. Une sorte de Bostella minimaliste où l’on entendrait presque le rythme cardiaque de ce Driver résonner en vous. Parce que pilote c’est un prétexte. Parce qu’un héros, c’est pas un piéton. Et puis un héros c'est lui le meilleur, c'est une sorte de cavalier noir qui ne parle pas, qui a ses lois, ses règles, solitaire, et qui ne fait confiance à personne. Sa voiture, le spectateur s’en fiche, le vrai bolide, c’est le personnage, le chassis, c’est son corps. Influencé par Bullit de Peter Yates et Point Blank, de John Boorman, entre autres, le réalisateur danois façonne le portrait d’un dur à cuire au cœur tendre qui va devoir maintenir le cap, suivre les ordres de son GPS interne.
 
L’occasion aussi de réfléchir à notre rapport à la violence, comme dans ces précédents films, de la sérié Pusher, à Bronson et Le Guerrier silencieux Valhalla Rising, Winding Refn construit des personnages à la mythologie moderne et à la fureur du dragon. Comprenez faut pas les embêter. Dans le rôle de ce soldat de la pensée très carthésienne, Ryan Gosling, le nouveau chouchou d’Hollywood, le volcan en ébulition de la planète cinéma. Il est tendu, à point, bouillant, et redoutable en pilote qui rêve d’ailleurs en écoutant sa musique dans sa voiture en arpentant le bitume qui ne change jamais de couleur. Surtout à Los Angeles. Comme un Michael Mann filme son taxi dans Collatéral et son ambiance pesante dans Heat, il y a du tragique qui coule dans les veines du film. La musique et le son sont dramatiquement chargés, comme si la fin ne pouvait être belle, comme si Roméo ne pourrait retrouver Juliette dans cette étendue fluorescente qu’est cette ville si dure à bien filmer. Parce qu’il y est aussi question d’amour avec la belle Carey Mulligan, tellement touchante dans son emprisonnement mental, quand elle regarde ce Driver dans les yeux, sans parler, comme ça. Drive devient alors une ballade fantomatique dans les rues de la cité des anges, où ses habitants ne se touchent pas, ne se voient pas. Et puis parfois un miracle, deux routes se croisent. Mais à quel prix ?
     



The Artist

Un film de : Michel Hazanavicius
Avec : Jean Dujardin, Bérénice Bejo, John Goodman...
Durée : 01h40min
Distributeur : Warner Bros. France
Date de sortie : 12 OCTOBRE

 

Du temps du muet il y avait de la musique...

En 1927, à Hollywood, la grande vedette du cinéma muet, c'est George Valentin. Son destin croisera celui de la belle Peppy Miller, jeune figurante qui rêve de devenir comédienne. L’arrivée du parlant va signer l’arrêt de mort du premier, et propulser au rang de star la deuxième.

maintenant aussi... mais on ne l'entend pas... les gens causent tout le temps ! (Jean Renoir)

C’est bien de courage, d’audace et de sincérité qu’il aura fallu pour faire exister ce projet fou. Ayant rencontré de nombreux obstacles durant sa fabrication, The Artist, le film muet du XXIème siècle, est un cadeau magnifique et expérimental pour un spectateur qui mange du film à la pelle, sans trop parfois se demander ce qui les différencie tous. Et c’est bien là que se produit le miracle : nous refaire (re)découvrir l’essence même de l’émotion, ne garder que l’essentiel d’un art qui a cent ans mais qui a subi tant de bouleversements. A l’heure du mattraquage en 3D-Imax-HD, voilà que Michel Hazanavicius, l’homme postiche des OSS117, livre sa déclaration d’amour au cinéma. Faire disparaître les mots pour mieux faire danser ses acteurs. Ou comment mettre les technologies d’aujourd’hui au service d’une cause plus noble : rendre hommage, sans jamais copier. A grands coups de références (entre autres) à Fritz Lang, John Ford, King Vidor, Tod Browning, Friedrich-Wilhelm Murnau ou même Hitchcok, la réalisation s’attache à retrouver les saveurs d’antan sans jamais plagier. La lumière de Guillaume Schiffman est vibrante d’émotion, les extérieurs sur Sunset et les plans en studios nous font rêver comme des gosses et apportent au film toute son âme et une véritable légitimité à une œuvre qui n’est pas une coquille vide.

Et pour servir cette technique parfaitement maîtrisée, la prestation de Jean Dujardin, Prix d’interprétation à Cannes, est du travail d’orfèvre. Il construit son personnage, il l’invente de toute pièce. On peut voir des ressemblances avec ces personnages de Brice de Nice ou même de OSS 117, l’agent très spécial. Il joue avec son corps, devient propriétaire de son rôle, et prend un plaisir énorme. Ca se sent et ça envahit tout l’écran. Bérénice Bejo est craquante et voit là son premier vrai grand rôle. Le reste de la palette est haute en noir et blanc, John Goodman en tête, parfait comme toujours, dans un rôle de gros producteur au cigare à l’affût du gros coup.

Mais il faut être franc, si l’objet est une œuvre unique et magnifique, le cinéma muet est comme le système nerveux, il a ses limites. Une heure et quarante minutes, ça épuise, surtout si vous avez eu une journée difficile. Votre rythme cardiaque a besoin de se synchroniser, de se caler sur le tempo du film pour que vous puissiez vous sentir voyager. On peut lâcher parfois, mais ce n’est que pour mieux revenir dans des moments de grâce, comme cette scène dans la loge de George Valentin où Peppy Miller plonge sa main dans sa veste au porte manteau. Ou comme dans les mille autres dont il faut vous laisser la surprise de découvrir. De la poésie on vous dit…
     


Polisse
 


Un film de : Maïwenn
Avec : Karin Viard, JoeyStarr, Marina Foïs…
Durée : 02h07min
Distributeur : Mars Distribution
Date de sortie cinéma : 19 octobre 2011
  
Tout, tout, tout…
 
Comment ces flics de la BPM ( Brigade de Prtotection des Mineurs) trouvent-ils un équilibre entre leur vie privée et leur vie professionnelle ? Quel est leur quotidien ? Qui sont ces héros de l’ombre ?
 
Vous saurez tout sur la Polisse. 
Polisse est la bombe en forme de Prix du jury du dernier Festival de Cannes. Le nouveau et troisième long métrage de Maïwenn est puissant, émouvant et drôle. Issu de cette nouvelle tendance cinématographique où il faut filmer vite, beaucoup, avec une petite équipe, être au plus près, faire disparaître la caméra, la réalisatrice impose d’entrée la cadence. Elle donne une urgence à son propos dont la résonnance est immédiate et fulgurante. Dans ces vies brisées par les viols et cette maltraitance des mineurs trop souvent silencieuse, le salut peut venir de ces hommes et ces femmes qui travaillent sans relâche, impuissants souvent, habités tout le temps, à tenter de redresser le monde en sauvant ces enfants. Un thème aussi fort se devait d’être filmé et joué avec la même intensité, la même fulgurance. Maïwenn apporte cette patte documentaire-fiction-vérité et ce grain nerveux et vif à l’image pour que le spectacteur prenne la place, incarne le sixième homme de l’équipe.
 
On devient en quelque sorte ce photographe reporter, interprété par la réalisatrice elle-même, qui reste en retrait de l’équipe mais qui va elle aussi, peu à peu, se faire happer par ce quotidien prenant, où chacun doit mettre tout son cœur et toutes ses forces dans un combat quelque fois perdu d’avance. Les comédiens sont époustouflants de sincérité et cette envie de donner, toujours plus encore, crève l’écran. Joey Starr en tête, il est bouleversant, touchant et toujours animal, à fleur de peau, écorché vif. Il n’y a que les yeux de sa Maiwenn pour dompter le fauve et le faire sortir de sa cage.
Sa caméra l’a apprivoisé. Reste la bande de seconds rôles qui n’en sont pas, aucun remplaçant, tous sont titularisés, chacun renvoie la balle à l’autre avec l’énergie d’une jeune équipe qui aurait une fraîcheur de débutant, mais le talent d’un vieux de la vieille. Marina Fois, Karin Viard, Nicolas Duvauchelle, Frédéric Pierrot et Carole Rocher forment un cinq de départ en harmonie cinématographique totale. Jérémie Elkaim et Arnaud Henriet apportent cette légèreté et ce petit supplément d’âme. Plus qu’une réussite, c’est un électrochoc, une bombe à retardement. L’onde de choc se propagera en vous assez longtemps pour que ce film et ses héros s’imprègent en vous. Du grand cinéma qui mêle tout ce que l’on aimerait voir plus souvent, de la rage et du talent et une mise en scène aussi forte que son sujet. Trop fort.
     


La guerre est déclarée
 


Un film de : Valérie Donzelli
Avec : Valérie Donzelli, Jérémie Elkaïm...
Durée : 01h40min
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Date de sortie cinéma : 31 août 2011
 
Apocalypse Now…
 
Roméo et Juliette vont devoir faire face à la terrible maladie de leur fils Adam.
 
With love.
 
Si pour Truffaut, sa réponse à la question : le cinéma est-il plus important que la vie, il répondrait le cinéma, devant la Guerre est déclarée on est en droit de se demander où on en est. Basculant dès les premières images dans cet état quasi hypnotique d’avoir envie de vivre plus fort que tout et il nous vient tout à coup une envie de soulever des montagnes. Ca sent la liberté, la vraie ! Présenté à la semaine de la critique au dernier Festival de Cannes, le deuxième long-métrage de Valérie Donzelli est un bijou dans ce qu’il a de rare et d’unique.
Couple à l’écran, nos deux Roméo et Juliette l’étaient aussi à la ville jusqu’à ce combat mené contre la maladie du petit Adam qui va bouleverser leur vie. Un combat finalement gagné, au prix de leur rupture.
 
La guerre est déclarée à cette urgence des films importants, des films tournés avec les tripes. Petite équipe, petit budget, pas de caméra un appareil photo, tout est brut, pure. L’aspect documentaire flirte avec le cinéma mais c’est surtout dans un astucieux mélange de formes que les deux se complètent, s’épousent surperbement pour donner un film au rythme explosif, aux teintes Nouvelle-Vague, aux inspirations inconscientes venant de chez Jacques Demy et des chansonnettes made in Honoré. La bande son, complètement insolite, mélange Vivaldi et Radioscopie de Jacques Chancel, avec une touche de Biolay par-ci par-là. Parfois épileptique, parfois plus doux, le montage suit cette tempête de sentiments variables avec une précision et une inspiration m agnifique. Par tous les pores du film apparait la lumière.
 
Tout jaillit de l’émotion. Et la réalisatrice Valérie Donzelli ne se prive pas de la montrer, de la faire exploser de toute part, surtout de chez ses comédiens. En faire parfois trop pour revenir à de l’émotion de cinéma, pour trouver un équilibre entre fiction et réalité mais toujours contenu dans une ambiance à fleur de peau, les frissons sont garantis. On rit, on pleure, on fait parfois les deux en même temps. Là où ça aurait pu être dramatique jaillit du comique, et surtout, ne pas s’apitoyer, jamais.
Personne d’autres n’aurait pu jouer ce que les deux parents-comédiens, Jérémie Elkaïm et Valérie Donzelli font ici. Quel courage et quelle grâce que de donner avec autant de sincérité ce témoignage où l’égo et le pathos n’ont pas leur place.
 
Comme deux marins en pleine tempête, Roméo et Juliette tentent coûte que coûte d’encaisser les coups, et, même si le film traite de la maladie, c’est avant tout une folle histoire d’amour, celle de deux êtres, unis à jamais par un pacte invisible, plus forts que la vie et que la mort. L’amour, le vrai. 
    


Super 8
 


Un film de : JJ Abrams
Avec : Kyle Chandler, Joel Courtney, Elle Fanning
Durée : 01h50min
Distributeur : Paramount Pictures France
Date de sortie : 3 août 2011
 
Lost in America
 
Eté 79, Liliane, petite ville industrielle américaine. Alors qu’un groupe d’enfants tourne un film amateur à l’aide d’une caméra Super 8, ils vont être les témoins d’une catastrophe ferroviaire.
 
Va alors débuter une succession d’évènements pour le moins étranges qui vont plonger toute la ville dans la peur. Profitant de la situation, les enfants vont continuer leur tournage avec à la clé, une incroyable découverte.
 
E.T. téléphone maison
 
Le voilà l’événement de cet été 2011. La voilà la rencontre la plus excitante du moment, entre le maître du spectaculaire, Steven Spielberg, et l’illusionniste, le conteur hors-pair qu’est J.J. Abrams. Mais les deux hommes se connaissent depuis longtemps. Lorsqu’il a 15 ans, Abrams se fait remarquer en remportant un festival de film Super 8. Kathleen Kennedy, alors l’assistante de Spielberg, lui propose de restaurer les films du réalisateur de Jurassik Park, tournés quand il était jeune.
 
Super 8 est donc une combinaison parfaite entre toute la mythologie spielbergienne et la fougue visuelle de JJ Abrams. En apparence une ville bien tranquille, et puis voilà une menace mystérieuse. Un train à la cargaison un peu bizarre et puis des enfants qui vont devoir y faire face. On est au croisement des Dents de la Mer, de E.T et de Rencontres du 3ème type. Les attaques et scènes de démolitions empruntent à Jurassik Park un découpage et des effets artisanaux élévant encore le taux de sensations fortes. Comme un prestidigitateur, il fut magicien plus jeune, le réalisateur de Mission Impossible III dresse son chapiteau durant toute la première partie du film, pour mieux réaliser ses tours de magie dès lors que ce fameux train va révéler le contenu martien de sa cargaison.
 
Mais Super 8 n’est pas un pâle reyclage de l’œuvre de Spielberg, il est un hommage vibrant à un cinéma hollywoodien qui se voulait plus classique, où la caméra paraissait plus lourde, les mouvements plus amples.
 
L’ami d’enfance d’Abrams, Larry Fong, avec qui il faisait ses premiers films en Super 8, nous plonge avec virtuosité dans cette ambiance si particulière des années 80 où l’on tourne en Kodachrome et où l’on utilise des bandes 8 pistes.
Car il y a un côté geek chez Abrams. Un souci du détail qui l’amène à donner du style et une espèce de rigueur à son blockbuster. Comme il l’avait fait avec la franchise Star Strek en la relookant des pieds à la tête, il redéfinit les traits de ce que peut être un énorme film de studios.
 
Chaque plan possède son identité, truffé d’astuces et surtout d’une maîtrise totale.
On peut reprocher aus personnages leur manque de psychologie, mais pas à l’attention de l’auteur. Comme Jurassik Park traitait des dinosaures, il évoquait en filigrane un monde perdu et l’absence du père. Ici Super 8 traite de science-fiction et de cinéma mais il est né sur une intention plus profonde et plus personnelle, celle de mieux appréhender l’autre. Ici les extra-terrestres ne sont pas ceux que l’on croit, pas ceux des productions habituelles, qui viennent piller nos ressources pour mieux nous anéantir.
 
On reste bouche bée face à ce grand spectacle qui nous donne envie de prendre une caméra et de partir faire une virée avec des faux zombies en carton-pâte. A consommer sans modération. De quoi rafraîchir la rentrée. 
    


Harry Potter et les reliques de la mort - partie 2
 


Un film de : David Yates
Avec : Daniel Radcliffe, Emma Watson, Alan Rickman
Durée : 02h10min
Distributeur : Warner Bros. France
Date de sortie cinéma : 13 juillet 2011
Film pour enfants à partir de 10 ans
 
Harry, c’est fini,
 
Plus personne n’est en sécurité à Poudlard. Voldemort se prépare à donner l’assaut sur la célèbre école de magie avec un seul but : tuer Harry. La guerre peut commencer.
 
Et dire que c’était la ville de mon premier amour…
 
 Attendu par des milliers de fans du monde entier, cette deuxième partie des Reliques de la mort signe la fin d’un mythe et d’une spectaculaire aventure qui à elle-seule aura généré une véritable mythologie. Ce dernier opus, plus noir, plus sombre, applique à la lettre la recette du bouquet final qui nous en met plein les mirettes, dans un flux tendu et ininterrompu d’effets spéciaux et de surprises. Mais là où la surenchère aurait pu classer d’office cet épisode au rang des blockbusters sans saveurs, il s’inscrit dans une logique établie depuis plusieurs numéros de la franchise, celle de la subtilité et de la psychologie. Faisant la part belle au personnage de Severus, interprété par le génial Alan Rickman, le ton devient plus sérieux, et au lieu de partir dans des délires métaphysiques de sorciers en manque de baguettes, revient aux essentiels, à la base des souffrances du personnage. Mr.Potter est en effet dans une posture quelque peu complexe et va devoir affronter son destin pour renvoyer d’où il vient le pas très sympatique Voldemort dans des duels de sabro-baguettes sans nous rappeller ceux de Dark Vador et de Luke Skywalker. L’affrontement final est impressionnant renvoyant à des années lumière l’époque bon enfant des parties de quidditch.
 
Donc qui dit dénouement dit faire ressurgir les zones d’ombre laissées dans les coins depuis sept épisodes. Alors même si l’idée de flashbacks déterminants peut paraître la solution de facilité, ils ont l’avantage de ramener de l’humanité et de l’émotion. Les enjeux dramatiques deviennent gigantesques et les personnages reprennent leur place dans le grand puzzle de Poudlard avec comme pièce maîtresse, Harry Potter.
Son réalisateur, David Yates, arrive à imposer un rythme qui met le spectaculaire au service du récit. Un doux dosage qu’était parvenu à obtenir son compatriote Mike Newell, pour l’opus 4, Harry Potter et la coupe de feu.
 
Porté par une bande-son inspirée et intelligente, mélange de sonorité enfantine et d’instruments plus grave, quel bonheur de découvrir des séquences aux couleurs burtoniennes, comme dans ce flash-back qui s’ouvre sur la fumée d’une larme.
 
Cette fin est donc à la hauteur de ce que les fans et le public attendaient d’autant que l’excercice étant parfois perilleux car les adieux peuvent parfois s’avérer difficiles tant les enjeux et la pression sont grands. Mais on fait confiance aux grandes majors pour trouver au plus vite une nouvelle poule aux œufs d’or (plusieurs projets sont en préparation). En tout cas, Harry et tous tes amis, on vous fait une promesse, on ne vous oubliera jamais.
 
    


VERY BAD TRIP II
 
Un film de : Todd Phillips
Avec : Bradley Cooper, Ed Helms, Zach Galifianakis…
Durée : 01h42min
Distributeur : Warner Bros. France
Date de sortie cinéma : 25 mai 2011
 
Tu t'es vu quand t'as bu...

 
Après Doug, c'est au tour de Stu de se marier. Au revoir la Californie, bonjour la Thaïlande.
Après un enterrement de vie de garçon une nouvelle fois trop arrosé, il va falloir remonter le fil de la nuit pour arriver entier et à temps à la cérémonie.
 
Tous les chemins mènent au rhum…
 
En 2009 le monde entier semblait avoir trouvé LA comédie ultime. Le Philadelphia Daily News alla même jusqu'à le baptiser "Le Citizen Kane de la comédie". La gueule de bois était totale. Principale raison d'un succès interplanétaire (pourtant interdit au moins de 17 ans aux Etats-Unis) un canevas intelligent et délirant: au réveil, tout le monde est amnésique, le spectateur aussi car il n'a rien vu, et tout le film servira à remonter ce fil nocturne au gré des rencontres et des découvertes plus folles les unes que les autres. C'est seulement lors du générique de fin que l'on assiste au diaporama des photos de la fameuse nuit...
 
Une nouvelle façon de faire de la comédie prenait vie jusqu'à déclencher le phénomène "ridicool" relayé dans la presse. Fini le star system bien propre sur soi. Le politiquement correct appartient désormais au passé.
 
On prend donc les mêmes et on recommence. Sauf que l'effet de surprise passé, il ne reste que la surenchère, le trash et les références au premier pour faire glousser le spectateur. Il est clair que toute cette fine équipe a du bien s’amuser, la bonne humeur se sent, mais l’enjeu de retrouver l’énergie du premier était trop important, trop énorme. Le tour de magie ne prend pas. Bangkok n'est pas Vegas, et la fraicheur et la puissance comique du premier opus ont laissé place à des gags décevants et des comiques de situation pas si terribles que ça. On attend mille et un problèmes, finalement il n'y en a que très peu et tout se règle trop vite. La séquence d'ouverture laissait présager le pire, il n'en sera rien. Reste quelques répliques et une scène clé qui resteront certainement dans les annales.
 
L'ancêtre Very bad things, de Peter Berg, avait ce piquant, cette  démence et cette noirceur illimitée que l'on espérait retrouver dans ce deuxième acte.
Il ne reste plus qu'à espérer que le troisième épisode, indubitablement en préparation, ne vienne pas définitivement tâcher le monument comique et génial qu'était Very Bad Trip I.
    


The Tree of life…


Un film de : Terrence Malick
Avec : Brad Pitt, Jessica Chastain, Sean Penn…
Durée : 02h18min
Distributeur : EuropaCorp Distribution
Date de sortie cinéma : 17 mai 2011
 
Sur la ligne rouge…
 
Jack est l’ainé d’une modeste famille de trois enfants. Elevé à la dure par un père autoritaire, un événement tragique viendra bouleverser sa vie entière.
 
2011 : l’odyssée de Malick.
 
Voici certainement l’événement cinématographique le plus attendu sur la planète Terre depuis 2001 l’odyssée de l’espace, l’œuvre magistrale de Stanley Kubrick avec qui Terrence Malick est très souvent comparé. Dimanche 22 mai, Tree of Life a obtenu à Cannes le graal du cinéma mondial : la Palme d’or. Décrié, polémiqué, discuté, critiqué, incompris, adulé, rejeté, idôlatré, hué. La dernière œuvre du cinéaste aux cinq films en quarante ans n’a laissé personne indifférent.
 
Trip cosmique new age, véritable déclaration d’amour au beau et à la grâce, Malick se prend pour Dieu et compare l’immensément grand à l’immensément petit en replacant le deuil d’un frère au centre de l’univers. Poème lyrique intemporel à certains moments, grosse tambouille philosophique chrétienne à d’autres, The Tree of Life est une œuvre imparfaite.
On est en droit de se demander si face à ce cirque mystique nous sommes face à un OVNI cinématographique relevant du génie ou à une escroquerie intellectuelle.
 
Pervertissant toutes les règles de narration en vigueur, les répères disparaissent pour laisser place à une sensation nouvelle chez un spectateur dubitatif et fasciné, destabilisé et envouté. Car quand la magie opère, c’est bien de magie, de transe hypnotique qu’il faut parler, le spectateur ne sait  plus de quel système solaire il dépend. La photo est somptueuse et les comédiens magnifiques. La séquence d’ouverture est un morceau d’anthologie à elle seule. Sa manière de filmer est unique, insaisissable, pleine de volupté, quasi angélique. Mais soyons honnête, le chef d’œuvre interplanétaire attendu n’est pas au rendez-vous.
 
Terrence Malick est un cinéaste, pas un méthaphysicien et ses cours de sciences naturelles sur le big bang et les dinosaures peuvent devenir insupportables. Beaucoup trop long, The tree of life n’en finit pas et cette démesure semble pouvoir à tout moment le faire tomber dans le ridicule. On est toujours sur le fil, en équilibre…
Reste qu’on en sort bouleversé et énervé. Mais c’est au fil des jours, après une digestion plus ou moins facile, que les fantômes malickien reviennent vous hanter et que le film reprend forme. Comme si de manière organique, The Tree of Life devenait un décalcomanie effervescent qui grandit en vous, telles les racines de la vie.
 
Une véritable expérience.
 
    


Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence


Un film de : Rob Marshall
Avec : Johnny Depp, Penélope Cruz, Geoffrey Rush…
Durée : 02h20min
Distributeur : The Walt Disney Company France 
Date de sortie cinéma : 18 mai 2011
 
Fontaine, je ne boirai pas de ton eau…
 
Le légendaire pirate et capitaine Jack Sparrow se retrouve embarqué de force à bord du Queen Anne’s Revenge, le navire du maléfique Barbe Noire, à la recherche de la Fontaine de Jouvence…
 
Y’a trop de pilotes dans le bateau…
 
A l’abordage donc du quatrième opus d’une franchise qui est en passe de devenir l’une des plus lucratives de l’histoire du cinéma. Dans cette suite, rien de vraiment nouveau, mis à part l’arrivée de la très caliente Penelope Cruz qui réchauffe nos cœurs de moussaillons. Elle est le vrai plus du film et un miroir déclencheur de quelques moments réussis avec son ennemi/amant, Jack. L’arrivée chez les méchants du pirate Barbe Noire apporte quand à elle un peu plus d’esprit de piraterie perdu dans les précédents avec des pieuvres qui parlent et des monstres à trois têtes. Celle de Rob Marshall aux commandes devient anecdotique à la vue d’une machinerie tellement huilée que la seule consigne est de continuer dans la lignée des trois premiers. Johnny Depp porte plus que jamais l’édifice sur ses épaules et son improbable alliance avec Geoffrey Rush, le terrible Barbosa, apporte de l’intérêt à une intrigue ressérée.
 
Mais l’effet de surprise étant passé, le spectateur peut être en droit d’en attendre un peu plus.
Indéniablement ca sent l’essouflement, même le personnage si emblématique de Jack Sparrow paraît noyé dans cette avalanche d’effets spéciaux. Dans l’épisode 1, on assistait à un vrai numéro de pirates dans une aventure calibrée avec de vrais moments de bravoure pour tous les amateurs du genre, mais aussi pour les autres, un miracle en soi. Du grand spectacle hollywoodien maîtrisé. Aujourd’hui l’exigence a laissé la place au pilotage automatique.
 
Quand on aime, il faut (parfois savoir) partir…
 
    


THOR


Un film de : Kenneth Branagh
Avec : Chris Hemsworth, Natalie Portman, Anthony Hopkins…
Durée : 01h54min
Distributeur : Paramount Pictures France
Date de sortie cinéma : 27 avril 2011
  
Be or not Thor be…
 
La force de Thor, fils d’Odin, roi du royaume d’Asgard, n’a d’égal que son insolence et son insouciance. Il sera banni et envoyé sur Terre, dépossédé de tous ses pouvoirs.
Mais pendant ce temps, son frère Loki en profitera pour prendre le pouvoir et organiser un plan secret avec les ennemis de toujours, les hommes des Glaces.
 
Comics in love…
 
A première vue, confier Thor au réalisateur Kenneth Branagh paraissait aussi fou que de voir Patrice Chéreau prendre les commandes de Superman. C’était sans compter sur la stratégie hollywoodienne de continuer la construction de sa mythologie comics où le gôut pour la psychologie devient un argument commercial depuis que Batman à frôlé la crise de nerf. Le nœud narratif majeur du film étant basé sur un conflit entre frères, pourquoi donc ne pas aller chercher l’homme de théâtre, le spécialiste de Shakespeare, l’irlandais Frankeinstein, celui qui pourrait rendre tendance ce qui finalement n’a jamais cessé de l’être. Ce petit tour chez le psy pour toute la famille royale mené à la baguette par le roi Anthony Hopkins, est un pari osé, mais raté.
 
Moins noir et maîtrisé que le Batman Darknight de Christopher Nolan, moins bien mené que le Spider Man de Sam Raimi et finalement moins drôle que tous les autres, Thor navigue à vue, reste en surface quand il pourrait s’attarder sur ses personnages. Les parties dans le royaume d’Asgard sont quand à elles ultra kitch, et les seuls moments réussis sont ceux sur Terre. Natalie Portman et la petite Kat Dennings apportent de la fraicheur et donnent le ton qui sauve le film, mais le mal est fait. Ce n’est certainement pas Chris Hemsworth, qui malgré sa bonne volonté, sauvera les meubles. La bonne surprise vient de son frère Loki, joué par Tom Hiddleston, que l’on voit évoluer et s’obscurcir à la façon d’un Dark vador en devenir.
 
Keneth Branagh rend donc une copie qui fait pâle figure face à ses compatriotes de chez Marvel, la déception est de taille, reste à vous consoler avec la magnifique Nathalie Portman et à quelques séquences musclées.
Mais pour les fans de la première heure, pas de panique, vu les chiffres hallucinants enregistrés au box-office depuis sa sortie, la suite ne devrait pas tarder à envahir nos cinémas…
 
    


Animal Kingdom
 


Un film de : David Michôd
Avec : Guy Pearce, James Frecheville, Jacki Weaver
Durée : 01h52min 
Distributeur : ARP Sélection
 Date de sortie cinéma : 27 avril 2011
  
Dans la famille “peu fréquentable”…
 
La famille Cody vit à Melbourne et exerce le métier de criminel.
Joshua, neveu éloigné, va faire irruption chez eux. L'occasion pour la police d'infiltrer la famille...
 
je voudrais…
 
Couronné par le Grand Prix au dernier Festival de Sundance, Animal Kingdom est le premier film du réalisateur australien David Michôd qui tente une entrée dans le monde très fermé des films de méchants criminels, dans lequel il est plus souvent aisé d'y laisser sa peau que de se faire la belle avec le gâteau. Mais pari audacieux, le réalisateur propose un vrai regard sur la ville de Melbourne, aux clichés proprets et victoriens, qui ici prend des allures fantomatiques, glauque, anonyme et sans identité propre. Une ville changeante, sorte d'arrière plan flouté, épais dans lequel la plupart de ses personnages se prennent les pieds.
 
Un tel décor une fois planté, il est possible de se lancer dans une immersion au coeur des tourments de cette famille qui tente de survivre dans un monde impitoyable. Quatre frères et une mère carrément sociopathes et psychopathes, ont pris l'habitude de régler leurs problèmes à leur manière, comme de vrais caïds. Parmi eux, le jeune neveu joué tout en retenu par le solide James Frecheville, va permettre de mieux pénétrer les arcanes et les tenants psychologiques de cette famille. On va petit à petit en comprendre les mécanismes pour finir par avoir même de l'empathie pour eux. Pour contrebalancer et jouer avec les règles du genre, le flic, archétype du père que le héros n'a jamais eu, va faire la chasse et faire monter la pression pour que le fil du film se tende méchamment.
Un flic joué à merveille et tout en sobriété par Guy Pearce qui trouve ici un rôle fort. Lui faisant magnifiquement échos, Jacki Weaver est la figure matriarcale terrifiante qui a depuis longtemps effacé les frontières entre le bien et le mal. Elle est stupéfiante. Avec ses airs de Gena Rowlands, elle nous replonge dans les ambiances urbaines des polars à la John Cassavetes.
 
Aussi référencé qu'inspiré, Animal Kingdom vient prendre une grande partie de son souffle et de son identité cinématographique dans la sincérité et la rage qu'ont les premiers films. Qu'ils soient ratés ou réussis d'ailleurs, le tout est qu'ils soient maitrisés. Et ils le sont par un metteur en scène nourri à la série et aux films de genre, où les ombres des géants Michael Mann et Martin Scorsese ne sont jamais bien loin. Comme un amoureux du cinéma, il ponctue de manière minutieuse sa partition par des effets de style soignés, des doux ralentis, des plans séquences filmés au plus près des corps. Mais tout ça en conservant cette insouciance de jeune cinéaste, celle où vous mettez tout dans chaque plan, comme si c'était peut-être le dernier que vous tournez. Au risque de parfois, ne pas assez approfondir l’écriture de certains personnages.
 
Donc sans jamais en faire trop, David Michôd maitrise son histoire de main de maître et nous fait devenir le sixième homme de la maison. Et ça, c'est certainement pas la chance du débutant...
    



La fille du puisatier


Un film de : Daniel Auteuil
Avec : Daniel Auteuil, Kad Merad, Sabine Azéma...
Durée : 01h47min
Distributeur : Pathé Distribution
Date de sortie cinéma : 20 avril 2011
 
 
Le menteur de charme...
 
Patricia, la belle et jeune fille du puisatier, va croiser le destin de Jacques, le beau pilote.
De cette rencontre va jaillir un amour qui va devoir réunir deux familles que tout oppose.
 
... fait sa prière aux étoiles.
 
Soixante et onze ans après avoir été incarné par Raimu et Fernandel, l’œuvre de Pagnol est revisitée par le jeune metteur en scène Daniel Auteuil. Après avoir été l’emblématique et inoubliable Ugolin dans le dyptique Jean de Florette et Manon des sources, le voilà de retour dans la Provence de son enfance, celle de la douceur et de la chaleur, celle où la vie coule comme nulle part ailleurs lorsque c’est à la plume de Marcel Pagnol qu’elle nous est contée.
 
Porté dans son cœur depuis plus de dix ans, Daniel Auteuil s’offre le rôle du puisatier et le compose avec une fragilité et une justesse qui nous rappelle à chacune de ses apparitions, pour ceux qui en doutaient encore, que peu ont sa puissance, cette profondeur et ce sens du rythme. Jamais écrasé par les mots, son film coule comme un ruisseau, on est rempli de soleil et on guette de qui viendra la prochaine drôlerie, le bon mot, celui qui ne viellit pas et qui bien au contraire fait ralentir ce temps qui va parfois si vite. Auteuil sait s’entourer, et le fait de ceux qu’il aime, de son chef opérateur, Jean-François Robin, concentré sur la peau et sur cette ambiance si particulière où la lumière est personnage. De comédiens presque tous irrésistibles, Kad Merad en tête, qui nous irradie de sa bonne humeur et nous émeut en vivant avec fierté sa position sociale. Il est toujours plein d’humanité. Quand à la jeune Astrid Berges-Frisbey, elle est parfois sur le fil mais apporte avec délicatesse ce souffle d’innocence qui donne de la fraîcheur au récit. Le couple formé par Sabine Azema et Jean-Pierre Daroussin en rajoute parfois un peu beaucoup et contraste trop avec la maîtrise du réalisateur comédien dans le rôle de ce puisatier bouleversant. Sa mise en scène lui laisse la place de prendre tout le volume qu’il souhaite, plus libre que sur une scène, jamais prisonnier de la caméra, sa faculté de mélanger authenticité et modernité est sidérante.
 
La fille du puisatier est une invitation au soleil, un doux baiser dans le creux de la nuque qui vous laisse cette sensation de bien être pour toujours. C’est aussi l’occasion pour les plus jeunes de découvrir l’œuvre de Pagnol un peu dépoussiérée de la version de 1940 et de prendre au passage quelques enseignements bien précieux sur le sens de la vie.
 
Daniel Auteuil réussit donc son premier passage derrière la caméra, et son amour pour le cinéma, les comédiens et l’oeuvre de Pagnol, débordent dans la plus célèbre des garrigues certainement pas jaunie par le temps.
   




Minuit à Paris


Un film de : Woody Allen
Avec : Owen Wilson, Rachel McAdams, Marion Cotillard
Durée : 01h34min
Distributeur : Mars Distribution
Date de sortie cinéma : 11 mai 2011


Woody loves Paris…
 
Un jeune couple d’américains se rend à Paris quelques temps avant leur mariage. Lui se prend d’amour pour la ville lumière, l’arpente chaque nuit pour y découvrir le plus fou des spectacles dès que retentissent les douze coups de minuit.
 
And Paris loves Woody…
 
Ce mercredi 11 mai s’ouvrait un 64ème festival de Cannes résolument tourné vers un retour à la magie et à l’excitation où chaque film est prévu comme un événement en soit. C’est donc avec un appétit gros comme ça que les festivaliers s’apprêtaient à commencer cette quinzaine avec le nouveau film de Woody Allen, présenté hors compétition. Et quel plus bel hommage le cinéaste new-yorkais pouvait-il rendre à la plus belle ville du monde ?
 
Plus qu’une déclaration d’amour, c’est une comédie singulière et intemporelle où se mélangent tout son amour de la peinture, de la musique et du temps perdu mais qui rappelle que rien ne vaut de vivre le présent.  Un talisman à mi-chemin entre Cendrillon et la Rose pourpre du Caire.
 
Après les douze coups de minuit les périgrinations de cet écrivain californien vont se tranformer en voyage dans le temps où un défilé de personnages caricaturaux et tellement plus géniaux les uns que les autres vont prendre vie sous nos yeux. On reste ébahi face à ce cirque, on se laisse embarquer dans ce tourment sucré-salé aux douceurs du passé. L’éclat de Paris n’a d’égal que les yeux de Marion Cotillard, qui surfe sur les époques, avec cette grâce venue d’un autre temps, elle est l’avenir
et le passé, elle ne joue pas elle est, mais surtout, elle nous envoûte.
 
Woody Allen peint son film comme si chaque personnage était une couleur différente de sa palette si riche, à travers de sacrés mélanges il confirme le talent et la subtilité du jeu d’Owen Wilson, et propose une gamme de seconds rôles aussi drôles que singuliers. Préparez-vous à une séquence d’anthologie avec Adrian Brody mais il est important de ne pas trop en dire pour vous réserver la surprise, pour que vous puissiez vivre ces virées nocturnes comme on traverse un rêve. La bande-annonce faisait passer Minuit à Paris pour un film carte postale mignon et un peu surfait, au lieu de ça c’est une romance enjouée, libre, et généreuse qui fait figure d’œuvre la moins névrotique et une des plus drôles de la filmo du réalisateur de Manhattan.
Un grand moment de bonheur.
  



Sucker Punch


Un film de Zack Snyder 
Avec Emily Browning, Abbie Cornish, Jena Malone... 
Durée : 01h50min  
Distributeur : Warner Bros.France 
Date de sortie cinéma : 30 mars 2011

Moi je m'appelle Lolita...

Une jeune adolescente est enfermée dans un pensionnat cauchemardesque et lugubre après avoir perdu le dernier membre de sa famille. Surnommée Baby Doll, elle va très vite s'allier à quatre autres détenus et tenter de s'évader. Pour trouver les ressources nécessaires et la force de lutter, elle va devoir se réfugier dans son imaginaire et mélanger rêve, cauchemar et réalité...

C'est pas ma faute à moi...

Zack Snyder est incontestablement le réalisateur du moment. Faiseur de miracle avec le spectaculaire 300 et le très graphique Watchmen, Sucker Punch est sa première réalisation originale, et le traitement est radical. De l'animation japonaise à la pop-culture, des peintures religieuses en passant par l'art baroque et le gothique, les références sont multiples et le résultat n'en est que plus éclatant.

Brouillant les pistes, le réalisateur nous fait perdre le fil du réel pour mieux nous perdre et nous emmener dans des univers différents.  Et en apparence l'histoire est simple: une fille veut s'évader, comment y parvenir, l'union fait la force, et si chacun utilise ses atouts, on va réussir. Mais le conscient et l'inconscient vont s'emmêler et indices et symboles viennent jalonner le récit pour inventer une mythologie propre à l'histoire. Le sabre de Baby Doll révèle un message qui semble être la clef, les dragons et le briquet du maire ont quelque chose à voir, un sage se ballade dans les différents mondes: tout se mélange pour finir par renforcer la noirceur de l'enfer psychiatrique dans lequel elles sont plongées. 

Ici les filles sont habillées en cuir, ont la plastique avantageuse, restent en sous-vêtements toute la journée, et ont la gachette facile quand il s'agit de zigouiller du méchant. 
Loin d'être un exutoire à des fantasmes personnels, l'idée est de se moquer des idées reçues sur les femmes. En apparence héroïnes de bande-dessiné, elle doivent prendre des décisions complexes et se battre contre leur image. Ces adolescentes doivent penser en adulte, faire des choix. Le groupe de filles fonctionnent à merveille et chacune s'en donne à coeur joie. Vanessa Hudgens est ravie de casser son image d'ado souriante et cool dans High School Musical, Jena Malone donne de la puissance à la troupe et la jeune Emily Browning irradie de sa candeur et de sa beauté intemporelle.     

Le wonder boy d'Hollywood redonne donc ses lettres de noblesse a la culture geek et livre une belle panoplie de personnages dans un éclat visuel et une esthétique des plus explosives. Sur fond de rock métallisé, le ton est définitivement donné. Comme Tarantino a su recycler ses souvenirs de cinéma puis les compiler dans ses films, il y a du génie chez Snyder à mixer des univers à priori opposés pour en faire un objet homogène catapulté d'une autre galaxie. Electrisant son sujet, mettant le feu à coup de plans onirique et rock où le ralenti devient une chorégraphie à lui seul, la grammaire cinématographique en prend un coup. Le spectateur aussi. Et ça, c'est tant mieux.   
  




World Invasion : Battle Los Angeles


Un film de Jonhatan Liebesman  
Avec Aaron Eckart, Michele Rodriguez
Durée : 1h56 min
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Date de sortie : 16 mars 2011

Il faut sauver le soldat L.A...

Code rouge sur la planète, une invasion extra-terrestre est imminente.
Pas de chance pour le sergent Michael Nantzson, cette visite surprise tombe le jour de son départ à la retraite. La journée risque d'être longue.

Est-ce vraiment une obligation ?

A première vue, un énième film catastrophe dans la grande tradition hollywoodienne. Après coup, presque un énième film dans la grande tradition hollywoodienne. Partant sur une base assez pathétique, le monde est dans le chaos, ultime objectif, ne pas perdre Los Angeles. Tant qu'à faire... World invasion prend un peu de volume dans sa forme quelque peu différente et exigeante : le monde dévasté ne sera vu qu'au travers d'écrans de télévision en fin de vie, et le spectateur sera immergé dans cette unité militaire avec pour figure emblématique, le sergent Nantz, interprété par Aaron Eckart. Caméra épaule, on suit la troupe sous les balles et les explosions de ces aliens métalliques ridicules, façon documentaire, grâce à des cadrages serrés et une mise en scène tendue. Voilà pour ce qui fait la différence.

Sauf que tout ça ne suffit pas à sauver un film qui part très vite dans les travers habituels, patriotiques americanos moralistiques. Tout le monde en fait des tonnes, Michele Rodriguez rempile encore dans son rôle habituel de femme soldat super énervé et les dialogues sont primaires. Dans le genre traitement original d'une catastrophe, Cloverfied de J.J Abrams avait opté pour un parti pris radical, loin des conventions, à la fin étonnante et à la narration ébouriffante. Vrai frustration que de voir de jeunes metteurs en scène bourrés de talent livrer des copies moyennes, comme si parfois le paradoxe des grands studios était de laisser l'idée émerger, puis aussitôt de l'étouffer dans l'oeuf.  

World Invasion: Battle Los Angeles déçoit donc par son changement de cap brutal, pour finir comme un vulgaire blockbuster sans saveur. On pouvait en attendre beaucoup plus. On est forcément déçu.
  



True Grit


Un film de Joel et Ethan Coen
Avec Jeff Bridges, Matt Damon…
Durée : 1h50
Distributeur : Paramount Pictures France
Date de sortie : 23 février
 
Impitoyable n’est pas Coen…
 
Mattie Ross, 14 ans, est bien décidé à retrouver l’assassin de son père. Pour partir à sa recherche elle va devoir convaincre le shérif Rooster Cogburn, borgne alcoolique, de l’accompagner dans cette aventure. Débutera alors le voyage.
 
Et un, et deux, et trois héros…
 
Chaque film des frères Coen est en soi un événement. Salué unanimement par la critique et le public, ces deux-là, au fil de leurs films, ont su conserver leurs magie d’alchimiste pour ne jamais cesser de se réinventer. La preuve avec True Grit, où comment redonner vie à un genre que l’on croyait enterré six pieds sous terre depuis que Clint et sa bande avait déserté les saloons. Au départ True Grit est un roman de Charles Portis puis c’est John Wayne qui prendra les traits du shérif à l’œil noir et qui lui vaudra d’ailleurs le seul Oscar de sa carrière.
 
Mais comme les Coen aiment à le rappeler, c’est à une adaptation, et non à un remake, que l’on a à faire ici.
Catapultés dans l’univers terreux des cowboys, les thèmes et gimmicks des cinéastes trouvent magnifiquement leur place au pays des colts, voir mieux, c’est comme s'ils n’avaient jamais été aussi bien intégrés ; L’humour cinglant de leurs longs dialogues, les gueules, le burlesque, les étapes, le voyage… car c’est bien d’un voyage cinématographique qu’il s’agit ici.
 
Sorte de croisement entre Fargo et O’brother, le spectre du Dude de The Big Lebowski, plane sur les plaines en cinémascope. Tous les codes du genre sont respectés, ça sent le canon et le feu de camp, le lasso et la terre, mais comme par enchantement ce western en apparence ultra classique, mute, se métamorphose comme une chenille devient papillon, pour éclore en un objet cinématographique lunaire, comme si une deuxième couche, invisible, élevait la densité du récit et surtout des personnages. Car avant tout, c’est bien ça qui compte.
 
Ce shérif, magnifiquement drôle, forme un duo terrible avec ce Ranger joué par Matt Damon. Et il y a cette jeune actrice, surprenante, qui envoûte le film du début à la fin. Les seconds rôles sont parfaits, sorte de fantômes qui errent tout le long du film. True Grit est donc le terrain de jeux idéal aux frères Coen où l’idée est de jouer avec les règles, de les analyser à la loupe, comme un cinéphile obssessionel et de surtout s’amuser, tout en conservant un cadre classique.
Le mélange est de la dynamite, comme ce final lunaire à cheval, dans la nuit étoilée. Ou quand cette neige vient donner cette aspect mystique à l’aventure, on est quasiment ensorcellé. La photo de Roger Deakins renforce le tout de manière somptueuse.
 
Après le précieux et génial questionnement spirituel de, A serious Man, True Grit est un grand moment de cinéma.
Encore et toujours cette idée de quête, de recherche de quelque chose ou de quelqu’un, pour qu’encore et toujours les frères Coen fassent nôtre cette aventure où vous trouverez bien plus que ce que vous êtes venus chercher…
 



Jewish Connection


Un film de Kevin Asch
Avec Jesse Eisenberg, Justin Bartha, Ari Graynor...
Titre original : Holy Rollers
Durée : 01h29min
Distributeur : Pyramide Distribution
Date de sortie cinéma :  16 février 2011
 
Ecstasy un jour…
 
A la fin des années 90, plus d'un million de pillules d'ectasy ont transité d'Amsterdam à New York. Leur moyen de transport, des passeurs hassidiques. Sam Gold, 20 ans, vit au coeur du quartier religieux de Brooklyn.
Alors que son père espère qu'il devienne rabbin, Sam va se voir proposer un nouveau travail par son voisin : faire passer des médicaments en échange d'un très bon salaire.
 
… Rabbin pour toujours.
 
Holy Rollers, titre original du film, possède un double sens. Il désigne chez les rabbins hassidiques le mouvement de va-et-vient durant la prière, et, en argot, est utilisé pour désigner l'ectasy. Drôle de subtilité pour un film qui n'en manque pas. Ce premier long métrage de son réalisateur Kevin Asch, est une vraie bonne surprise, tant par son audace de mise en scène que par ses comédiens. Une mise en scène fortement référencée. Le New York hivernal, métallique, stylisé et dépouillé renvoie incontestablement à celui de Sydney Lumet. Les longs dialogues cadencés partitionnés comme une partie d'échecs ou un match de boxe sont un hommage marqué aux premiers films new-yorkais de Martin Scorsese. Plus proche du cinéma vérité, concept de la nouvelle vague visant à tourner en décor naturel, sans lumière, en équipe réduite, presque sans scénario, on est bercé par des plans séquences et des sautes brillamment dispachés ici et là pour donner à Jewish Connection cette touche et ce grain si propre au film indépendant. Le réalisateur plonge dans l'univers hassidique avec douceur, sensibilité et sans renfort de grands moyens, pour n'en extraire que le questionnement d'un jeune homme perdu, en pleine sortie de route de l'adolescence.
 
Le point de vue choisi est le point fort. Kevin Asch opte pour celui du jeune Sam, et non pas celui de l'instigateur du réseau, pourtant initialement prévu au départ du scénario. L'erreur aurait été de faire un Tony Montana chez les religieux, mais là, on pénètre le réseau par le bas et il n'en reste que les doutes et les peurs du héros, pour très vite faire apparaitre le vrai thème du film: le passage à l'âge adulte.
 
Dans ce rôle complexe et grave, Jesse Eisenberg est remarquable. Nominé aux Oscars pour The Social Network (voir plus bas) il rempile ici avec un rôle entier, où son débit fait mouche et affiche en deux films, une panoplie riche en émotions. Participer à un premier long indépendant au buget ridicule après son succès fulgurant l'an passé, prouve bien un désir complet de se mettre en danger. Ari Graynor, la femme du patron, ennivrante de beauté, devient un personnage pratiquement aussi intéressant que Sam. Une vraie plus value, elle est fascinante.
Raté par contre pour Jackie, son mari, (également producteur du film) complètement dénué de charisme.
A noter que la soeur de Jesse Eisenberg, dans le film, l'est également dans la vie.
 
Jewish Connection a donc l'intelligence d'aborder cette incroyable aventure par un trou de souris, de ne pas s’interesser à tout le circuit de distribution et à son ampleur, mais de rester aux côtés de Sam, dans sa quête et dans son questionnement. Continuez de travailler dur au magasin avec son père ou mener la grande vie en se faisant de l’argent facile. Ne se voyant pas rabbin plus tard, il va devoir se faire sa propre expérience de ce nouveau monde, tourner le dos à sa famille, la déshonorer, pour mieux découvrir qui il est. Plus il va prendre de l’importance dans ce réseau de drogue, plus il va paradoxalement se vider de toute spiritualité.
 Ne se posant jamais en donneur de leçon, il dresse un portrait tendre de la communauté religieuse, magnifiquement mis en excerbe par son père qui se bat de tout son coeur mais reste impuissant face à la fuite de son fils. Et puis il y a cette très belle séquence où Sam croise un religieux dans la rue, qui lui propose de mettre les tefilines, et où il comprend à ce moment-là, l'importance d'avoir la foi.
 
Un vrai coup de coeur, une vraie découverte, un vrai sujet. Trois bonnes raisons de ne pas rater cette Jewish Connection.



Black Swan


Un film de Darren Aronofsky
Avec Natalie Portman, Mila Kunis, Vincent Cassel...
Durée : 01h43min
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Date de sortie cinéma :  9 février 2011

Black And White

La troupe du New York City Ballet dirigée par le complexe Thomas Leroy, cherche celle qui pourra jouer le rôle principal du Lac des Cygnes. Nina, prête à tous les efforts et les sacrifices pour l'obtenir, va devoir surmonter les difficultés et les rivalités pour réaliser son rêve.
 
Ou la chair de cygne

Dès les premières images c'est un choc. Dès la première séquence, la magie opère, Nathalie Portman nous envoûte, elle est sublime, c'est magnifique.
 
Darren Aronofsky est un génie moderne, un technicien de la narration. Repéré en 99 avec son ovni, PI ,financé avec des bouts de ficelles, il se révèle d'emblée un metteur en scène à l’univers visuel unique, viscérale, obsédé par le corps et les tourments que la vie lui inflige. Requiem for a dream le confirmera et le hissera au rang de réalisateur culte pour toute une génération. Après un interlude métaphysique, The Fountain, et le film à récompense, The Wrestler, le voilà arrivé en haut de la montagne avec une pépite cinématographique.
 
Black Swan est inclassable. A mi-chemin entre le thriller, le fantastique et l'horrifique, il devient une sorte d'hybride où frisson et pression psychologique sont les maîtres mots. Plongé dans les coulisses et les méandres du off d'un ballet de danse, le spectateur est directement plongé la tête sous l'eau, en immersion. Et c'est là que la force scénaristique vient trouver appui. Nina, interprétée par Nathalie Portman, va devoir apprendre à jouer le cygne blanc mais aussi et surtout, le cygne noir. C'est lui qui va donner toute la puissance au personnage, mais c'est aussi celui qui va apporter de la perversité et mettre en joue une paranoïa et une schyzophrénie grandissante.
 
C'est dans cette dualité que va sombrer le personnage, ou comment nourrir l'un et l'autre sans se détruire soi-même. Ce rapport de force entre folie et rêve à atteindre n'est pas sans rappeler son premier film.
Pis, où quand ce mathématicien devait faire face à ses migraines à s'en taper la tête contre les murs tout en tentant de déchiffrer ses formules. Nina doit faire face aux agressions que son corps va subir, et pour donner vie à cette quête de grâce par la douleur, Darren Aronofsky choisit une mise en scène tout en contraste et en flux tendus. Comme si des spasmes permanents tapaient à la porte d'un fil droit comme une poutre en béton. On entend raisonner mais rien ne bouge, le personnage avance mais reste pourtant prisonnier. Prisonnier de son rêve et d'une mère prête à tout pour qu'elle réussisse. Barbara Hershey est toute aussi éblouissante que terrifiante. Nina est étouffée par elle, enfermée, et aimée à en perdre la raison.
Toute cette tension, le réalisateur la filme caméra à l'épaule, au plus près, toujours. Dans sa nudité, son intimité, dans son reflet, (les miroirs sont partouts), le corps est l'obsession, la matière première; il craque, il saigne. On finit par la ressentir, cette douleur.
 
Mettant en scène ces femmes commes des gladiatrices des temps modernes, (Winona Ryder, Mila Kunis) Aronofsky devient une sorte de Hitchcok du XXIème siècle. On est embarqué dans un labyrinthe psychologique où la technique de maestro n'a d'égal que la beauté de ces danseuses et les virages machiavéliques qu'elle devra négocier.
Vincent Cassel ajoute son énergie à cette toile de maître et y trouve parfaitement sa place.
 
Plus qu'un simple film sur la danse, Black Swan est un voyage iniatique dans lequel il faut accepter de lâcher prise, par lequel il faut se laisser envoûter, une expérience intérieure à la recherche de soi-même. Troublant et fascinant, c'est un miracle de cinéma.
Le final est magistral et vous n'en sortirez par indemne.




La chance de ma vie


Un film de Nicolas Cuche
Avec François-Xavier Demaison, Virginie Efira…
Durée : 01h27min
Distributeur : Mars Distribution
Date de sortie cinéma :  5 janvier 2011

Un grand brun…

Julien Meunier a un problème. Depuis son plus jeune âge, il porte la poisse à toutes ses petites copines.
Jusqu’au jour où il croise la route de Joanna…

Avec une voiture noire.

Même si la comédie en France n’a jamais réellement vraiment souffert, il est bon de constater qu’un vent nouveau souffle sur l’Hexagone. La génération de Francis Weber est relayée par une nouvelle bande de joyeux lurons, portée par les frères Nakache et Toledano, Tellement proches, Rémi Bezançon, Ma vie en l’air, Marc Esposito, Le cœur des hommes, Géraldine Nakache, Tout ce qui brille et plus récemment Pascal Chaumeil avec l’Arnacoeur… Des comédies dans l’air du temps, générationnelles et fraîches comme tout.

La chance de ma vie s’inscrit donc dans ce registre où le scénario, les dialogues et l’esthétisme sont d’égale d’importance. Avec une situation de départ simple donc très vite efficace, les situations plus burlesques les unes que les autres vont s’enchaîner. Déterminé à ne pas perdre le nouvel amour de sa vie, le personnage joué par François-Xavier Demaison va tout tenter pour éloigner sa Virginie Efira de compagne de tous les risques éventuels. A noter ce dîner chez le japonais qui prend des allures vaudevillesque.
Le couple formé par les deux tourtereaux fonctionne à merveille, et on sent tout de suite, comme dans cette belle séquence de “lendemain” dans le couloir d’un hôtel, qu’ils s’amusent et sont heureux de jouer ensemble.

La nature sympathique et lumineuse d’Efira irradie le film et Demaison est drôle et attachant de bout en bout sans jamais cabotiner.

La vraie difficulté de la comédie, genre à part entière, reste bien le ryhtme et la cadence. A ce propos, le réalisateur de Date Limite, Todd Philips, disait à juste titre que tout ça s’apparentait plus à du jazz qu’à de l’arithmétique. Et c’est peut être là que le film ne se hisse pas au niveau de son grand frère l’Arnacoeur.

Un faux rythme s’installe dès le début, où comment rouler à 50km/h en pleine ligne droite avec une Ferrari.
La Chance de ma Vie aurait pu bénéficier d’un équilibre plus juste, entre la vraie partie comique, gags, découverte des conséquences liées à la poisse du personnage, et celle plus dramatique où le personnage de Julien va devoir se battre pour reconquérir sa chérie Joanna.
La montée en puissance des vannes aurait pu elle aussi se faire un peu plus en douceur.

Mais tout ça n’enlève rien au fait qu’on s’attache à ce couple qu’on aimerait avoir comme ami. On rit de bon cœur et le réalisateur Nicolas Cuche livre une copie qui fourmille de bonnes idées. Félicitons-nous d’avoir su se renouveler et se réinventer ; les anglais n’ont qu’à bien se tenir !



Le dernier des templiers


Un film de Dominic Sena
Avec Nicolas Cage, Ron Perlman…
Durée : 01h35min
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Date de sortie : 12 janvier

URGENT. Cherche scénario.

Behmen et son fidèle compagnon Felson, fatigués des croisades des Templiers, décident de déserter. Arrêtés et jetés en prison, leur seule porte de sortie est d’accepter une mystérieuse mission: escorter le convoi qui détient enfermé une soi- disante sorcière pour qu’elle soit jugée. Elle aurait jeter un sort et serait responsable de l’épidémie de peste qui frappe toute l’Europe.


URGENT. Cherche acteurs.

Soyons clairs tout de suite, Le Dernier des Templiers n’a de templier que son titre. Ce n’est qu’un prétexte, un subterfuge historique censé rendre l’affaire mystérieuse et légendaire. Sorte de manifeste de ce que Hollywood peut faire de pire, on assiste en fait à une accumulation insupportable de vulgaires séquences filmées sur fond vert, sans âmes où le scénario n’a d’égal que les blagues carambar.
Tout est vide, tout est lent. Nicolas Cage, le grand comédien des immenses Sailor & Lula de David Lynch et de Leaving Las Vegas de Mike Figgis ne sait visiblement pas trop ce qu’il fait là. Complètement amorphe, son visage est aussi expressif qu’un paquet de chips. Son acolyte Ron Perlman, dans le rôle du moche suceptible, tente par tous les moyens de relever le niveau. Le duo forme une sorte de Bud Spencer et Terence Hill, en raté, au pays des capes et des épées en carton pâte.

Et comme si ça ne suffisait pas, l’idée est de surenchérir avec des histoires de diable, d’exorcisme et tout le kit du parfait petit sorcier, on a très peur et tout cela pour obtenir une sorte de croisement entre Au nom de la rose et Zombieland.
On se prend d’un coup à croiser des moines zombies yamakazis, bourrés de pustules grosses comme des balles de tennis, qui sautent partout et dont il faut couper la tête pour pouvoir causer tranquille. Chritopher Lee, complètement défiguré, y fait une apparition grotesque a oublier au plus vite.

C’est donc le grand déballage pour finir par sombrer dans le grand n’importe quoi. Point de vue mise en scène, c’est complètement zéro. Dominic Sena filme ses deux Templiers comme des playmobiles à la montagne, la photo est sale et inadaptée au propos, ça sent le plastique, la fausse neige et le studio de cinéma. Ce genre de prodution alimentaire ne mérite même pas une sortie cinéma et devrait être relayé direct à la sortie DVD.



Somewhere


Un film de Sofia Coppola
Avec Stephen Dorff, Elle Fanning, Chris Pontius…
Durée : 01h38min
Distributeur : Pathé Distribution
Date de sortie cinéma :  5 janvier 2011
 
Welcome to the hotel California…
 
Johnny Marco est un célèbre acteur de film d’action à la réputation sulfureuse. Il vit pour une durée indéterminée au Château Marmont, le célèbre hôtel de Los Angeles, et va recevoir une visite innatendue, celle de sa fille.
 
Suite(s) Impériale(s)
 
Sofia Coppola fascine et divise. Un pied dans le génie, l’autre dans la superficialité, elle dérange, reste inclassable et rafle quand même un Lion d’or à Venise pour son dernier tube, « Somewhere ». Même là encore, ses détracteurs l’accuse de favoritisme, le Président du jury étant Quentin Tarantino, son ex-petit ami. Alors quoi penser de cette nouvelle bombe cinématographique ? Même si la récompense italienne est sûrement exagérée au vu de certains concurrents plus méritants, Sofia Coppola filme mieux que jamais le mal être et la solitude.
 
Ce fut d’abord génialement le cas avec son premier long-métrage, Virgin Suicides, et ces cinq jeunes sœurs catapultées dans un monde pas fait pour elles. Puis Lost in Translation, qui retraçait le décalage horaire de ce couple errant dans les rues de Tokyo et pour finir la trilogie, Marie-Antoinette, jeune reine prise dans une tourmente royale bien étrangère à ses vœux les plus chers. La réalisatrice les aime donc bien paumés, pas à leur place. Somewhere, c'en est encore l’illustration.
 
Ici ce n’est plus une femme, mais Stephen Dorf qui est à côté de ses baskets dans le rôle de cet acteur qui ne se reconnaît plus, ni dans son métier, ni dans ses choix. Il est devenu personne, sorte de fantôme qui erre dans les couloirs du manoir Marmont où le flou, le décadrage et les sautes deviennent autant de douleurs à l’âme dans une ville où même les anges sont des démons. Il lui faudra la belle Elle Fanning, sa fille, pour redonner du goût aux choses et faire briller ce joli duo.
Duo qui malheureusement met du temps à prendre corps. Pour mieux comprendre la solitude de la vie de cet acteur devenue une sorte de jouet marketing, elle choisit le parti pris de laisser traîner les séquences où son quotidien d’homme en roue libre, errant d’une pièce à une autre, prend le dessus. C’est beau mais c’est long.
 
Sofia Coppola tente, comme un chercheur dans un laboratoire, d’observer et de tirer la sève de ses personnages. Des plans séquences remplis de rien, comme si tout ce qui l’intéressait commencait là où d’habitude, pour tout metteur en scène, tout se termine. La réalisatrice travaille encore en famille (frère et père à la production, mari à la musique avec le groupe Phoenix) et use d’une bande originale minimaliste, ressort les vieux objectifs du patriarche, et stylise comme jamais un Château Marmont devenu le théâtre des âmes en peine.
Mais à force de vouloir filmer l’invisible, elle le remplit parfois avec du rien. Mélange de vide et de grâce visuelle, un cocktail hypnotique qui laisse des traces sur un spectateur qui peut vite se perdre d’ennui et quitter définitivement la route.
 
Mais il y a quelque chose de minéral et d’organique là-dedans. Somewhere serait comme une plante encore inconnue qui s’ouvrirait dans votre esprit des jours et des jours après sa découverte. Pour certains d’entre vous, ce « quelque part » deviendra votre paradis, pour d’autre, il deviendra votre.....somnifère.
Laissez-vous tenter.



Mon beau-père et nous...


Un film de Paul Weitz
Avec Robert De Niro, Ben Stiller, Jessica Alba...
Titre original : Little Fockers
Durée : 01h45min
Distributeur : Paramount Pictures France
Date de sortie : 22 décembre 2010

Mon beau-père ce héros...
 
On prend presque les mêmes et on recommence. La famille Furniker s'est agrandie, et les relations entre Greg, le gendre, et Jack Byrnes, le beau-père, sont au beau fixe. Mais très vite les problèmes vont ressurgir quand il va falloir s'assurer que Furniker est prêt à endosser le rôle de Don Furniker, celui qui veillera sur la famille.
 
...longue vie à la famille ( accent italien)
 
Choix cornélien et trouble existentiel en cette fin d'année. Question fatidique et enjeux nationaux en cette période de fêtes. “Mon beau père et nous” doit-il briller de deux étoiles, ou mieux, de trois.
Telle sera la question.
Trois étoiles.... parce que c'est un vrai bonheur de retrouver la famille Furniker et Byrnes au grand complet. Le précédent opus nous avait laissé sur une note ultra-positive, et il n'était donc pas interdit de penser que la pression entre les deux familles allait encore monter d'un cran.
 Trois étoiles... parce que le casting est super VIP. Les babas cool Dustin Hoffman et Barbara Streisand sont plus que jamais complètement lâchés, Jessica Alba s'en sort avec les honneurs et se fraie un chemin au milieu du duo moteur, Ben Stiller et Robert de Niro. L'alchimie entre eux est parfaite, le plaisir qu'ils ont à jouer ensemble est visible et communicatif.
A noter la présence sympathique de Laura Dern et Harvey Keitel et celle plus regrettable d'Owen Wilson.
 
Deux étoiles... parce que malheureusement, après avoir épuisé le stock de bonnes vannes, de comiques de situation à hurler de rire et lever les tabous des problèmes de famille, il ne reste que le sexe comme arme de destruction comique.
Pour le meilleur et surtout pour le pire. On flirte avec le fil du lourdingue et du super burlesque, et comme un citron un peu trop pressé, on a l'impression d'être arrivé au bout.
Si les précédents films avaient réussi le tour de force d'être drôles de bout en bout, ici il ne faudra compter que sur quelques saynettes amusantes.
Deux étoiles enfin... parce que les ressorts comiques sont cassés et que tout repose sur les comédiens. Et bien évidemment, ce n'est pas suffisant.
 
La tension est insupportable mais quelque peu inutile car le nombre d'étoiles inaugure ce papier... ce sera donc deux ! Car oui la différence avec trois est gigantesque: d'un côté, plus qu’une simple comédie, un film que l'on revoit en famille et que le temps fera bien vieillir. De l'autre, un moment de plaisir éphémère. Et même si l'on est en droit d'attendre plus d'une comédie, on peut se dire que c'est déjà pas mal.
 
Bon film et à l'année prochaine !
 



Harry Potter et les reliques de la mort (partie 1)


Un film de David Yates
Avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson
Durée : 02h25min
Distributeur : Warner Bros. France
Date de sortie cinéma : 24 novembre 2010
 
Attrape-moi si tu peux…
 
Voldemort a prit le pouvoir sur le Ministère de la Magie et sur Poudlard. Pour tenter de vaincre les Ténèbres, Ron, Hermione et Harry partent à la recherche des derniers Horcruxes. Mais il va falloir s’armer de courage car la route sera longue et semer d’embuches.
 
Harry, un ami qui vous veut du bien…
 
Même les sagas ont eu une fin. Du moins pas tout-à-fait. De source officielle le dernier tome d’Harry Potter étant si dense, Warner aurait décidé de le scinder en deux films pour mieux restituer les détails. Evidemment, l’idée est de jouer la montre et de ramasser les œufs jusqu’au dernier d’une franchise devenue phénomène de société.
Ce ne sera donc que le début de la fin, le bouquet final étant prévu pour août 2011.
 
Mais avant cela, le précédent film, Le prince de Sang Mêlé, annonçait déjà l’inévitable: dans la vie, tout le monde grandit, même chez les sorciers. La mort de Dumbledore ayant été le déclencheur de la mise en orbite d’Harry et de ses petits copains dans le monde adulte. On est donc rapidement plongés dans de nouveaux problèmes de grands: jalousie, paranoia, schizophrénie, faire son deuil. Les reliques de la mort suit donc la mouvance plus sombre des précédents numéros en élevant encore le degré d’obstacles psychologiques et d’enjeux dramatiques. Le ministère de la magie prend peu à peu des allures de quartier général nazi ou des sentinelles de soldats à la botte de l’empereur Voldemort sont dispersés en ville pour organiser des rafles et où la pureté du sang est une condition sine qua non à un emprisonnement immédiat. Le parallèle avec l’occupation et la déportation ajoute une teinte sociale et une gravité jusqu’ici totalement absente de la série puisque chaque film étant coupé de la réalité.
 
Pour la première fois la vraie vie prend le dessus. Le monde extérieur avec ce qu’il produit de pire est l’ultime épreuve d’Harry. D’ailleurs, quoi de mieux pour faire sentir le poids de cette réalité que de tourner pour la première fois dans des décors naturels. Car loin de Poudlard, des salles de classes et des dortoirs douillets, c’est dans les bois, dans les collines, les vallées et aussi, le temps d’une séquence très réussie, en plein Londres que les trois sorciers sont plongés. Tout ça donne forcément une dimension plus réelle, plus organique comme ces plans larges en haut des montagnes dans ces paysages somptueux qui ancrent les personnages dans de nouveaux défis tout en les rendant plus proches de nous. David Yates en fait parfois un peu trop avec une mise en scène très marquée et peu subtile par moment, mais ses cassures de rythme donnent une vraie consistance au film. A noter une séquence d’animation magistrale qui vous marquera pour longtemps.
 
Et même si les ados et les adultes se sentiront peut-être un peu plus concernés, la magie opère comme jamais et relève nettement le niveau des deux derniers numéros. 



Machete


Un film de Robert Rodriguez, Ethan Maniquis
Avec Danny Trejo, Robert de Niro, Jessica Alba…
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Durée : 01h45min
Date de sortie cinéma : 1 décembre 2010
  
Montre moi ta machète,
 
Machete n’est en apparence qu’un simple ouvrier mexicain sans papier vivant du mauvais côté de la frontière et à qui des gros méchants pensaient pouvoir faire endosser un assassinat politique. Sauf que les apparences sont parfois trompeuses et que machète plus vengeance ne font parfois pas toujours bon ménage.
 
Je te dirai qui tu es…
 
En 2007 sort sur les écrans Grindhouse, véritable hommage aux films d’expoitation et séries B des années 70.  Boulevard de la mort est la première partie réalisée par Quentin Tarantino. La seconde, Planète terreur, est dirigée par Robert Rodriguez. Intercalées entre les deux, des fausses bandes-annonces et teasers de films qui n’existent pas. Parmi eux, Machete.
 
Ultra codifié, cette royale série B est une cour de récréation pour le réalisateur touche à tout de Sin City (musique-écriture-réalisation-montage-production) qui prend un plaisir fou à jouer avec les clichés du genre.
Les super méchants avec leurs grosses maisons et leurs magouilles politiques face aux super gentils au passé meutri et douloureux et à la soif de justice pour tous. L’idée est donc de voir dépasser les ficelles et d’avoir une histoire qui tient sur un bout de papier. Niveau violence, on se lâche à coup d’intestin-grêle, d’ouvre bouteille et de tondeuse à gazon. La limite c’est de ne pas en avoir. Les règles, elles, sont nombreuses. En vrai technicien génial, fétichiste et nostalgique, le réalisateur respecte le cahier des charges du film de genre à la lettre. Du montage au cadrage, du grain de l’image aux effets sonore, la précision est quasi-chirurgicale.
 
Le choix des comédiens quand à lui, est une vraie folie. Danny Trejo, avec sa tête d’ex-taulard, trouve ici le premier vrai rôle de sa vie, face aux has-been des années 80, Don Johnson et Steven Seagal qui sortent des oubliettes pour jouer avec leur image de héros sur le retour. Pour jouer un sénateur facho et clownesque, c’est un miracle de voir Robert de Niro se moquer de lui-même en inversant les polarités des rôles qui l’ont rendu célèbre. Sa partition est déjà culte.
 
Côté glamour, on est servi. Michele Rodriguez et Jessica Alba s’occupent du menu mini jupe-mitraillette-talon-serviette mouillé. Et sous ses allures de dessin animé c’est peut-être là que Rodriguez vient distiller ses messages sur fond de drame social. Parce que oui les femmes sont les héros des temps modernes, oui le système est à bout de souffle et oui la politique d’immigration américaine peut virer à la comédie burlesque.
 
Machete est donc la formidable pirouette artistique qu’on attendait, sorte de pari fou qui consiste à populariser un genre pourtant réservé à une minorité. Ame sensible, s’abstenir quand même. Pour les autres, courez dans le cinéma le plus proche, car Machete est la formidable combinaison gagnante de ce que Rodriguez sait faire de mieux.
Une vraie dynamite cinématographique. 



Welcome to the Rileys


Un film de Jake Scott
Avec Kristen Stewart, James Gandolfini, Melissa Leo
Durée : 01h50min
Distributeur : Bac Films
Date de sortie cinéma :  10 novembre 2010
 
 
What a wonderful world...
 
Doug et Loïs Riley ont perdu leur fille il y a huit ans. N'ayant jamais fait leur deuil, leur quotidien est façonné de douleur et de chagrin. En déplacement à la Nouvelle-Orléans, Doug fait la connaissance de Mallory, stripteaseuse vivant seule et sans un sou. Il décide de la prendre sous son aile, au risque de mettre en danger les repères familiaux.
 
Il est beau mon Soprano…
 
A l'heure où le tonton Tony Scott met sur les rails le blockbuster ferroviaire "Unstoppable" et que le papa Ridley planche sur les préquels d'Alien, le fiston Jake Scott signe le petit bijou de cette fin d'année. Après un premier long- métrage, Guns 1748, passé aux oubliettes, le deuxième sera le bon. Welcome to the Rileys l'affranchit de l'autorité parentale grâce à une mise en scène toute en subtilité, loin des clichés dramatico-pleurnichards et des ficelles du genre.
Le scénario ne s'apitoie pas sur le destin tragique de ses personnages, mais les accompagne plutôt et tente au contraire de leur faire reprendre le dessus quand le poids de la vie est trop lourd. Marqué au fer rouge par la mort de leur seule et unique fille, ce couple va s’en découvrir une de substitution et cette configuration triangulaire va faire ressurgir des réflexes parentaux endormis, mais bien vivants, eux. Dans une Nouvelle Orléans post-castastrophe, le réalisateur dresse le portrait de trois personnages intenses et magnifiques. A commencer par James Gandolfini, loin de l'archétype mafieux des Sopranos, il porte littéralement le film sur ses épaules. Rien n'est plus beau que de le voir se sentir chargé de cette mission qui est de sauver cette fille, et rien n'est plus triste que de voir sa douleur ressurgir au beau milieu de la nuit dans son garage de banlieue.
 
Dans le rôle de sa femme, Melissa Leo est l'onde de choc du film, toute en retenue, elle erre dans la première partie du film comme un zombie sous xanax, avant de s'ouvrir et de sentir à nouveau la vie et le monde. Comme lors de cette scène où elle marche dans l'herbe mouillée au beau milieu de la nuit. Telle une Gena Rowland chez Cassavettes, elle iradie le film de sa beauté pour finir par faire se transformer une simple scène d'assistance à systitte en danger en un grand moment d'émotion et de tendresse. Et puis la surprise évidemment vient de la jeune et profane Kristen Stewart. Repérée dans Into the Wild de Sean Penn, et révélée au monde avec Twilight, elle n'est pas la star qu'elle est aujourd'hui quand le film est tourné en 1998. Elle livre une prestation toute en puissance, impressionante. En deux plans, on oublie ses déambulations rurales chez les vampires pour voir se révéler une comédienne pur sang, authentique. Son magnétisme sexuel va très vite se transformer en un manque indéniable d'amour.
 
Jake Scott va donc filmer et raconter ses personnages comme dans un écrin, comme dans le creux de sa main, pour ne pas violer leur intimité mais les fait se heurter à une nuit américaine plus noire et cruelle que jamais. Comme ces visages plongés dans l’ombre d’eux-mêmes, où le voile de l'obscurité ne se lèvera que peu à peu, pour laisser passer la lumière de la vie qui ressurgit.
 
Welcome to the rileys a les qualités d'un premier film sans les défauts, de l'assurance et du courage et se révèle une très belle promesse, celle d'un réalisateur en devenir.
 
 



Date Limite


Un film de Todd Phillips
Avec Robert Downey Jr., Zach Galifianakis
Durée : 01h35min
Distributeur : Warner Bros. France
Date de sortie cinéma :  10 novembre 2010
  
Y'a un chinois dans le coffre...
 
Peter Highman est sur le point de devenir papa. Alors qu'il s'apprête à quitter Atlanta pour rejoindre sa femme et son futur bébé à Los Angeles, il croise la route de Ethan Tremblay, acteur en mal de reconnaissance, qui tente d'aller percer à Hollywood. Après un quiproquo à l'embarquement, ils sont interdits de vol et devront faire le voyage en voiture.
 
Et un tigre dans la salle de bain...
 
Todd Philips n'en est pas à son coup d'essai, et même si c'est bien loin d'être son coup de maître, voilà la confirmation officielle du lancement en orbite du réalisateur du tordant Very Bad Trip. Grâce à ce succès mondial, le scénariste du déjanté Borat s'inscrit en fer de lance d'une tendance comique qui se veut, comme il le dit lui-même, plus proche du jazz que de l'arithmétique. Tout est affaire de rythme, de bonnes vannes, et de situation burlesque sans oublier de faire sauter les limites. Sauf que là où Very Bad Trip était à consommer sans modération, Date Limite sent le réchauffé. Si Zach Galifianakis est indéniablement le comique en vue du moment, depuis son cultissime “y'a un tigre dans la salle de bain”, il n'en est pas moins que l'embarcation prend l'eau de toute part.
 
Bati sur les règles ancestrales du road-movie, film qui se passe sur la route, le spectateur suit les aventures d'un tandem que tout oppose, autre régle ancestrale appellée aux USA un buddy movie. Il est embarqué dans une folle aventure où les surprises et les imprévus ne risquent pas de manquer. Soit, mais là où le bât blesse, c'est que lorsque vous mettez dans le même habitacle Iron Man et un grec barbu à l'humour potache, ça coince. Si Pierre Richard rend la monnaie de sa pièce à Depardieu, si Mel Gibson le vaut bien face à Danny Glover, Robert Downey Jr. n'est pas l'écho de Zach Galifianakis. Comme un miroir ne réfléchissant pas, ces deux là se heurtent au lieu de se compléter. Et si moins par plus ça fait moins, alors l'énergie déployée par l'un, est aussitôt annulée par l'autre. Very Bad Trip fonctionnait sur une énergie de groupe, Date Limite est  un one man show à deux, la victime du succès de son grand frère, une fantaisie qui se déguste en apéritif.
 
Mais il suffit parfois qu'un hors-d'oeuvre dégénère pour qu'il nous fasse sauter un repas. Date Limite fait donc une fois de plus dynamiter les règles. L'histoire on s'en fiche, le dénouement tout le monde le connaît, ce qui compte c'est la route, ce sont les obstacles, les rencontres. Au service de joutes verbales qui valent de l'or, il est quand même agréable d'admirer deux comédiens géants qui nous prouvent encore, que chez les américains et malgré un puritanisme omniprésent, on peut toujours allez plus loin quand il s'agit de se marrer.



THE SOCIAL NETWORK


Un film de David Fincher
Avec Jesse Eisenberg, Justin Timberlake…
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Durée:  2h00
Date de sortie: 13 octobre 2010
 

Add me…
 
Octobre 2003. Mark Zuckerberg est étudiant à Harvard. Après une rupture difficile, ivre et en quelques heures, il crée Facemash, logiciel qui permet de choisir la fille la plus sexy de l'université. Avec vingt deux mille connexions, il fait sauter le réseau du campus en un rien de temps. La machine Facebook est lancée...
 
Et deviens mon ami…
 
La révolution a commencé. Et elle sera virtuelle. Facebook pèse 25 milliards de dollars. Facebook c'est plus de 500 millions d'adeptes dans le monde et 17 millions en France. La première drogue qui se consomme par les doigts et par les yeux. L'idée d'en faire un film posait le problème suivant : comment livrer une oeuvre de facture au moins égale au phénomène qu'il tente de raconter ?
Quand Kubrick réalise 2001 l'Odyssé de l'espace, il a besoin de trois choses : une musique, une vision, une histoire.
David Fincher ce sera pour la vision, Aaron Sorkin pour l'histoire, et Trent Reznor pour la musique.
Voici donc l'équilibre parfait entre un sujet passionnant et un conteur hors pair qui réussit le miracle de créer une oeuvre rock, un monument de mise en scène, au service d'un évènement générationnel sans précedent. Facebook n'est pas un biopic (une biographie filmée) c'est la captation romancée de la création, de la naissance et de l'explosion d'une créature. Une créature qui, plus son maître est en colère ou blessé, se mettra à grossir, à détruire, à envahir le monde. Une réaction en chaîne qui trouve dans le film une place à part où l'on est le témoin de la solitude exrême dans laquelle Marc Zuckerberg trouve son trône de roi.
Chaque phrase assassine dont il est victime, chaque tromperie et sa rupture amoureuse seront autant de "déclencheurs" pour passer la vitesse maximale.
 
Une analyse anthropologique et sociologique du pouvoir et de ses conséquences servie par une mise en scène se révélant un exact mélange entre les films les plus opposés de David Fincher, Fight Club et Benjamin Button, classico-moderne, truffé d'effets spéciaux dont seul votre inconscient aura conscience, (les jumeaux sont une seule et même personne, les mouvements de caméra dépassent les lois de la gravité narrative) le réalisateur opte ici pour un montage en dominos. Le film se passe au présent, lors du procès du créateur de Facebook, mais reste entremêlé de son histoire, au passé.
En apparence une narration classique, les plaidoiries justifient les flashbacks, mais la réalité est toute autre, les verrous de la linéarité sont dynamités pour que l'histoire grandisse en escargot, comme si tout était relié au même épicentre, la solitude de Zuckerberg. Et le tout est tendu et rélié par la délirante et puissante musique originale du groupe Trent Reznor qui signe au passage sa première musique originale de film, ce qui ajoute au rythme effréné.
Comme si Autant en emporte le vent croisait Orange Mécanique, The social Network échaffaude un péplum moderne et une fresque générationnelle nourrie aux codes informatiques.
Le Howard Hugues version 2.0 est né.
Il est déjà culte.
 



Elle s'appelait Sarah

 
Un film de Gilles Paquet-Brenner
Avec Kristin Scott Thomas, Mélusine Mayance, Niels Arestrup,
Distributeur : UGC Distribution
Date de sortie :  13 octobre 2010
 

Elle avait les yeux clairs…
 
Julia, journaliste américaine installée à Paris, se voit confier un article sur la rafle du Vel d’hiv. En remontant les traces de son passé, son destin va croiser celle d’une petite fille, Sarah, déportée en 1942.
 
Et elle avait ton âge.
 
Avant d’être un film, Elle s’appelait Sarah est un livre. Vendu à deux millions d’exemplaires dans le monde, il est le huitième roman de Tatiana de Rosnay. Forte de son héritage britannique (par sa mère) et de ses étapes en Angleterre, à Boston et à Paris elle a su insuffler à son roman une dimension et un ton franco-américain au service d’une intrigue et d’un personnage plongé dans les horreurs de la rafle du Vel’d’Hiv. Tenter une adaptation fidèle était donc une lourde tâche et c’est le très innatendu Gilles Paquet Brenner, réalisateur à la filmographie chaotique, qui est au commande du projet.
Scindé en deux, le temps du récit d’Elle s’appelait Sarah est partagé en deux, celui de la rafle, vécue par la jeune Sarah et celui de l’enquête, menée par Julia, la journaliste, qui se déroule de nos jours.
L’équilibre entre les deux époques est parfait, le montage précis et inspiré, où ces deux personnages, ces deux destins liés par un appartement de famille, deviennent commes deux lignes de vie, apparemment condamnées à n’être que parallèles et qui vont finir par se croiser, s’entremêler.
 
Paquet Brenner parvient donc à conserver le fil de l’enquête sans jamais trainer en longueur. Ravivant des souvenirs de polémique sur l’idée de « A-t-on le droit de filmer les camps ? Comment filmer les camps ? », il prend ici le parti pris de rester à mi-chemin entre le documentaire caméra épaule et le film Classique. Au milieu de l’horreur, l’émotion jaillit comme lorsque ces deux enfants parviennent à fuir et courent dans les champs de blé où quand Sarah découvre la mer pour la première fois. Les larmes vous envahissent quand au milieu de ce chaos, une lumière apparaît : sauver une personne revient à sauver l’humanité toute entière.
 
Ainsi Elle s’appelait Sarah prend les traits d’une adaptation exigeante et c’est dans sa recherche de ce qui ne se voit pas, de ce qui est enfoui, caché, que se révèle la beauté de cette oeuvre. Comme s'il fallait filmer ce qui il y avait derrière, tenter de montrer l’invisible. Cette quête de la vérité illustre cette volonté d’aller au delà des apparences, gratter, pour obtenir le vrai. Toujours le vrai.
 
En suivant ces différents destins, j’espère avoir fait un film dans lequel tout le monde peut se sentir concerné. Un film qui nous fait visiter l’histoire d’un point de vue accessible et identificateur, mais pas infantilisant ni moralisateur".
 
Et même si l’auteur du livre est en partie la grande responsable, Elle s’appelait Sarah joue un vrai rôle pédagogique auprès de ceux qui peuvent encore ignorer ce qui se cache derrière la rafle du Vel’d’Hiv. Comme ce journaliste qui s’étonne que les nazis n’aient pris aucune photo pour entendre Julia lui répondre que ce n’était pas eux, mais la police française.
 
Servi par une mise en scène forte et maitrisée, frôlant malgré tout la démonstration trop sage et limite scolaire, on notera la très belle photo de Pascal Ridao, toute en subtilité, où le grain des époques traduit superbement les humeurs changeantes des personnages, tous justes et magnifiques.
Nils Arestrup est bouleversant et Kristin Scott Thomas, comme toujours, est magnifique et troublante dans ce personnage ambigü qui va devoir faire un retour sur elle-même et remettre sa vie en question. Sans oublier la très prometteuse Sarah, Mélusine Mayance, que l’on ne peut pas oublier.
 
Elle s’appelait Sarah est un film important, contre les certitudes et l’oubli, qui signale ici le retour d’un réalisateur arrivé à une certaine maturité artistique.
Un très beau et dur moment de vie.
 
 
NB :
Dans le cadre de l’exposition « Filmer les camps » proposée au Mémorial de la Shoah, vous pouvez encore découvrir le dernier cycle, Hollywood et la Shoah.
A noter les projections courant octobre des films de Tarantino, Woody Allen ou encore Steven Spielberg.
Plus d’informations : www.memorialdelashoah.org



Mange, Prie, Aime

 
Un film de Ryan Murphy
Avec Julia Roberts, Richard Jenkins, Javier Bardem
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Durée : 02h20min
Date de sortie: 22 septembre
 

Mantra…
 
Liz Gilbert est malheureuse. Sortant d’un divorce douloureux, elle veut reprendre sa vie en main. Pour en retrouver le gôut,
elle décide de partir un an. Au programme, pâtes en Italie, prières en Inde et paix intérieure à Bali.
 
Mantra pas.
 
Ouvrez grand vos chacras, inspirez un grand coup, il est temps de trouver l’équilibre parfait entre la terre et le feu, le sel et le poivre et l’amour et la guerre.
Mange, Prie, Aime est d’abord un best-seller vendu dans le monde entier, Eat, Pray, Love: one woman's search for everything across Italy, India and Indonesia, de Elizabeth Gilbert.
Après le guide des castors juniors pour fabriquer une cabane avec du coton, voilà le guide du comment trouver le bonheur avec des spaghettis et une cabane à Bali. Si il faut noter que l’intention est belle et louable, que Julia Roberts incarne à elle seule une beauté quasi mystique, et que l’on prend plaisir à retrouver deux immenses acteurs, Javier Bardem, No country for Old Men, et Richard Jenkins, Burn after reading, on s’ennuie. Le montage est grossier et maladroit, la mise en scène lourde et aussi délicate qu’un éléphant avec un plat de pâte.
 
Ryan Murphy a été fabriqué dans le moule des séries, créateur de Nip Tuck, réalisateur de Glee, et en est sorti complètement formaté, incapable de construire un récit de plus de quarante minutes. Des caméras placées n’importe où, un plan séquence raté, des raccords limites et puis des longueurs, beaucoup de longueurs. Il veut tout nous montrer, et tente, de manière caricaturale, de filmer au rythme du pays dans lequel on se trouve. Si cinématographiquement il ne reste rien, par contre ce sont les offices du tourisme italien, indien et indonésien qui doivent être contents. La belle Julia, elle, a beau faire tout ce qu’elle peut, on reste à quai regardant le bateau s’éloigner pour fatalement finir en naufrage.
 
Certainement très agréable à la lecture, Mange, Prie, Aime, méritait un traitement plus délicat, avec un vrai point de vue plus subtil, plus proche des maux de ses personnages. A noter messieurs, que ce film s’adresse à un public majoritairement féminin, ou, à votre côté le moins masculin. Sinon, pour les irréductibles pretty woman, celles en mal d’amour qui se sentent seules pensant que le chaos régit le monde mais qui croient que l’amour est plus fort que tout et qu’il finit toujours par triompher, vous n’avez plus qu’à prendre des notes et vous laisser guider dans cette quête spirituelle où le bonheur et l’amour seront vos récompenses. Sinon vous pouvez toujours vous inscrire à un cours de yoga près de chez vous.



Ces amours-là

 

Un film de Claude Lelouch
Avec Audrey Dana, Laurent Couson, Raphael, Dominique Pinon…
Durée : 02h00
Distributeur : Rezo Films
Date de sortie : 15 septembre
 

A nous deux…
 
Tout au long de sa vie Ilva a aimé des hommes, beaucoup d’hommes. Plaçant l’amour au-dessus de tout, elle a toujours vécu sans faire aucune concession. L’amour à tout prix…
 
Tout ça… pour ça !
 
Nous sommes en 1960, Claude Lelouch vient de réaliser son premier long métrage, Le propre de l’homme. Il projète le film à un confrère qui s’endort devant. De peur de passer à côté du chef d’œuvre du siècle à cause d’un déjeuner un peu trop arrosé, il recommande Claude Lelouch à la profession. Son film est un échec total. Il détruit les pellicules. Un critique écrit : « Lelouch, souvenez-vous de ce nom, vous n’en entendrez plus jamais parler. »
50 ans, 43 films, cinq femmes, sept enfants et des centaines de récompenses plus tard, voici le film dont il a toujours rêvé. Chorale, historique, mêlant grande et petite histoire, une frasque dont l’amour serait le héros et où une femme viendrait à elle seule résumer ce que le monde a fait de plus beau. Ces amours-là est donc la parfaite synthèse de ce que Lelouch fait de mieux, mais malheureusement aussi, ce qu’il fait de pire. Depuis Un homme et une femme, film mythique et intergénérationnel, il a réinventé une façon de faire du cinéma. Sa caméra qui ne cesse de tournoyer, sa direction d’acteurs et sa vision de l’amour au cinéma font de lui un metteur en scène unique. Oscillant de succès en échec retentissant, il n’a jamais été aussi bon que dans des films modestes et fait dans l’urgence.
 
Dans Ces amours là, on arrive donc à trouver, parsemer ici et là, ces fameux moments de vérité. Comme ce dialogue dans les excaliers d’une boîte de jazz entre Ilva et celui qui deviendra son futur avocat. Ou ce nazi jouant la Marseillaise. On retrouve sa passion pour le cinéma, intacte, comme au premier jour. Il ne filme pas, il danse avec sa comédienne magnifique de candeur et de beauté, qu’il avait lui-même découvert pour lui confier son premier grand rôle dans son précédent film, Roman de gare.
Audrey Dana porte le film sur ses épaules et c’est là que les effets pervers ne tardent pas à pointer le bout de leur nez. Retraçant cent ans d’Histoire, Lelouch filme le passage du muet au parlant, la grande Guerre, les camps, le débarquement et très vite, c’est trop.
On se perd, on s’égard, on veut retrouver l’amour, le vrai, le simple, sous un réverbère, au coin du feu ou à la table d’un café. On se met à regretter la leçon de « bonjour » de Belmondo et Anconina ou le petit déjeuner de Ventura et Fabian dans La bonne année.
 
On se fiche de voir ce débarquement en carton pâte tout ça pour voir combler les désirs d’un réalisateur fiévreux de filmer "sa" fresque. On déteste cette mégalomanie grandissante et ces citations outrancières : rétrospective de ces plus grandes comédiennes, émergence d’un jeune réalisateur qui tourne autour de ses acteurs avec sa caméra. Lelouch se prend pour D.ieu, et son final prend des allures testamentaires. Mais le facteur sonne toujours 44 fois puisqu’il travaille déjà sur son prochain film, Les chemins de l’orgueil, suite de L’aventure c’est l’aventure.
 
Ainsi Ces amours-là vaut pour ce qu’il a de passionné, pour sa fougue et pour sa comédienne Audrey Dana, magnifique rayon de soleil. Les comédiens y sont comme toujours juste et vrai mais à l’instar de Les uns et les autres ou Itinéraire d’un enfant gâté, Lelouch se prend les pieds dans un excès de confiance et de prétention.
Une déception eu égard à la hauteur de nos espérances.



Des hommes et des dieux

 

Un film de Xavier Beauvois
Avec Lambert Wilson, Michael Lonsdale…
Durée : 02h00
Distributeur : Mars Distribution
Date de sortie : 8 septembre
 

Partir, c’est mourir…
 
Nous sommes en 1990. Un monastère est perché dans les montagnes d’Algérie. Sept moines y vivent en harmonie avec leurs frères musulmans jusqu’au jour où un groupe d’extrémistes vient faire régner la terreur dans la région. En pleine guerre civile, malgré les doutes et les mise en garde, ils décideront de rester, au péril de leurs vies.
 
Alors je reste.
 
Librement inspiré de la vie des Moines Cisterciens de Tibhirine, Xavier Beauvois nous retrace les dernières années de vies de ces hommes jusqu’à leur enlèvement, en 1996. Et force est de constater la maîtrise et la force crépusculaire du réalisateur de Selon Mathieu et du Petit Lieutenant. Ces années s’écoulent comme de l’eau dans un ruisseau où les saisons viennent réveler le huitième personnage, la nature. Comme un baromètre émotionnel, elle est révélatrice de l’état d’esprit des personnages. Xavier Beauvois est un cinéaste contemplatif. La mise en scène est rigoureuse, exigeante. Il prend son temps. Tout est minéral et méthodique. Les points de montage sont parfaits. Comme des tableaux, ses plans tentent de percer le mystère, celui de ces moines installés dans ce monastère, coupés de tout ce qui n’est pas réel, en osmose avec leur lieu de vie. Michael Londasle, inoubliable et boulerversant, soigne les habitants du village. Tous, sans distinction et jusqu’à cent cinquante par jour. Partagés entre prières, études, taches ménagères et agricoles, chacun a sa spécialité.
 
Des comédiens, qui, dès les premières images, semblent habités, possédés par leur personnage. Lambert Wilson, en homme de responsabilité et « chef » élu démocratiquement, est un véritable héros. Il n’a pas besoin de convaincre les autres de rester, il va juste les éclairer, leur montrer la voie. Il est guidé par cette lumière qui le force à être au service des autres. Et cette fraternité est magnifique. Uni comme une famille, ils n’existent plus individuellement, ils sont là pour les autres. Les comédiens sont prodigieux. Plongés dans le doute, la peur et le doute, le réalisateur les filme dans cette solitude où l’incompréhension vient troubler leur vision. Jamais voyeur, toujours pour mieux comprendre.
Mais Xavier Beauvois est un homme qui a la fièvre et il est intéressant de sentir sous chaque séquence cette animosité contenue où ne reste que l’émotion, partout dans ce compte à rebours où l’on connaît la fin.
Dans le Petit Lieutenant il filmait ces flics façon documentaire, ici il contemple, en retrait. Jusque dans la précision de ces cadrages où il attendra ce dernier repas magnifique pour oser faire ces gros plans si fantastiques.
 
Des Hommes et des Dieux aurait pu devenir un film politique ou un brûlot anti-clérical. Il n’en est rien. C’est simplement l’histoire de sept (huit…) hommes investis d’une mission et qui ont fait le choix d’être libres. Débordant d’humanité, Xavier Beauvois signe ici un film bouleversant d’où l’on sort silencieux, comme cette marche funeste et cet époustouflant plan séquence final neigeux.
La Palme d’or, la voici.
 
A noter, Des hommes et des Dieux représentera la France dans la course aux Oscars 2011. Un film sur la paix, un beau, un vrai. Merci.



Le bruit des glaçons

 

Un film de Bertrand Blier
Avec Jean Dujardin, Albert Dupontel, Anne Alvaro...
Durée : 01h27min
Année de production : 2009
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Date de sortie cinéma : 25 août 2010
 
Mortel...
 
Charles est écrivain. Charles est alcoolique. Et Charles reçoit la visite de son cancer.
 
Y a comme un goût de pomme...
 
Bertrand Blier is back*. 5 ans que l'on ne l'avait plus vu. Au moins le double qu'on l'avait perdu dans des délires expérimentaux ratés sous forme de pétard mouillés.
Le bruit des glaçons vient le sauver du K-O technique et c'est une réelle résurrection à laquelle nous assistons. Tourné au steadycam* et en quasi huit-clos, il joue cette fois-ci la carte du tournage en équipe réduite, se débarrasse des fioritures pour ne garder que l'essentiel, l'essence même de ce qui a fait le succès de ses plus grands films. Le réalisateur des Valseuses à toujours autant de mordant et de piquant et signe ici un projet bizarre et excitant. L’idée lui vient “d’un mec qui a une gueule de cancer croisé sur un tournage il y a maintenant des années de ça”… Osé.
 
Qu’on ne se méprenne pas, la porte d’un Blier n’est pas grande ouverte. On peut rester facilement à l’entrée si l’on est pas sensible à son langage, sa grammaire cinématographique. Pour les autres, en moins de deux on est entraîné de force dans un rythme effréné au ton unique où mise en abyme, flashback et dialogue face caméra, viennent dynamiter le récit. Un puzzle maîtrisé grâce aussi à des comédiens en phase avec leur metteur en scène. Aussi inattendu qu'évident, Jean Dujardin et Albert Dupontel surprennent et émeuvent. Audrey Dana et Anne Alvaro viennent compléter un casting riche et généreux. Mêlant vaudeville, absurde et séquences intimes, la palette est large et comme dans un laboratoire géant, tout le monde s'en donne à coeur joie.
 
Ne cherchant jamais à égaler leurs maîtres Depardieu et Dewaere, le nouveau “DD couple” s'installe comme dans leurs pantoufles dans des dialogues qui fusent à deux cents à l'heure et qui sont réglés comme du papier à musique. Le rapport comique/drame qui naît entre Charles et son cancer sarcastique, charge le film d'une tension spéciale et étrange. Jouer sur les deux tableaux renforce leurs impacts sur le spectateur et comme un choc de neutrons et d'électrons, c'est une explosion de tendresse et d'humanité qui jaillit de ce bac à glaçons. Une nouvelle collaboration fructueuse donc, qui n’a pas peur de traiter d’un sujet aussi grave dans une réflexion de bon vivant pleine de joie et de bonne humeur.
Blier ne meurt jamais…
 
*Bertrand Blier est de retour.
*caméra harnachée sur le caméraman à l’aide d’un un bras métallique qui permet plus de souplesse lors des mouvements.



Piranha 3D

 
Réalisé par Alexandre Aja
Avec Elisabeth Shue, Adam Scott, Jerry O'Connell
Interdit aux moins de 12 ans
Durée : 01h29min
Distributeur : Wild Bunch Distribution
Date de sortie : 1 septembre 2010
 

Le piranhas a des yeux…
 
Lake Victoria. Comme tous les ans, cette petite ville est le terrain de jeux de milliers de jeunes venues pour le traditionnel « spring break ». Une semaine par an, en attendant leurs résultats, les étudiants viennent s’ennivrer et faire la fête sans aucune limite. Sauf que, un tremblement de terre vient secouer le lac d’ordinaire si tranquille et laisse s’échapper du fin fond des eaux troubles une espèce de piranhas éteintes depuis la fin de l’ère préhistorique. Il est évidemment conseillé de rester sur votre serviette.
 
Bimbo le hobbit…
 
Alexandre Aja est un réalisateur bourré de fantasmes. Nourri aux films d’horreurs des années 80, aux séries B et aux Dents de la Mer, son Piranas 3D ne ressemble tout d’abord à aucune des deux autres versions, Piranhas, de Joe Dante, 1978 / Piranha 2 -Les Tueurs volants- de James Cameron, 1981. Si l’on peut déjà dire que c’est en soit une bonne nouvelle, le deuxième pari consiste à mélanger les genres: la comédie et l’horreur. Un peu comme si Evil Dead venait s’installer chez American Pie.
 
Autre mélange, qui est pop celui-là. Aja alligne les références en confiant son casting à des acteurs de séries, et surtout au cultissimes  Richard Dreyfuss, Les Dents de la mer, et Christopher Lloyd, Retour vers le futur. Mais bien plus qu’un grand nostalgique, il est aussi un très bon conteur et un formidable metteur en image. Renforcé par une 3D très réussie, ce Piranhas ne vous laissera aucune seconde de répit. Jouant sur les codes visuels que Spielberg avait inventé avec génie pour son Jaws, il lui rend hommage de manière classieuse tout en insufflant une vraie vision à son film. Et il n’en fallait pas moins pour orchestrer ce bain de sang, ce massacre, cette boucherie où les bras et les jambes passent la plupart de leur temps bien éloigné de leurs corps d’origine. Contexte oblige, ces milliers de jeunes complètement ivres et assez dévêtus sont de la chair fraîche en buffet à volonté. Et pour rendre son film encore plus « hot », on suit un réalisateur de film porno qui n’a qu’une idée en tête, le concours de T-shirts mouillés. Poitrines silliconnées, ballet de lesbiennes sous-marins, Aja se lâche, même si ses producteurs lui ont quand même demandé de retirer quinze minutes de sexe et de gore, de peur que le film ne s’adresse finalement qu’au gik du genre.
 
Etant tombé dans la marmite étant enfant, Alexandre Aja est le fils d’Alexandre Arcady et a fait ses armes sur les films du papa, il maîtrise parfaitement le langage cinématographique et plus que ça, prend un malin plaisir à choisir le point de vue des Piranas. On peut y voir une Amérique venir se faire mordre le derrière lorsqu’elle s’abandonne de la sorte aux vices et au grand n’importe quoi.
Métaphore d’une nation en pleine implosion plus que jamais menacée de l’extérieur.
Avec déjà cinq films aussi inégaux qu’excitants, Alexandre Aja signe ici le plus fun de tous et semble prendre de plus en plus de plaisir à faire du cinéma. On ne peut que s’en rejouir et se dire que le meilleur reste à venir.
Oserez-vous faire le grand saut… ?



Inception

 
un film de Christopher Nolan
Avec Leonardo DiCaprio, Marion Cotillard, Ellen Page...
Durée : 02h28min
Distributeur : Warner Bros. France
Date de sortie cinéma :  21 juillet 2010
 

Non, rien de rien…
 
Dom Cobbes est un voleur professionnel. Sa spécialité, pénétrer vos rêves pendant que vous dormez pour en retirer les secrets les plus précieux. Recherché dans le monde entier, il ne peut revoir ses enfants, il est devenu un fugitif.
Après une opération qui tourne mal, il va entrevoir la possibilité de retrouver une vie normale, auprès de ceux qu’il aime. Le défi est de réaliser une "inception". On ne vole plus une information, on vient déposer une idée chez la « victime » afin qu’elle germe dans son esprit. Une mission suicide pour certains. Une mission vitale pour lui.
 
…non, je ne regrette rien…
 
Voilà maintenant onze ans que Matrix et Fight Club ont pénétré dans notre système solaire. Et voilà maintenant onze ans que l’on se demande quand la terre entrera à nouveau en contact avec un ovni cinématographique. C’est maintenant chose faite avec cette claque d’originalité.
Flash-back. Nous sommes en 1999 et Christopher Nolan est un jeune réalisateur. Il réalise son premier long-métrage, Following, un film policier en noir et blanc qui le fait devenir un réalisateur à suivre . A la fin des années 90, sa collaboration fructueuse avec son frère Jonathan commence et le fruit de leur travail, Memento (pour un budget misérable), devient culte dans le monde entier. Trois films plus tard, le voilà aux commandes de Batman Begins, et à l’apothéose de son art, Batman the Dark Night. En dix ans il a su imposer une vision qui allait pouvoir totalement exploser dans l’une des meilleures histoires proposées depuis ces vingt dernières années.
 
Pour ne pas perdre de vue la réalité, chaque personnage se fabrique un totem. C’est un objet simple, petit, que personne ne doit toucher. Seul son propriétaire doit le toucher,il en connaît les moindres détails. Il est ce qui peut vous sauver.
 
Inception est un rêve éveillé. Le spectateur plonge dans les méandres d’un subconscient dans lequel il va falloir déposer une idée. Le pari est osé, et, comme un millefeuille géant, chaque couche compose une réalité plus ou moins réelle dans laquelle on peut entrer et sortir à tout moment. A tout moment, mais pas sans conséquences.
Et c’est là que le fantastique labyrinthe devient aussi passionnant qu’angoissant. Pour retrouver sa vie d’avant, Leonardo DiCaprio n’a pas le choix et doit mener à bien sa mission impossible; mais plus que ça, c’est son histoire d’amour qui est le fil tendu entre tous ces mondes. Elle donne au film toute sa dimension romanesque, c’est ce qui le relie à ses souvenirs, son passé, ses rêves… quand tout s’enmêle. Marion Cotillard hante le film telle une vedette américaine des années 30. Elle nous irradie de sa beauté et de son magnétisme. Tout comme Di Caprio qui habite son personnage en James Bond torturé du subconscient, et qui se bat corps et âme pour retrouver ceux qu’il aime. Inception mêle ainsi des aspects paradoxaux : l’intime et le grandiose, l’inaccesible et le populaire, le film d’auteur et le blockuster. D’un côté notre héros est tiraillé et commence un peu à dérailler avec toutes ces histoires de réel pas si réelles que ça, sa famille, son amour et ses problèmes,et de l’autre, les gadgets, les poursuites et les bagarres dans les airs, dans la neige et dans des hôtels sans pesanteur. Le tout constamment sous pression, le film fonctionne en flux tendu où chaque plan sert une trouvaille scénaristique.

Pour entremêler au mieux ces différents mondes et pour obtenir cette alchimie si parfaite, le réalisateur Christopher Nolan a mis dix ans pour écrire son film, qui rappelons le, n’est ni un remake, ni une adaptation. Il choisit le mode réaliste pour raconter son histoire. Pas d’extravagance dans les effets spéciaux qui composent seulement quatre cents plans du film, soit cinq fois moins qu’un film hollywoodien de ce calibre-là ! Nous ne pouvons que restés abasourdis comme le serait un enfant devant un tour de magie dont il tente vainement de trouver le truc.
 
Visionnaire et magnifique, Inception inaugure la note maximale. Il est la combinaison parfaite d’un savoir faire extraordinaire et d’une technologie utlisée à bon escient. Une réponse magique à ceux qui voient de la 3D partout. Alors quoi de mieux qu’un bon petit film d’auteur à cent soixante millions de dollars…
Place à la révolution.



Repo Men

 
Réalisé par Miguel Sapochnik
Avec Jude Law, Forest Whitaker, Alice Braga
Durée : 01h51min
Année de production : 2010
Distributeur : Universal Pictures International France
Date de sortie cinéma :  14 juillet 2010
 
Du coeur à l'ouvrage...
 
Dans un futur pas si lointain, les hommes sont parvenus à améliorer la vie.
Grâce à la société l'Union, il est possible d'acheter des organes artificiels. Seul problème, ils sont extrêmement coûteux et si vous ne pouvez plus payer, un Repo Men est envoyé chez vous pour vous supprimer afin de récupérer son bien. Rémy est un de ces Repo Men. Le meilleur même, jusqu'au jour où, après une intervention qui tourne mal, il se réveille avec un coeur artificiel de sa propre société...
 
L’arroseur arrosé…
 
La saison des blockbusters* est ouverte depuis maintenant deux semaines, et comme tous les étés, c'est le grand déballage. Avant la sortie du très attendu Inception de Christopher Nolan, la case Science Fiction / thriller était restée vide. Repo Men s'est chargé de le combler avec une histoire, qui, sur le papier était pourtant intéressante. Loin des archétypes du genre, elle avait le mérite d'oser un pari difficile, celui de mêler humour noir, gore, film du futur et réflexion philosophique. Une société est crée pour vendre des organes mais en cas d'impayé, elle récupère et tue.
Alors que nous apprenons qu'un laboratoire peut recréer des organes à partir de cellules souches, la résonance n'en est que plus forte.
Vu de loin, une rareté servie par un casting excitant, Jude Law et Forest Whitaker en VRP de l'organe impayé et Liev Schrieber en patron sans scrupules.
Vu de près, c'est un peu la catastrophe. Pourtant bien parti, pour les amateurs du genre la première séquence d'intervention fait rire et surprend, le film se prend les pieds dans une histoire où le ridicule prend vite le dessus et où l'on ne s'attache pas aux enjeux dramatiques auxquels font face les personnages. Les dialogues sont pauvres, moralisateurs et les personnages en font des tonnes.
 
RepoMen n'arrive pas à trouver son style, constamment balloté entre longueurs et course poursuite, le film est inégal. A noter quand même cette magnifique séquence, à la fois drôle et spectaculaire, lorsque Jude Law débarque dans ce laboratoire intégralement blanc et qu’éclate une fusillade.  Tout cela est donc très Dommage car on comprend vite que Repo Men n'a qu'un seul but, critiquer sévèrement la fonctionnement de notre société et tenter de discerner le réel de ce qui ne l'est pas. Des chefs d'oeuvres modernes comme Fight Club s'en étaient magistralement tirés. Là, c’est raté.
Le problème avec ce type de film, c'est que le pari est tellement osé, que si c'est perdu, la chute n'en est indubitablement que plus longue et douloureuse pour le spectateur.
 
Ce film est interdit aux moins de 12 ans.
 
*un blockbuster est un film destiné au plus grand nombre, souvent produit par les plus grands studios à grands renforts de millions de dollars.
 



Twilight
Hesitation


 
Réalisé par David Slade
Avec Kristen Stewart, Robert Pattinson, Taylor Lautner, plus
Titre original : Eclipse
Durée : 02h04min
Année de production : 2010
Distributeur : SND
Date de sortie cinéma :  7 juillet 2010


Mordant…
 
Bella est plus que jamais en danger. La dangereuse Victoria a accéléré sa traque en montant une armée de jeunes vampires assoiffés de chair fraîche.
Pourtant ennemi, Edward, vampire membre des Cullen, va devoir enterrer la hâche de guerre le temps d’une collaboration avec Jacob, le mi-homme mi-loup. Il en va de la sécurité de Bella qui, tiraillée par les deux amours de sa vie, devra prendre une décision…
 
Ménage à trois...
 
Twilight fait du surplace. Après s’être quitté sur un happy end sous forme de demande en mariage, tout était réuni pour que cette chère jeunesse ( et pas seulement) pousse les même cris d’affolement et d’hystérie à chaque apparition du beau gentil vampire végétarien. Problème. Bella est indécise et c’est une mauvaise nouvelle pour notre vampire amoureux qui va devoir se livrer à un vrai duel de coqs face au beau Jacob sans t-shirt, qui va puiser ses atouts dans sa condition humaine et sa châleur corporelle. Pas très excitant donc d’assister au va et vient d’une Bella au cœur trop grand qui n’arrive pas à prendre de décision. Rapidement les scènes intimes tournent au ridicule et le rire remplace les larmes. Ne trouvant jamais vraiment son rythme, ce troisième chapitre vaut tout de même pour ses scènes d’action qui conservent cette froideur et cette touche « indé » qui le caractérise.
Sans vraiment de personnalités, tout le monde essaie de tirer son épingle du jeu sans jamais y parvenir. La beauté de Kristen Stewart est elle plus que jamais glaciale et indiscutable et sauve les meubles là où des flash-backs et des dialogues sans fin pesant viennent ralentir le récit.
 
Enfin, plus que jamais ancrée dans les valeurs traditionnelles, le film peut se présenter comme un manifeste au « puritanisme des années Bush », analyse une certaine presse américaine. A une époque où tout vire au trash et à l’exhibitionnisme, les idoles des jeunes sont immortels et doivent attendre le mariage pour la mise en pratique des rapports sexuels. Retour aux bonnes vieilles valeurs donc, un bon coup de morale de vampire n’a jamais fait de mal à personne ! Dracula, revient... !
 



Shrek 4


Un film de Mike Mitchell
Avec les voix (originales) de : Mike Myers, Eddie Murphy, Cameron Diaz…
(version française) Alain Chabat (Shrek)
Durée : 1h33 min
Année de production : 2010
Distributeur : Paramount Pictures France
Date de sortie : 30 juin 2010

Ogrement bon…
 
Shrek est devenu une star dans son marais. Père domestiqué d’une adorable brochette de minis ogres tout vert et mari aimant de la princesse Fiona, il n’est plus le monstre d’antant qui terrorisait les villageois et prenait des bains de boue à n’importe quelle heure. Lassé de cette nouvelle vie, il signe un contrat avec le sournois Tracassin : pendant une journée, il redevient celui qu’il était. Plus de pression, plus de couches à changer, juste des gens à effrayer. En échange, il doit donner une journée de son passé… Ce contrat tronqué va lui réserver bien des surprises.
 
Vert…igineux
 
Après un festival de Cannes 2010 riche en diversité et en couleurs, c’est tout en vert que nous commençons l’été. Shrek 4 -il était une fin - vient clore la série du film d’animation le plus politiquement incorrect, et l’un des plus drôles de ces dix dernières années. L’écurie Dreamworks, avec les trois premiers opus, nous avait habitué à des films très référencés. Parodie de Disney, hommage au film de genre, répliques tueuses, le catalogue était fourni.
 
Ici, nouvelle formule. On prend les mêmes et on approfondit pour chercher le double-fond chez chaque personnage. Idée connue, mais tendance et brillante, les mondes parallèles: qu’est ce qui se serait passé si ce jour là tu n’étais pas né… ? Si tu ne l’avais pas rencontré… ? Grâce à des superpositions d'histoires, le spectateur redécouvre des personnages qu’il pensait connaître, un chat potelé, un âne qui ne reconnaît plus son ogre, un petit biscuit gladiateur. Et puis enjeu de taille, la volonté de Shrek de reconquérir Fiona. Véritable enjeu dramatique, le film n’en est que plus émouvant et une fois de plus, trouve ici une vraie plus-value cinématographique, forte, comme seule son concurrent direct, Pixar, peut obtenir.
 
Avec Shrek 1, cet épisode est le plus riche et le plus drôle. L’humour fait mouche chez toutes les générations. Les petits et les grands sont conquis par ce mélange rock'n roll et paradoxalement, assez sage, où tout le monde y trouvera son compte.
 
Des adieux classieux et classiques d’une série qui compte et qui aura bouleversé les codes du film d’animation. De manière assez tarantinesque, chaque film aura su compiler modernité et références, pour finir en beauté par une marée haute de bonnes trouvailles, d’inventivité et de malice.
 



La tête en friche


Un film de Jean Becker
Avec Gérard Depardieu, Gisèle Casadesus, Maurane
Durée : 1h22 min
Année de production : 2009
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 2 juin 2010

La promesse de l'aube...

Germain a quarante-cinq ans. Il est quasi analphabète. Il n'a pas connu son père et doit supporter sa mère devenue totalement incontrôlable. Il partage sa vie entre son potager, le bistrot du village, et sa caravane. Un jour, dans le parc où il a pour habitude de venir voir les pigeons, il fait la rencontre d'une vieille dame, Margeritte, avec deux "t". Traumatisé par une enfance et une scolarité difficile, Germain va découvrir un nouveau monde grâce à la lecture. Peut-être le début d'une nouvelle vie...

Dialogue avec mon jardinier...

Aller voir un film de Jean Becker, c'est comme un week-end à la campagne ou comme une bonne bouteille de vin. Depuis Les enfants du marais, le réalisateur de l'Eté Meurtrier s'est fait le spécialiste de ce cinéma provincial, de village, de la terre et des bonnes choses. Avec ce nouveau cru, il étonne encore car il est rare et il est beau de voir encore qu'un certain cinéma classique, en noir et blanc mais tout en couleur existe encore. Celui où la mise en scène est une mise en abyme, où le dialogue devient poésie et le montage ponctuation. A une époque où tout va trop vite, où l'on se moque des vieux et où l'on ne comprend plus les jeunes, où un provincial est appelé un beauf, les films de Jean Becker nous donne du temps. Il nous donne à réfléchir sur ce que nous sommes.

Adapté du roman éponyme de Marie-Sabine Roger, le réalisateur est accompagné à l'écriture par le très grand Jean-Loup Dabadie, également scénariste de, César et Rosalie, Vincent, François, Paul et les autres, Un éléphant ça trompe énormément... On est bercé par des dialogues fins et croustillants, où chaque mot est comme une note. Jean Becker éclaire le tout et les sert sur un plateau d'argent à deux comédiens magnifiques. Gérard Depardieu y est encore et toujours (et pour toujours) extraordinaire. Il ne joue pas juste, il joue vrai. C'est un ogre, un géant, qui nous bouleverse et nous émeut. Il nous fait tellement rire, lui qui traverse ce film comme un buldozer de sensibilité. Gisèle Casadesus, toute en légèreté et en douceur, est le contrepoids parfait. Elle est superbe.

Avec son précédent film, Deux jours à tuer, Becker avait haussé le ton et pris d'assaut le spectateur d'une émotion d'une rare intensité: il a su en conserver des bribes, lâchées ici et là, dans des scènes parfois comiques, parfois dramatique. Il filme l'authentique, ce qui ne se voit pas. De film en film, tel un chercheur, il se rapproche de son sujet, tente de comprendre ses mécanismes, en profondeur. La caméra devient microscope, mais l'acteur jamais un outil. Il vit. Comme un cinéaste d'un autre temps, sans nostalgie et juste par amour, il raconte au présent une histoire éternelle, une histoire d'amour, sans peur ni regrets. Juste avec simplicité. Une très belle année.

 



Comme les cinq doigts de la main


Un film d’Alexandre Arcady
Avec Patrick Bruel, Pascal Elbé, Vincent Elbaz, Eric Caravaca…
 Durée : 01h57min
Année de production : 2009
Distributeur : ARP Sélection
 
Quand on aime…
 
Ils sont cinq frères. L’un deux, David, éloigné de la famille, ressurgit le soir de Kippour, une balle dans le ventre, la pègre et la police à ses trousses. C’est en famille qu’ils devront régler leurs problèmes même si cela implique de faire ressurgir le passé…
 
Il faut partir…
 
Le grand carnaval des pires critiques s’est encore abbatu sur la tête d’Alexandre Arcady. Et pour une fois, et depuis longtemps, ce lynchage médiatique n’est pas mérité. Retour.
Après un passage à la comédie avec, entre autres, le catastrophique Mariage Mixte, Arcady revient à son genre de prédilection, le film policier sur fond de drame familial. Lui-même ainé d’une fratrie de cinq garçons et 28 ans après Le grand pardon, il retrouve tous ses thèmes chers à son coeur: l’exil, la famille, l’amour et la religion. Et chose assez surprenante, ce qu’on a toujours pu lui reprocher devient ici l’atout principal de son film. Pratiquant un cinéma en marge, parfois un peu vieillot, manichéen, il en sort ici un objet cinématographique étonnamment maitrisé. Assez équilibré, le spectateur est tenu en haleine et ne trouve pas le temps de s’ennuyer. On se prend vite d’affection pour ces cinq frères: l’ainé, riche et responsable, le pharmacien (mention spéciale au jeu de Pascal Elbé) qui vit un vrai retour à la religion, le beau gosse, le prof gaucho et le voyou. Si chacun existe et prend une vraie place dans le film, Patrick Bruel le porte sur ses épaules et trouve ici un vrai rôle de pater familias juif made in Arcady. Un peu trop riche et un peu trop Parrain, mais crédible et touchant. Là où Arcady pêche dans les séquences simples et de la vie quotidienne – un shabbat qui tourne mal, un café qui sonne faux entre frères – il insuffle une vraie énergie et un vrai suspense dans ses séquences dramatiques.
Comme Lelouch l’avait fait avec son Roman de Gare, Arcady se débarasse de certains tics de mise en scène et fait ce qu’il sait faire le mieux. Jouer avec les codes du cinéma de genre, donner du relief à ses personnages, gonfler la réalité pour leur donner un aspect plus dramatique, plus grave. Et même si son message n’est pas une vraie révolution scénaristique, il a le mérite de nous captiver dans cette tension grandissante et menaçante.
Et à voir absolument pour la magnifique séquence de fin sur la sublime chanson Island de Shlomo Artzi. 



Greenberg


Un film de Noah Baumbach
Avec Ben Stiller, Rhys Ifans, Greta Gerwing
Durée :1h45
Année de production : 2009
Distributeur : Mars Distribution
Date de sortie : 28 avril 2010

So far away from L.A…
 
Chez les Greenberg, il y a deux frères, celui qui a fondé une famille, qui part en vacances au Vietnam et qui vit à Los Angeles et l’autre, ancien leader d’un groupe de rock imaginaire, new-yorkais et fraîchement sorti de HP, qui profite de cette virée asiatique pour venir faire le point sur sa vie dans la villa familiale. Il s’est fixé deux buts très précis: construire une niche pour le chien, et surtout, ne rien faire. Mais très vite, il va pouvoir faire la connaissance de la fille au pair, supporter les plongeons d’inconnus dans la piscine, s’occuper du chien malade… De quoi reconsidérer ses plans.
 
Sous le soleil exactement…
 
Il est des moments où le cinéma américain devient paradoxe. Il est des films où l’industrie américaine laisse filtrer ce qu’elle sait faire de mieux.  Greenberg en est le pur exemple. Cinéma d’artisan, il propose une vision moderne, décalée et tellement personelle d’un homme à bout de force, incapable de vivre dans le présent et empêtré dans un passé qui n’a même pas existé. Ben Stiller, un des acteurs les plus "bankable" de la planète, nous surprend par l’extrême richesse de son jeu et en même temps par la simplicité apparente avec laquelle il l'exerce. Et puis cette ville de Los Angeles, dépeinte mille fois à l’écran, à l’envers, à l’endroit, en long, en large. Tant de portraits, de couleurs et de mots, tant d’effets spéciaux et des millions de dollars. Devenue plus un gigantesque studio à ciel ouvert, elle trouve ici une âme, nouvelle, grâce à l’idée de faire marcher son personnage dans la ville, de rapprocher les gens entre eux. Livrant ici son sixième long métrage, Noah Baumbach le co-écrit et le co-produit également avec sa partenaire à la ville, Jennifer Jason Leigh.
 
Simple et parfaitement construit, chaque rencontre, chaque personnage est associée à de longs plans fixes, comme si chacune d’elles étaient une nouvelle pièce du puzzle de la reconstruction de Greenberg. Soutenu coûte que coûte par son ami de toujours, subtilement interprété par Rhys Ifans, le colocataire en slip de Hugh Grant dans Coup de foudre à Notting Hill, le film pose la question simple mais fondamentale: Comment accepter ce que l’on est devenu quand la réalité est en-dessous de ce que l’on imaginait ? Et c’est dans de longs dialogues tournés en plan séquence, croustillants, parfois drôles, souvent tristes que le réalisateur choisit de faire remonter la pente au personnage de Ben Stiller. Une pente qu’il redescend aussi vite si bien qu’il n’arrive jamais vraiment à la remonter.
Les portes du passé, au fil des désillusions, comme ce repas où il tente de reconquérir une ex, vont se refermer peu à peu. A l’image de son état, la ville devient plus vivante, plus grande, où inversement, elle se replie sur elle-même comme un personnage à part entière. Et puisque derrière chaque grand bouleversement il y a une femme, Greenberg est aussi et surtout une histoire d’amour. Loin de celles où des princesses croisent des princes dans les villas de Beverlly Hills ou de Santa Monica, c’est la violence de la réalité et des coups qui régient de manière bancale et imprévisible l’histoire d’un couple, Ben Stiller et Greta Gerwig, la fille au pair, en apparence si différent…
 
Véritable pépite cinématographique, Greenberg nous invite à naviguer entre sourire et peine, questions existentielles et générationnelles, en jouant sur le tempo et en cassant le rythme de manière étonnante. Un film lent et efferversent qui se dillue en vous très longtemps après l’avoir vu. L’occasion de (re)découvrir Ben Stiller… et de se poser deux ou trois questions sur nos propres vies… ce qui fait quand même deux bonnes raisons de ne pas le rater.



Iron Man 2


Un film de Jon Favreau
Avec Robert Downey Jr., Gwyneth Paltrow, Mickey Rourke, Scarlett Johansson,
 
Durée : 2h02 min
Année de production : 2009
Distributeur : Paramount Pictures France
Date de sortie : 28 avril 2010

En rouge et noir...
 
Tony Stark, le géant mondial de l'armement est de retour. Après avoir annoncé aux médias de la planète que l'homme en armure rouge c'était lui, il va devoir en découdre face à l'Etat américain qui veut mettre la main sur son arme fatale. Comme si ça ne suffisait pas, un étrange psychopathe russe va ressurgir du passé pour tenter d'en découdre une bonne fois pour toutes...
 
Highway to Hell
 
Depuis ces denières années, Hollywood monte en régime dans la production de ces films de super-héros. Ou du moins dans ce qu'ils ont de non-héros. Après Batman, qui doit ses super-pouvoirs à la qualité de son matériel et à sa volonté d’en découdre avec le mal, Iron Man est un justicier qui après avoir vendu des armes au monde entier décide de les utiliser pour le sauver. "J'ai privatisé la paix dans le monde !" Une nouvelle race de chevalier des temps modernes est née, une nouvelle mythologie prend vie et c'est pour le plus grand plaisir du spectateur.
 
Drôle, décomplexé, ultra-moderne et explosif, ce nouvel opus possède tout du parfait blockbuster, plus, indéniablement, une vraie valeur ajoutée. A commencer par son casting, Gwyneth Paltrow est toujours aussi juste et magnifique. Elle en impose par sa classe, et son charisme naturel venu d'une autre époque. Mickey Rourke, très très méchant, amène plus de dramaturgie que Jeff Bridges dans le premier opus. Quand à la nouvelle venue, Scarlett Johansson, elle vampirise chacune de ses apparitions, notamment dans une scène explosive de karaté amélioré. Vrai bon point, le “super-méchant”, Sam Rockwell (La ligne verte, Confessions of a dangerous mind) est tout bonnement génial. A noter l’apparition de Samuel L. Jackson, discrète mais efficace.
 
Plus qu'une simple suite, Iron Man 2 se veut être le vrai prolongement du personnage amorcé dans le premier. Plus psychologique, parfois plus sombre, il pose de vrais problèmes et surtout dresse de vrais obstacles à notre héros. On y parle de transmission, de la mort, d'amour et la relation entre Iron Man et son assistante Pepper Rotts s'intensifie. Les enjeux sont plus graves, les responsabilités plus importantes.
 
Plus dense que le premier, Iron Man 2 est un vrai spectacle, un vrai show pour le spectateur. Show man et vrai star du rock, Robert Downey Jr. est jubilatoire et encore plus mégalo. Plus qu'une suite donc, un nouveau film. Si vous avez aimé le premier, vous aimerez le second encore plus, et au pire, vous aurez envie de revoir le premier. Ou l'inverse...



L'arnacœur


Un film de Pacal Chaumeil
Avec Vanessa Paradis, Romain Duris, François Damien
Durée : 01h45min
Année de production : 2009
Distributeur : Universal Pictures International France

L’attrape cœur…
 
Alex est briseur de couple professionnel. Satisfait ou remboursé, ses méthodes ne laissent aucune chance à ses victimes. Seul principe : ne s’attaquer uniquement qu’aux femmes malheureuses. Sauf qu’Alex est un homme de défi. Juliette va se marier dans dix jours. Mission : faire annuler ce mariage. Le contrat de trop ?
 
Que du bon(heur)…
 
Point de vue très personel: il est plus difficile de faire une bonne comédie qu’un bon film dramatique. Etre drôle sans être vulgaire, sans se répéter. Etre drôle en surprenant, en contournant les règles. Etre drôle tout en racontant quelque chose. Etre drôle et avoir des choses à dire. Tout ça se fait rare. Trop rare. Alors en plus du printemps, c’est une pépite de drôlerie qui nous arrive de la caméra de Pascal Chaumeil, (et de la plume de Laurent Zeitoun/Jeremy Doner/Yoann Gromb) qui signe ici son coup d’essai et son coup de maître. Plus habitué aux séries il nous offre une combinaison de dynamisme et de bonne humeur, servi dans un tempo funky et moderne. Et puis on rit beaucoup. La salle applaudit parfois. Chaque spectateur la connaît cette sensation, celle où on se sent tellement bien que l’on est impatient d’arriver à la séquence suivante, avec une seule crainte, que ce soit la dernière. Vanessa Paradis et Romain Duris vont tellement bien ensemble que l’on craque forcément. Et puis un point très important.
La condition sine qua non d’une comédie réussie: les seconds rôles. On le voit très bien chez nos voisins anglo-saxons (maîtres en la matière), une comédie a besoin de plusieurs personnages, construits, drôles, complets, vivants. A ce jeu-là François Damien explose dans ce film. Cet acteur belge encore assez méconnu en France prend ici définitement son envol. Avec Julie Ferrier, sa femme et collègue, ils forment un vai couple si attachant et si drôle, que l’on est déjà impatient de les retrouver à chaque sortie de champs.
    Alors qu’il est bon de prendre autant de plaisir devant un film qui n’a d’ambition que celle de faire rire. Et quelle ambition ! Pour cela, en plus des acteurs, le traitement du film est esthétiquement une réussite. Servi par un montage inspiré, le réalisateur insuffle de l’énergie et une plastique travaillée, vraie valeur ajoutée au film, à un scénario bien ficellé.
Une vraie bonne comédie comme on n'en voit pas assez et qui vous donne ce sourire qui ne vous quitte plus en sortant du cinéma.



Ghost Writer


Un film de Roman Polanski
Avec Ewa Mc Gregor, Pierce Brosnan
Durée 2h08 min
Année de production : 2008
Distributeur : Pathé Distribution
Actuellement au cinéma.Ghost save the Queen.
 
Ghost save the Queen

Un écrivain -nègre- est engagé pour terminer les mémoires de l’ancien Premier ministre britannique, Adam Long. Il va très vite découvrir que son prédecesseur qui est un ancien bras droit du ministre, est mort dans des circonstances troublantes…

Oh my ghost  !

Simple hasard du calendrier ou véritable coup du destin cinématographique, les responsables des longues files d’attente devant vos cinémas et des séances affichant complet depuis deux semaines sont les deux grands maîtres Martin Scorsese, pour Shutter Island, et Roman Polanski, pour Ghost Writer. Deux géants, deux amis, qui ont tous les deux décidé de situer leur nouvelle histoire dans le froid et la grisaille insulaire, aux abords de la côte Est américaine.
Hasard géographique ? Nouvelle destination à la mode ?
Adapté (lui aussi) du roman de Robert Harris, L’homme de l’ombre, Ghost Writer signe ici le grand retour du grand  Polanski. Assigné à résidence dans son chalet à Gtaad d’où il a supervisé la post-production, ses récents problèmes avec la justice américaine ne l'ont pas empêché de livrer ici une grande leçon de cinéma, du grand spectacle.
 
Présenté comme une véritable confrontation entre un ex-premier ministre (Pierce Brosnan) et son nègre (Ewan Mc Gregor), le point central du film se situe plutôt sur leur non-confrontation directe. Explication.
Hormis deux scènes clés entre les deux hommes, chacun va apprendre de l’autre, au contact d’une pléiade de personnages plus intriguants les uns que les autres. Devant la caméra les deux acteurs ont peu de scènes en commun, mais l’ombre de l’un pèse encore plus sur l’autre. Et celle d’Hitchcok sur tout le film.
Le spectateur se fait embrigader d’indice en découverte, de révélation en surprise, le poil toujours hérissé par ce froid de bord de mer. L’atmosphère gris bleu et la musique (du brillant français Alexandre Desplat ) y contribuent beaucoup.
 
Ewan Mc Gregor trouve ici son rôle le plus riche et le plus complet. Aussi juste et précis dans son jeu comme Polanski l’est à la mise en scène, chaque détail devient déterminant et l'invisible devient visible. Cet écrivain nègre devient l’outil du réalisateur pour filmer ce qui ne se voit pas telle une plongée en apnée dans les arcanes de la politique où l’on y découvre cette atmosphère si particulière.
L’auteur du roman dément s’être servi de Tony Blair comme fond d'idée, les acteurs démentent, mais la question n’est pas là. La tension devient de plus en plus palpable, le rythme fracassant pour que tambour battant naisse avec splendeur l’œuvre la plus moderne du réalisateur du Pianiste et de Chinatown.



Shutter Island


Un film de Martin Scorsese
Avec Leonardo Di Caprio, Mark Ruffalo, Ben Kingsley
Durée : 2h17 min
Année de production : 2008
Distributeur : Paramount Pictures France
Date de sortie : 24 février 2010
 
Seul au monde…
 
Nous sommes en 1954. Teddy Daniels et Chuck Aule sont envoyés sur l’île de Shutter Island, au large de Boston. Coupée du monde, elle abrite un hôpital à la sécurité maximale. Le marshall et son co-équipier doivent enquêter sur la disparition d’une patiente.
 
Gangs of Boston…
 
Adapté du roman de Dennis Lehane, également auteur du superbe Mystic River porté à l’écran par Clint Eastwood, Shutter Island est déjà en soi un double événement. Tout d’abord parce qu’il est la quatrième collaboration de l’acteur Leonardo Di Caprio et du réalisateur Martin Scorsese. Aussi parce que dans la filmographie d’un des maîtres du cinéma américain, le choix d’un tel sujet paraît à la fois déroutant et totalement excitant. Présenté comme un mélange de suspense et de frisson, Shutter Island nous hante d’abord par la force et la puissance du jeu de rôles, du labyrinthe psychologique et mental que subit le personnage. Sujet à névrose, angoisse et paranoïa, Teddy Daniels, magnifiquement interprété par Leonardo Di Caprio, va rapidement perdre pied et commencer une descente aux enfers où ses souvenirs et ses traumatismes vont refaire surface. Il est important ici de ne rien dévoiler car, comme un gigantesque puzzle, tout est connecté. Et c’est en ça que le film sort du simple excercice de style. Profond et intense, le spectateur est bouleversé par la vie de cet homme meurtri. Traumatisé par son passé de soldat américain durant la libération du camp de Dachau, toute son existence va se voir ponctuée de drames et de souffrance. Et cette enquête n’est finalement qu’un prétexte pour découvrir le vrai sens de sa venue ici.
Visuellement, cette tension et cette névrose prennent vie sous forme de tableaux. Robert Richardson, directeur de la photographie, explore cette névrose en composant ses plans comme des peintures, avec toujours ces teintes orangées que l’on avait déjà pu admirer dans Aviator. Beaucoup de noir, de rouge, de sang. On se rapproche de quelque chose de gothique parfois. Un travail somptueux, fort, bouleversant même. L’interprétation de Di Caprio y est vertigineuse, et, pour mieux le « supporter », car aux Etats-Unis on appelle un second rôle, un supporting actor, (un tout autre sens…) des acteurs hallucinants. Pas étonnant quand on sait que Martin Scorsese exige un travail de recherche et de compréhension des personnages à tous ces acteurs. Et puis sa mise en scène est brillante, elle est inspirée, en permanence. Chaque plan est une pirouette, chaque séquence est maîtrisée. Shutter Island aurait pu être un film mineur, il devient la cour de récréation d’un maître. Il joue avec tous les codes du genre, flirte avec des références assumées et maîtrisées. La mécanique du supense hitchcokien, l’aspect graphique ultra-coloré et contrasté de Lynch, l’atmosphère Des griffes de la nuit de Tourneur. Comme il repousse les limites de jeu de son acteur, ce sont ses propres repères, sa propre mise en scène qui se veulent encore plus intéressantes, plus démonstratives. Alors même si Shutter Island n’est pas une œuvre majeure dans l’œuvre du réalisateur, elle marque un tournant dans son rapport à la caméra, à son comédien fétiche et surtout, au montage. Il est en tout cas un fim indispensable.
 
Reste à savoir comment vous réagirez au dénouement final…
 
Ce film est interdit aux moins de 12 ans.



Valentine’s Day


Un film de Garry Marshall
Avec Ashton Kutcher, Julia Roberts, Jamie Foxx, Patrick Dempsey...

Durée : 2h03 min
Année de production : 2009
Distributeur : Warner Bros. France
Date de sortie : 17 février 2010

All you need is love…

Los Angeles. Des couples, des célibataires, des jeunes et des vieux s’apprêtent à fêter la journée la plus romantique de toute l’année: la Saint Valentin.

Comme c’est original ! Mais que va-t-il bien pouvoir se passer… ?

A vrai dire, pas grand chose.

Tout d’abord il est important de préciser que la seule pseudo originalité de Valentine’s Day réside dans son casting. Tous les acteurs les plus branchés sont là, Julia Roberts, Ashton Kutcher, Jamie Foxx… sans oublier Eric Dane et Patrick Dempsey, icônes de la série Greys Anatomy. Voici un mois que le monde est plongé dans une promotion endiablée pour la sortie de ce film. Vive l’amour et vive la St Valentin !
Allez voir ce film, vous vous aimerez encore plus : c’est raté. On en sort endormi. L’histoire étant inexistante et la mise en scène fossilisée, c’est à un désastre romantico-pathétique auquel nous assistons. Sorti à grand renfort de marketing rose bonbon et attendu dans le monde entier par des milliers de fans, Valentine’s Day se voulait être le nouveau Love Actually de la décennie. Plus que l’ultime comédie romantique, le film anglais adulé dans le monde comme LA comédie sur l’amour, faisait preuve d’audace, d’inventivité et de subtilité. Ici rien de tout cela, juste un enchaînement de mini-séquences inintéressantes où personne ne sort du lot et où aucune histoire n’a le temps de prendre corps. Mal reliées entre elles, elles vacillent entre invraissemblance et désert scénaristique. Le spectateur ne suit plus. Pire que de ne pas être drôle, on s’ennuie. On est en overdose de fleurs, de rose et d’amour !

Dans ce tourbillon soporifique, seule la belle Anne Hattaway arrive à nous redonner  foi en l’amour, mais malheureusement il est trop tard, le mal est fait. Garry Marshall, réalisateur du cultissime Pretty Woman, nous rappelle ici à quel point c’est un problème de n’avoir rien à dire lorsque l’on pratique ce métier. Sans bien sûr froisser la susceptibilité de nos chères concitoyennes adolescentes et parfois quelque peu hystériques, Valentine’s Day est à ranger dans la case midinette. Et encore, à la sortie du film, la plupart ayant repris leurs esprits, c’est la déception qui se lit sur leurs visages.

Alors voici un conseil : revoir au choix Pretty Woman puis Love Actually, éventuellement revoir Love Actually puis Pretty Woman.

Dans les deux cas, vous passerez un bien meilleur moment !



In the Air


Titre original : Up in the Air
Un film de Jason Reitman
Avec George Clooney, Anna Kendrick, Jason Bateman
Durée : 1h50 min
Année de production : 2009
Distributeur : Paramount Pictures France.
Date de sortie : 27 janvier 2010

L'histoire d'un homme en correspondance.
Ryan Bingham est un spécialiste du licenciement. Son travail : annoncer aux autres qu'ils n'en ont plus. Son quotidien, il le partage entre les avions et les hôtels. Sa vie privée, elle est réduite depuis longtemps à néant. Pas de maison, pas de femme, pas d'enfants. Son seul objectif : atteindre les dix millions de miles. Sa distraction, animer des conférences sur le thème : libérer vous des autres, la vie c'est comme un sac à dos, plus elle est pleine, plus elle est lourde. Et plus elle est lourde, moins vous avancez. Mais toutes ces convictions vont être bousculées par deux femmes, la première, il en tombe amoureux lors d'un de ses nombreux déplacements. La seconde, jeune première, décide de révolutionner son secteur en informatisant tout son travail : plus besoin de voyager, avec une webcam et l'ADSL, on peut aussi mettre les gens à la porte en restant assis derrière son bureau.
Sa vie toute entière risque d'être totalement bouleversée...

Passeport s'il vous plaît...

Il y a encore trois ans, sur le CV du réalisateur Jason Reitman, à part être le fils de Yvan Reitman (Sos Fantômes) ne figuraient que quelques clips publicitaires. Trois longs métrages plus tard, le voici à la tête du film le plus attachant de cette nouvelle année 2010. Mais avant d'être porté à l'écran, Up in the air est un roman dont la première phrase en dit long sur son personnage principal; "pour me comprendre, il faut prendre l'avion avec moi".

Dans Juno, film qui le fit connaître du grand public, le réalisateur avait déjà choisi un ton très libre. Déjà il racontait son histoire d'une manière simple et toute personnelle.

Aux Etats-Unis, ce qu'on appelle "films indépendants", ce sont des films qui se font en marge du système, sans les financements (ou peu) des grands studios. Up in the air se sert chez les grands et garde la liberté et la spontanéité des petits films tournés sans gros moyens. Pas du tout moralisateur, Jason Reitman, scénariste et producteur du film pose un regard à la fois tendre et touchant sur ce VRP du licenciement. George Clooney sait définitivement tout faire. Il surprend tant par sa capacité à disparaître derrière son personnage, à devenir normal, qu'à charmer la caméra. Une caméra qui n'a jamais aussi bien filmé les aéroports et fait ressentir leurc ambiance si particulière. Aussi le montage est habile et inspiré et la bande son ravira les connaisseurs comme les néophytes.

Flying Blue...

Up in the air est un mélange parfait de cynisme et de réalisme. C'est l'occasion pour le spectateur d'embarquer pour ce beau moment de légèreté et de cinéma. Emouvant parfois, les quinze dernières minutes élèvent encore un peu le film, souvent drôle et tellement attachant. Les cinéphiles s'y retrouveront avec un réalisateur qui réussit à styliser son film avec brio. Les spectateurs d'un jour voyageront au-dessus des nuages sans aucune turbulence.

Un film pour tous que je ne peux que vous recommander en ce début d'année.



Lebanon

Un film de Samuel Maoz
Avec Yoav Donat, Itay Tiran, Oshri Cohen
Année de production: 2009
Distributeur : CTV International
Durée: 1h32 min
Date de sortie : 3 février 2010

L’homme est d’acier…

Voici le propre synopsis* de Samuel Maoz, réalisateur du film :
"Je venais d'avoir 19 ans en mai 1982. La vie était belle. J'étais amoureux. Ensuite on m'a demandé de partir sur une base militaire et d'être le tireur du premier tank à traverser la frontière libanaise. Cela devait être une mission d'une journée toute simple mais ce fut une journée en enfer. Je n'avais jamais tué quelqu'un avant cette terrible journée. Je suis devenu une vraie machine à tuer. Quelque chose là-bas est mort en moi. Sortir ce tank de ma tête m'a pris plus de 20 ans. C'est mon histoire."

Le char n’est que ferraille…

Qu’y a-t-il aujourd’hui de plus important dans un film ? Son histoire ? Ses personnages ? Définitivement, c’est son point de vue. Toutes les histoires sont les mêmes, seule la voix de celui qui la raconte est fondamentalement nouvelle, différente, et présente un réel intérêt. Samuel Maoz hisse sa voix de soldat au nom de celles qui n’ont pu témoigner. Il choisit le parti pris, radical et expérimental, de nous faire devenir soldat. Il choisit de nous faire vivre son histoire dans ce char. 1h32 minutes dans un char, enfermé, coincé. Certaines personnes quittent la salle. Tout est trop vrai. 1h32 minutes où l’on ne voit pas mais où l’on ressent, où l’on subit cette guerre. Quelle expérience magistral de cinéma, d’émotions et de cinéma !

On apprend à connaître ces quatre jeunes soldats israéliens : Herzel, charge les obus, Schmoulik le tireur, Yigal, le pilote et Assi, le chef. Coupés du monde, ils n’attendent qu’une chose, rentrer dans leur famille. Ce qui se passe dehors est pour eux quelque chose d’irrationnel, irréel. D’ailleurs le seul lien « visuel » que, eux soldats et nous spectateurs, entretenons avec le monde extérieur, c’est ce que voit Schmoulik dans son viseur. C’est ce que voyait le réalisateur.

Le canon du char devient alors l’objectif de la caméra et nous laisse entrevoir l’horreur, déformée par la subjectivité du regard du viseur. Au milieu du chaos, cet âne que l’on croit mort mais qui pleure, vit. Cette femme, qui vient d’assister au meutre de sa famille et dont les vêtements se mettent à brûler, ce fermier qui meurt au milieu de ses poules.

Le réalisateur prévient, « ce n’est pas un film politique », ici on rend hommage, on témoigne, on ne juge pas.

Samuel Maoz qui réalise ici son premier long métrage fait preuve d’une maîtrise assez stupéfiante de son sujet. Le placement de ses caméras, sans cesse en mouvement, les très gros plans, le son, car finalement tout se passe hors-champs, rendent la tension permanente. Très vite on a l’impression de sentir la terre, l’eau, la transpiration. Très influencé par le réalisateur russe Tarkovsky, Maoz lui reconnaît son admiration et s’inspire de sa fascination pour l’air, le temps, et cette limite qui sépare la raison de la folie. Il filme l’intérieur de ce char comme un sas où l’air devient matière, il donne du volume aux éléments. Comme si, plus le cauchemar devenait réalité, plus cette prison de ferraille se refermait, fondait sur ces quatre soldats au bord de la folie. Une mise en scène brillante.

Mention spéciale au jeune Oshri Cohen qui interprète Herzel. Au milieu de cet enfer, il nous émeut et parvient même à nous faire rire. Sa brutalité et sa peur sont sidérantes de vérité.

Véritable électrochoc, Lebanon est un film indispensable, une expérience inoubliable.

Lion d’or à Venise, courez voir ce film qui démontre encore que le cinéma israélien continue toujours de surprendre par sa qualité et son inventivité.

*Synopsis : court résumé d’un film.



Sherlock Holmes

Un film de Guy Ritchie
Avec Robert Downey Jr., Jude Law, Mark Strong, Rachel McAdams, Kelly Reilly
Durée : 2h08 min
Année de production : 2008
Distributeur : Warner Bros. France
Date de Sortie : 3 février 2010

*Magie noire…

Arrêté pour plusieurs meurtres, Lord Blackwood fait régner la terreur sur la ville de Londres. Condamné à mort il promet de revenir de l’au-delà et prédit un avenir sombre et funeste à tous les habitants. Adepte de la magie noire, ces méthodes terrorisent la population et laissent Scotland Yard sans réponse. L’ultime espoir est de se tourner vers un détective privé aux méthodes assez peu conventionnelles, le très controversé Sherlock Holmes. Jamais sans son acolyte, le docteur Watson, il s’engage alors dans une enquête qui promet d’être des plus dangereuses et des plus mystérieuses.

*Elémentaire…

Petit rappel historico-holmesien : Sir Arthur Conan Doyle crée le personnage de Sherlock Holmes en 1887. Célibataire, misogyne, le détective privé aujourd’hui le plus connu de Grande-Bretagne vit chez une logeuse à la célèbre adresse, 221B Baker Street. Il est violoniste, pratique la boxe, fume la pipe et prend de l’héroïne quand la complexité de ses enquêtes le lui impose. La première fois que l’on découvre ses aventures, c’est dans le roman Une étude en rouge, en 1887. L’un des plus connus reste Le Chien des Baskerville, publié en 1902.

Il y aura un film en 1939, une série télévisée, un jeu vidéo en 2004. Analyses, enquêtes, contre-enquêtes, romans, nouvelles, le mythe Sherlock a-t-il dit son dernier mot ? Savons-nous tout ou seulement presque ?

*So Rock

Un zest de mythe connu ou reconnu par tous, un peu démodé si possible, un brin d’anticonformisme, c’est bien si le héros est un peu fou.

Un producteur mégalo comme Joel Silver (L’arme Fatale, Matrix, Die Hard…), un réalisateur ultra-branché comme Guy Ritchie (Snatch, Arnaques, crimes et botanique ).

Ajoutez à tout cela un acteur ayant davantage des airs de Mick Jagger en fin de soirée que l’air d’un détective à son compte et voilà la nouvelle super-production hollywoodienne du moment.

Totalement dépoussiéré, ce nouveau cru nous rajeunit ce bon vieux Sherlock Holmes. Fini les vestes en tweed, place au costume sur mesure et quand il y a de la bagarre, c’est au ralenti que Holmes règle son compte aux méchants.

Robert Downey Jr., récemment auréolé d’un Golden Globe, s’appuie sur la partie sombre de son personnage. Comme Jonnhy Depp, dans Pirates des Caraïbes, Sherlock Holmes est ici à la limite de la folie, déjà perturbé.

Et voilà bien le seul atout du film.

Sur fond d’ésotérisme, le réalisateur tente un mélange peu convaincant de modernité et d’authenticité. Avec une utilisation exagérée de mouvements de caméra, le réalisateur gâche et abîme sa matière. Jamais vraiment sombre, jamais vraiment noir, le film reste impersonnel. Londres, qui dans la mythologie du détective joue un rôle fondamental, est ici techniquement ratée comme peut l’être un décor en carton pâte de plusieurs millions de dollars.

Le rôle de Watson, joué par Jude Law (Stalingrad, Closer, A.I. ) est lui, complètement sous-écrit. Son magnétisme habituel a complètement disparu et c’est bien dommage. Quand Tim Burton avait ressorti des tiroirs La Planète des Singes, nous avions été déçus. Aujourd’hui, et sans les comparer, Guy Ritchie tombe dans le même piège : s’emparer d’un mythe et en faire un film de studio sans réussir à imposer son style, sa personnalité.

Malheureusement Sherlok Holmes est un film qui ne prend pas, comme ces tours de magie où l’on n’est pas convaincu, où l’on apercoit les ficelles.

Un film qui avait pourtant tous les ingrédients pour que l’alchimie fonctionne, mais malheureusement trop sombre pour y emmener vos jeunes enfants…